sortir de sa zone de confort

Résumé de l’épisode précédent
Clarisse s’est confronté aux règles de la nouvelle littéraire. Elle a construit un scénario autour d’un voisin, Denis le sculpteur. Un ami de Clarisse, a critiqué son premier jet et l’a ramené aux difficultés d’écrire une bonne nouvelle. Il lui a conseillé de lire Alice Munro (prix Nobel de littérature en 2013).

Nouvel épisode
Clarisse est troublée par le commentaire de son ami, professeur de littérature. Elle a cessé de chantonner, elle soupire et se prend la tête à deux mains. Elle songe…

Quand il s’agit d’écrire, elle est aventureuse. Elle a clamé se mettre à l’écriture de nouvelles littéraires sans trop se souvenir de quoi il s’agissait. Trop crispée par les changements d’orientation de son travail, elle a oublié ses expériences antérieures de la nouvelle.

« Autrefois, j’ai dû en écrire des nouvelles, mais c’est tellement loin… dans une autre vie, me semble-t-il. Je ne me souviens pas. Je me suis défaite des textes d’Alice Munro. Les histoires de femmes des années 50, qui vivaient en Ontario, me laissaient froide, plutôt indifférente. Trop loin de mon vécu et pas assez loin dans l’Histoire. » Soupirs. « J’ai probablement eu tort, il y a sans doute quelque chose à apprendre auprès de la Reine de la nouvelle. Je vais réessayer. »

Clarisse appelle tour à tour chacune de ses amies grandes lectrices : « aurais-tu un texte d’Alice Munro dans ta bibliothèque? »

Après plusieurs réponses négatives, elle se rend compte qu’elle s’aventure sur un chemin peu populaire. Elle s’inquiète…

Après de nouvelles recherches, elle retrouve, dans son bureau, invisible parce que caché derrière d’autres livres, un recueil des meilleurs écrits de la grande dame. À leur lecture, elle découvre que les nouvelles plus récentes abordent des problématiques d’actualité, par exemple, la violence conjugale dans les Fugitives (2004); ces textes trouvent grâce aux yeux de Clarisse.

« Mais étirer mes propres nouvelles sur 20 pages, non merci, se dit-elle. Je vais me fier à mon intuition. Je rendrai, en moins de mots, l’histoire de Denis passionnante. »

Elle sort ses plumes et se met à l’œuvre.

Elle est bientôt distraite par un courriel où Yves lui annonce son retour.

« Ça y est, ça recommence. À chaque fois que je me mets à écrire, je suis interrompue, mais cette fois, j’aurai le temps de terminer ce court texte avant le retour de mon chéri ».

La plume court sur les pages blanches…

Écrire une nouvelle

Clarisse est de retour à la maison de campagne de son défunt père. Elle est maintenant chez elle ou presque! Irène et la famille de l’écrivaine ont libéré les lieux. Yves est encore à l’étranger. Elle est enfin seule.

Le soulagement de n’avoir plus à rédiger un long roman a plongé Clarisse dans l’euphorie.

« Je vais pouvoir m’amuser et jouir des autres plaisirs de la vie »

Elle a flotté un bon moment avant de revenir à la réalité et de retrouver le goût de noircir le papier. Elle fait appel à ses souvenirs pour savoir comment réussir son nouveau projet, mais ils sont lointains. Elle se gratte la tête (du moins symboliquement).

« Hum, je vais me rafraîchir la mémoire. Quelles sont les règles de la nouvelle littéraire? »

Clarisse cherche, fouille dans ses notes de cours… finalement, trouve.

« Que c’est complexe! Huit points!

La nouvelle littéraire est un récit, bref, fictif et littéraire. L’action est unique et les lieux, peu nombreux, sont généralement esquissés.

Bon. Ça me suffit pour le moment. Je reviendrai plus tard aux autres incontournables.
Il me faut un personnage principal. Qui pourrait m’inspirer? …
J’ai trouvé! Denis, le sculpteur, dont j’ai toujours admiré les oeuvres. Il habite lui aussi la campagne non loin d’ici. »

Centré sur son travail, il s’est isolé. Le résultat artistique est remarquable mais sa vie personnelle et sociale laissent à désirer. Ses cheveux grisonnent chaque année un peu plus.
Au cours d’un repas à l’auberge du coin, une femme étrangère se met en frais de le ramener sur terre. Elle réussira si bien que cette idylle se poursuivra pendant de longues années. Denis sera heureux de ne plus dormir avec ses sculptures.

Voilà l’ossature de ma prochaine nouvelle, c’est très simple! »

La joie de Clarisse est quelque peu amoindrie par les remarques d’un ami anglophone, professeur de littérature anglaise à qui elle a soumis son texte.

« Beginners luck! clame-t-il.

Une bonne nouvelle exige un travail de réécriture constant. C’est plus difficile qu’un roman… Tu devrais relire Alice Munro. »

« Moi qui pensais me consacrer à une tâche plus facile! » gémit Clarisse.