La contrepartie

La contrepartie

Je veux parler de la routine, de celle qui se situe au-delà des corvées domestiques.

 

Je me suis défendue corps et âme d’être victime de la répétition : un horaire de travail souple, des tâches variées, une vie rythmée par les saisons. Des essais créatifs et d’innombrables coups de cœur qui balayaient tout. Je voulais toujours du neuf.

J’avais des ami(e) s dont la vie était réglée au quart de tour depuis des années : même coupe de cheveux, même résidence, même période de vacances, même emploi du temps à chaque journée de la semaine, même menu, etc. Je regardais ce phénomène avec surprise, moi qui avais horreur de la routine, jusqu’au jour où…

 

Elle s’est insinuée subrepticement dans ma vie. Des choses anodines, je ne  me suis pas méfiée : j’ai rangé autrement, j’ai préparé des menus un peu répétitifs, j’ai élaboré des priorités différentes. Puis les rituels ont pris de l’ampleur, d’autres se sont rajoutées.  L’ère de l’ordonnancement a pris le dessus.

J’éprouve de la difficulté à en parler ; je suis mal à l’aise, troublée de mon revirement. Ma nouvelle façon de vivre est aux antipodes de ce que j’ai toujours préconisé.

Les rituels  me tuent parfois, mais, à l’occasion, ils me sauvent la vie. Ils aident ma mémoire défaillante.

La routine, autrefois ennemie, est devenue une alliée.

 

D’allié à ennemi

Le vent dans les voiles d’un bateau, pour moi, c’est magique!

Il les gonfle ou les dégonfle; il semble pousser l’embarcation. C’est merveille que de glisser sans bruit sur une vaste étendue d’eau. Si les vagues sont petites, elles bercent, si elles sont fortes, elles provoquent des soubresauts, elles assaillent les coques de l’embarcation; celle-ci frappe la masse fluide, le métal du dériveur gémit. Autant de  sons grisants pour une amoureuse  de la voile.

Avec l’âge, je navigue moins, je ne fais plus de voile en solo, mais j’en garde la nostalgie…

 

Sur la terre ferme, malgré la chaleur et le soleil, le vent peut constituer une magistrale entrave à mon plaisir, impossible de lire ou de manger à sa face, il faut m’en protéger. Selon les mois ou les années, je m’en protège souvent…

Le vent rugit parfois, fracasse l’eau en mille vagues, petits moutons blancs qui courent vers la rive et la couvrent d’écume; sous son impulsion, le lac change de couleur, il s’assombrit.

Le vent secoue brutalement les feuillus qui se plaignent : concert assourdissant avec lequel je dois vivre. Le vent s’attaque aux branches de mes arbres et se permet même de les arracher. Les dégâts sont variables…

Chassés par le « nordet » ou les rafales du vent d’ouest, les goélands et les hérons  de ma baie délaissent leurs roches rituelles, seuls les canards restent en place, impassibles, et continuent de nager; ils prennent les vagues de travers ou de front. Je les observe de l’intérieur de ma maison.  Au moment des orages, le vent devient dangereux pour mon vieux chalet de bois. Ce vent me fait peur, surtout la nuit.

 

Que dire de la musique! Elle fut longtemps douce à mon âme. Classique, vous vous en doutez: trios, quatuors quintettes et autres, chant choral, opéras, concertos, symphonies etc.

Elle a changé : elle est devenue métallique, assortie de basses sans cesse répétées, percutante, tonitruante; même en soutien à la danse, elle n’est souvent à mes oreilles qu’une suite de sons. Pour moi, elle n’est que  « bruit ».

J’ai pensé échapper aux chansons omniprésentes dans les rues et les commerces de la ville en me réfugiant à la campagne. Par un temps calme et serein, alors que je lisais, tranquille sur ma terrasse, j’ai été assaillie par le bruit  d’une musique « pop » , celle venant d’un bateau moteur qui filait au large. L’excitation par les décibels a pris de l’ampleur et, décidemment, du territoire. Elle me dérange…

 

Elle est, comme le vent, une alliée devenue ennemie.