Suis-je assez grande

…pour visiter sept églises? À dix ans, la question se pose.

Une vieille tradition de mon diocèse nous incite à visiter, le jeudi saint, sept reposoirs où l’hostie consacrée trône dans une surabondance de fleurs et de lumières. Invariablement situés à droite du transept, des échafaudages présentent des ostensoirs dorés qui brillent de tous leurs feux au milieu des lys, des hydrangées et autres plantes printanières.

L’ampleur, la complexité et la beauté de l’étalage varient selon la richesse de la paroisse et le talent artistique des personnes qui l’installent… La comparaison me passionne : un merveilleux concours d’esthétique. J’établirai mon palmarès personnel!

La démarche est officiellement liturgique; en conséquence, je ne peux me limiter à l’étude du décor. Cependant, une seule prière par lieu consacré suffira à me mériter l’indulgence plénière[i]. Malgré mon jeune âge, j’ai compris que cette pratique permet en quelque sorte de mettre le compteur des péchés à zéro.

Une occasion non négligeable! D’où le sérieux de la planification matérielle; je discute âprement avec les autres jeunes filles intéressées. Quel chemin prévoir pour visiter sept églises disséminées sur un large territoire rectangulaire? La randonnée sera longue.

En rétrospective, c’était le chemin de Compostelle de mon enfance.


[i]« L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée (…).

La peine temporelle est la « purification de l’attachement aux créatures, qui est une conséquence du péché qui perdure même après la mort. » D’où le séjour au purgatoire si la purification n’a pas eu lieu.

Pour plus d’explications consulter

http://www.gotquestions.org/Francais/indulgences-plenieres.html

 

Souvenirs d’antan

Mes goûts sont anachroniques. Je préfère la lecture aux évasions sur écran, je chéris le papier (le journal, le dictionnaire) et j’adore la fourrure, eh oui, celle qui a cédé sa place au duvet et au polyester.

Sans doute un relent de mon enfance. L’hiver, c’était le règne des peaux. Grâce à elles, les femmes, même de condition modeste, se protégeaient du froid, sans oublier leur tête et surtout leurs mains (je garde un souvenir inoubliable des vastes manchons).   Il en était des manteaux de fourrure comme des automobiles : la valeur était connue, la hiérarchie, établie.

À cette époque, le choix était vaste, c’était encore les pelleteries de nos terres et de nos forêts ou de celles d’autres continents. Le mouton, le lapin, la martre, le rat musqué, la loutre, le vison, le chat sauvage, le loup, le renard, le castor, le phoque et parfois même le léopard peuplaient mon imagination.

Ma mère rêvait, comme toutes les autres, d’une « plus belle », plus lustrée, plus chaude. À ses côtés, j’ai appris à apprécier. J’ai même racheté son dernier manteau de rat musqué qu’elle jugeait trop lourd. Coquet, seyant, il me transforme néanmoins en antiquité ambulante.

Adolescente, je rêvais de renard roux, au long poil soyeux et à la couleur chaleureuse. Enfin salariée, mon premier achat fut celui d’un manteau moins fragile : castor rasé, teint. Sobre, classique, mais combien velouté, je l’ai porté très longtemps!

Je n’ai pu me défaire de cet engouement. Je me délecte de l’odeur, je palpe avec plaisir la douce texture et j’admire le lustre des petites bêtes qui ont survécu au raz de marée écologiste. Aujourd’hui, je brave le froid, les vents et les tempêtes grâce à un long manteau de chat sauvage.

J’espère que les changements climatiques ne rendront pas désuet mon « capot de chat ».


Voir la photo de l’artisan fourreur Vent du nord, images de Google