La saignée

Des injections, oui. Des saignées ???

Je croyais avoir tout entendu, mais non : en 2019, on pratique la saignée dans un hôpital montréalais de renom. Non pas la saignée des calorifères, mais la saignée des humains! Jusque-là j’avais une haute estime de cet hôpital, maintenant, je doute. Je pense à Molière…

une collègue m’a confié :

« J’ai trop de fer dans le sang, à l’hôpital X, on procède à une saignée mensuelle, il n’y a pas d’autre remède pour moi ». Cette déclaration a déclenché ma surprise et ma petite enquête.

De retour à domicile, j’ai tout de suite consulté mon grand ami Google :la saignée est « connue depuis l’Antiquité, c’est surtout au XVII et au XVIII siècle qu’elle occupe une place prépondérante dans les pratiques thérapeutiques. Elle permettait de purifier le sang ‘des mauvaises humeurs’ ».

Je le savais, mais en 2019, serait-ce un retour en arrière? À quand le clystère?

« Ben réveille! c’est courant », dit mon amie, championne des informations, « je connais deux personnes qui sont traitées ainsi ». Nouvel ébahissement de ma part!

Je suis décidément en retard sur beaucoup de choses…

 

 

 

Médecine commerciale

Une belle clinique privée. Un édifice très moderne.

J’y entre pour la première fois. Je vois un comptoir et trois réceptionnistes. Je m’approche : « prenez un numéro et assoyez- vous ». Serais-je à la boulangerie Première Moisson où il faut d’abord prendre un numéro?

Finalement on m’appelle pour prendre ma carte d’assurance maladie : « assoyez-vous maintenant dans l’autre salle, on vous appellera ».

Après une heure d’attente, je m’inquiète; mon dossier serait-il perdu? Devant mes yeux se déroule un ballet hors de l’ordinaire : une assistante-chef court sans cesse et distribue les dossiers à d’autres assistantes.

On m’appelle (je pense que je suis près du but!), une technicienne me fait des examens de la vue, puis : « Allez vous asseoir entre 4 et 5 » Cinq n’existe pas, je me case près de la salle 4. Autre temps d’observation de la danse perpétuelle des assistantes, elles courent, elles virevoltent.

Au bout d’une attente qui aura duré deux heures, je rencontre la déesse des lieux : une médecin très spécialisée. Elle ne voit qu’une solution à mon problème : une chirurgie, pire, une greffe.

Devrais-je lui faire confiance?

Être accro

J’ai beau lui parler, essayer de le raisonner, rien n’y fait. Il réclame sa dose, son « fix ».

 

Il s’agit de mon œil gauche, pauvre multi-handicapé. Il me réclame des larmes artificielles plusieurs fois par jour. C’est le prix à payer pour que lui soit confortable et que ses problèmes ne s’aggravent pas. Pauvre de moi, esclave de cet œil maudit!

Pourtant j’en ai besoin, il m’aide parfois à voir même si son regard est plus ou moins flou selon l’heure et mes bons soins.

Voilà que l’osmose a joué son rôle insidieux, l’œil droit commence à me réclamer des larmes artificielles.

Je suis doublement esclave…

 

Si j’étais accro à d’autres substances, ce serait moins bon pour ma santé. Je n’ai pas à me plaindre.