Propos d’été

« Enfin!,  s’exclama le jeune peintre, la mer et ce merveilleux ruban de dunes… Depuis longtemps, je rêve de leurs couleurs et de leurs textures.» Il sort tubes et pinceaux, s’installe rapidement et se met en frais de réaliser des pochades.

Bien qu’absorbé par son travail, il perçoit néanmoins des murmures insolites. Ces masses sablonneuses seraient-elles capables de parler? Il tend l’oreille…

« J’en ai marre d’être fouettée par le vent et les vagues. Ma patience s’effrite. »

« Vivement la froidure, qu’on cesse de nous marcher dessus et surtout de nous rouler dessus. Ces petits engins à moteur! »

« Comme toi, je préfère les pattes des martins-pêcheurs, les courses de crabes et tout ce qui fourmille sous nos herbes folles. »

« Je me passerais bien de la nature humaine, mais il y a les enfants… Regarde les tout petits qui se dirigent vers nous. »

« Ils sont mignons avec leurs seaux et leurs pelles. Le monsieur qui s’efforce de nous copier va-t-il goûter leur présence? »

Tiré de sa transe, énervé par le babil enfantin, Florent se retourne et…

À la recherche du silence

Une longue quête…marquée par quelques incidents.

J’ai cru le trouver loin de la civilisation. J’ai dû me rendre à l’évidence que les gros avions sillonnent le ciel du désert du Sahara et que l’air des coins reculés de la jungle amazonienne vibre aux sons des oiseaux et des singes.

J’ai cru que « ma » campagne québécoise offrirait un oasis de paix. C’était sans compter le chant des corneilles et des tondeuses, ainsi que le vrombissement des moteurs marins.

J’ai toujours su que la vie urbaine recelait des trésors de bruit. Les bétonnières, les poids lourds réfrigérés, les équipements municipaux, les autobus, et j’en passe,  envahissent nos rues; ils sont les instruments d’une symphonie très concertante! Aussi, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre la voix de Michael Bublé sur la Côte des Neiges, alors que je savourais un premier café printanier. Je tournai la tête dans tous les sens, cherchant l’origine de ce concert. Je découvris un micro suspendu au mur extérieur de la terrasse voisine. Par la suite, des mélodies italiennes et de vibrants rythmes sud-américains tentèrent de couvrir les bruits de freinage et d’accélération de la rue. J’étais sidérée…

Ma déconvenue s’accéléra lorsque mes oreilles tourmentées entrèrent en contact avec les chansons distillées dans les grandes surfaces. Céline Dion s’égosille à mon épicerie. Des chanteurs « rock » et des percussions ont pris possession de Pier Import, Future Shop et Ikea pour ne nommer que ceux-là. Les cafés et les bistrots ont emboîté le pas de la sonorité moderne; je l’ai même retrouvée chez la Panetière d’Oka. La voix humaine peut être stridente; je n’ai jamais pensé me languir de « Muzak » et de ses mélodies aseptisées; insipides, oui, mais combien douces à l’écoute!

Suite à cette prise de conscience, mon irritation atteignit son paroxysme en entrant dans un autobus où les doigts du chauffeur tambourinaient le volant au son d’un poste de radio placé au-dessus de sa tête. La musique disco envahissait le véhicule!

Je rentrai chez moi, déconfite, désolée, et me rendis compte que le silence m’y attendait.