L’hiver dans le Sud

« Cette pluie va s’éterniser », songe José. Il s’en réjouit, car les vacanciers envahissent déjà l’espace sous le toit de chaume qui abrite son bar.

Quelques réfugiés de la plage sont déjà attablés. Un trio de filles où chacune est hypnotisée par son écran. Tout au fond, une lectrice d’âge mûr sirote son thé, complètement absorbée par son roman. Non loin, un homme plus jeune tient sa tasse à deux mains et regarde dans le vide, l’expression aussi morne que le paysage.

« Enfin un peu de vie! » se dit José en observant un groupe de joyeux retraités qui s’approchent et discutent bruyamment; ils tentent de former des paires. « Oh! Des joueurs de bridge! » Bonne intuition : les huit visiteurs prennent place aux tables en jaugeant leurs compétences respectives.

Les cartes sont distribuées, le rhum aussi. Malgré l’heure matinale, l’alcool tropical finit par couler à flots. La concentration silencieuse enveloppant l’énoncé des premiers contrats cède bientôt la place aux taquineries multiples et finalement aux âneries. Quel vacarme! Les rires, mais aussi les cris, fusent de toutes parts. « Ce que tu joues mal aujourd’hui! » « Tu devrais retourner suivre des cours » « Tu triches! » « Je ne jouerai plus jamais avec toi! »

José s’étonne de ce qu’il qualifie de joyeux bordel. « Moi qui ai toujours considéré les joueurs de bridge comme des gens sérieux! Ceux-ci s’amusent peut-être, mais la partie de cartes, elle, a drôlement dégénérée… »

Désillusion…

 

 

Sports d’eau

Les sports nautiques ne se pratiquent pas uniquement sur les lacs et les rivières; après plusieurs heures de neige fondante, on peut s’en régaler dans les centres urbains.

Vaciller dans l’autobus me ramène à la planche à voile. Déplacer mon poids d’un pied à l’autre, m’agripper au mât, utiliser le déhanchement : tout, pour maintenir la position verticale… Mais je préfère le lac où je suis seule sur mon esquif et non ballotée en sus par les poids lourds qui m’entourent.

La chaussée est inégale…les soubresauts du long véhicule me rappellent le mouvement de mon petit voilier qui heurte les grosses vagues. Longues secousses rythmées.

Ayant quitté les transports en commun, je regarde, ahurie, les autos qui passent à toute vitesse. Leur vrombissement et les nuages d’eau ailés qu’elles déploient sont typiques des motos marines que j’ai observées.

Délaissant la blancheur et la brume du haut de la montagne, l’eau dévale les pentes en « rigolant ». Ruissellements printaniers sur la Côte des Neiges! À quand la pêche?

D’énormes flaques cernent les trottoirs, souvent assortis de 20 centimètres de gadoue. Forcée d’y marcher, je sens le froid gagner mes pieds, malgré les coûteuses bottes finlandaises soi-disant étanches; au moins, les bottillons de néoprène gardent les extrémités au chaud dans les grandes étendues fluviales.

Désormais, au royaume de la « slush », je serai chaussée de caoutchouc