Un repas, des conséquences

Marcel a fait des efforts. Il a couru chez le boulanger-traiteur pour compléter son menu. Dans un coffre, il a trouvé une nappe et sur la table, disposé sa meilleure vaisselle. « Oh, mais je n’ai plus de vin! » Il sort trouver LA bouteille qui s’harmonisera avec son orignal.

Il est finalement prêt quand la sonnette résonne. Alie a revêtu une robe pour l’occasion. Sa taille est encore évidente et ses fines rides sont camouflées (merci Lancôme!). « Comme elle a belle allure » songe Marcel.

Le repas se déroule sans heurt, Ali prêtant main-forte pour les opérations culinaires plus délicates. Ils ont le temps d’échanger certaines informations. Marcel confesse ses 62 ans, mais Alie reste muette au sujet de son âge. L’un et l’autre ont perdu un conjoint très aimé. Ils jouissent tous deux d’une nouvelle liberté : Marcel a vendu son commerce à son fils et n’est plus obligé à une présence régulière, Alie a laissé dernière elle la dernière cohorte d’étudiants qui l’ont tant déroutée.

Ayant dégusté le bon rouge déniché par Marcel, ils sont détendus et connaissent un certain bien-être. Spontanément, Marcel tente de rejoindre les lèvres d’Alie. Elle lui répond. Ils se regardent longuement… Le désir est mutuel.

Mais Alie a des principes : jamais le premier soir!!! Entendant la nouvelle, Marcel désespère, puis se ravise :« Puis-je t’inviter demain midi? »
« … Oui, je ne pars qu’à la brunante. »

Marcel dans la tourmente

« Je n’aurais jamais cru! » L’image de la belle étrangère le taraude. « Je croyais qu’en cessant de la voir, je l’oublierais. Quelle erreur! »
Marcel essaie de lire, de jardiner, de s’occuper le corps et l’esprit, rien n’y fait; l’image de la rouquine le hante… Il se rend à l’évidence, il a envie de la revoir.
Oui, mais… après? Que faire? L’inviter? Ailleurs? Chez lui? Que dirait sa défunte Ernestine! À mon âge! Voyons! Un flot de pensées contradictoires le submerge. Dans la maison, il se promène comme un ours en cage. Finalement, il sort et marche pour « s’éclaircir les idées ».
« Je me fais peut-être des « accroires ». Elle n’a rien suggéré. C’est vrai qu’elle n’a pas eu le temps, je suis parti… Sa résolution est prise : il se rendra au café demain matin, pour voir…
Il a mal dormi, mais se sent en forme. Il a hâte. Il choisit une chemise plus discrète et, se met finalement en route, c’est l’heure.
La porte de l’établissement à peine entrouverte, il l’a repérée sur la banquette du fond et ne peut retenir un large sourire. Un sourire lui répond.
Marcel et Alie se parlent et rient aux éclats. Le propriétaire qui les observe trouve que « les choses sont bien engagées ».
Marcel ajoute : « je suis allé à la chasse. Pendant que vous êtes encore parmi nous, j’aimerais vous faire goûter mon steak d’orignal. »
« Quelle bonne idée! »
« Seriez-vous libre ce soir? »
« …oui… »
Les thés sont terminés, les directives fournies, ils se quittent.
« Qu’est ce que j’ai fait? se demande Marcel sur le chemin du retour à son domicile. Je n’ai pas l’habitude de cuisiner! »
Marcel se retrouve dans la tourmente.