Une détresse assumée

Immobile, roulée en boule sur mon canapé…

Le temps s’est arrêté, le vouloir aussi. Je suis inerte, incapable de penser, encore moins de planifier et d’organiser le quotidien. Quelle désolation ! Sur le sofa, j’ai déposé ma fatigue, mon malaise et j’attends, effondrée…

Un lourd silence ajoute à l’irréel de cette pause involontaire.

Dévastée par cette impuissance, je sens mon cœur s’alourdir. Si quelqu’un pouvait me secourir, m’accompagner dans ce moment de détresse.

Une mère saurait…Elle prendrait le relais. Je serais bercée, nourrie, bordée, rassurée : « ne t’en fais pas, ça va passer ».

Maman, au secours !

Supplique inutile, je suis seule…

 

Mater dolorosa et associés

Les fioritures vocales des chanteurs, vertigineuses ! Les « amen » interminables où les solistes, les chœurs et les orchestres en rajoutent et rivalisent d’énergie, époustouflants ! Les sons graves et les aigus alternent, s’entrecroisent et se superposent, enveloppés par les timbres des instruments à corde et à vents, et parfois, des trémolos de l’orgue. Glorias, Magnificats, Requiems et Messes de tous genres agrémentent mes dimanche matins, même le Stabat Mater trouve grâce à mes yeux (heureusement le texte est en latin!).

Étonnamment, cet amour de la musique chorale remonte à mon enfance. J’ai sept ans. Mon père dépose sur le plancher du salon, une boîte carrée garnie d’un plateau rond. Il y dépose une sorte d’assiette de plastique qui tourne et émet des sons lorsqu’il la pique d’une aiguille. Une voix masculine se fait entendre: le ténor Jan Peerce chante l’Agnus Dei… Je suis conquise.

L’église paroissiale me permet de prolonger le plaisir. Les célébrations de toute nature, incluant les funérailles et les offices de la semaine sainte, sont prétextes à mon émerveillement. Je frissonne en écoutant le Requiem, le temps est suspendu pendant la psalmodie des Rogations…À douze ans, je pris l’habitude d’assister, seule, à la grand-messe dominicale où je me régalais du travail des  choristes et de l’organiste. Chantées, les suppliques latines me charmaient.

 Cet engouement pour la musique religieuse expliquerait-il l’intérêt que la vie des moniales a suscité pendant mon adolescence ? C’est douteux…

Cependant, à ce jour, je craque pour un Kyrie.