Les ventouses

Dans ma jeunesse, j’ai connu ce qu’on considère aujourd’hui « d’anciens remèdes »  pour la toux et la grippe : les cataplasmes, le menthol dans le nez ou sur la poitrine, les « ponces », etc. , mais les ventouses m’ont particulièrement impressionnée.

Il faisait noir dans le salon-double occupé pas mes parents. Mon père était étendu sur le lit conjugal. Je voyais sa poitrine dénudée. Ma mère chauffait à la flamme des verres à boire qu’elle appliquait sur le torse de mon héros : des ronds rouges apparaissaient lorsqu’elle retirait les ventouses. Je le croyais brûlé! Spectacle pénible pour une fillette de mon âge. J’étais médusée par le courage de mon père.

 

Ma belle-fille qui étudie l’acuponcture me parle de son dernier cours sur les ventouses. Surprise de ma part!

« Ce remède existe encore? »

« Sous trois modalités » me répond-elle. Elle me décrit des techniques plus modernes.

« Les ventouses de feu sont les plus hygiéniques, poursuit-elle, on peut laver les verres avant chaque utilisation et se défaire des bactéries. »

Elle m’énumère ensuite toutes les techniques utilisées par les acuponcteurs…

Je n’avais connu que les aiguilles!

La question brûlante demeure : où ma mère avait-elle appris l’art des ventouses de feu?

 

 

 

 

La couleur verte

On m’a enseigné le vert : vert « pâle » pour les feuilles qui se pointent, vert « hôpital » pour les vieux murs institutionnels, vert « émeraude » pour les lacs aux sources glacées, vert « forêt » pour la densité des arbres, vert « environnement » pour certains partis politiques. Je rajoute : le vert « aimant ».

Une hâte soudaine s’empare des automobilistes à l’approche d’un feu vert. Ce dernier agit comme un aimant, tout ce qui roule se précipite, y compris les cyclistes, même les passagers s’en mêlent « prend ta lumière, je descendrai de l’autre côté de la rue ».

Seuls, les daltoniens restent indifférents.

Ce vert « aimant » semble irrésistible. Si trois feux verts se suivent, c’est la course, le dépassement à tout prix… tout file. Quelles que soient les saisons ou les conditions routières, ce magnétisme agit.

« C’est vert, faut pas manquer ça », se disent les conducteurs.

Le feu est vert! Oh, je dois vous quitter… pour me précipiter.

Mon enfance en chansons

Elles venaient de partout.

 

De mon père, d‘abord. Assise sur ses genoux, j’apprenais (sans le savoir) La Bonne Chanson de l’Abbé Gadbois. Papa savait presque toutes les chansons, et moi aussi, ai-je constaté à la vue des textes du vieil album que j’ai conservé. Soixante-dix ans plus tard, avant d’ouvrir le cahier, deux chansons me sont spontanément revenues en mémoire « C’EST L’AVIRON qui nous mène en haut », « SUR LA ROUTE DE BERTHIER » où le cantonnier « cassait des tas d’cailloux pour mettre sous le passage des roues ». Curieux phénomène que cette mémoire d’enfance.

 

Je peux aussi chanter l’Adeste Fideles. J’ai appris cet air en latin en participant à la chorale de mon pensionnat. Nous préparions la Messe de minuit. J‘étais très jeune (sept ans), mais très enthousiaste à l’idée d’impressionner les parents réunis dans la petite chapelle des religieuses; elles l’ouvraient au public pour cette grande occasion. Ce fut, je crois, une des rares messes de minuit de mon enfance. Les années suivantes, l’expérience de la chorale terminée pour moi, mes parents me réveillaient vers 2 heures pour ouvrir quelques cadeaux et savourer le pâté d’huîtres préparé par ma grand-mère.

 

Cette chère aïeule (Granny) a fait de moi une personne non seulement bilingue, mais biculturelle. « Old Mother Hubbard, she went to the cupboard to fetch her poor doogy a bone… » Elle me chantait souvent l’un ou l’autre des nursery rhymes, j’en redemandais. Ces comptines en anglais de mes jeunes années sont encore bien vivantes; mon inconscient me les restitue au besoin.

 

Trois sources de plaisir, trois sources de chansons…