les chenilles à la campagne

Les fientes des oiseaux, j’ai l’habitude.

Les toiles des araignées, j’ai l’habitude.

Les invasions de chenilles, du jamais vu en 35 ans.

 

Les chenilles sont mignonnes. Noires sur les dessus avec des points jaunes, sur les côtés, une sorte de bande duveteuse turquoise et en dessous, un grand nombre de pattes. Ces dernières chatouillent la peau. J’étais admirative au début.

Puis elles sont arrivées en horde! Je les ai observées pendant une semaine et je ne les comprends toujours pas.

Pourquoi grimper dans certaines espèces d’arbres chez moi et d’autres espèces chez les voisins? Pourquoi délaisser mes pommiers? Pourquoi choisir les arbres où les feuilles sont tout en haut? Où sont-elles à la tombée du jour? Je ne les vois plus…

Leurs couleurs se confondent admirablement avec celles de l’écorce.  Elles montent en grappe, comme dans les films de monstres. Impressionnant, cela m’effraye.

Elles s’insinuent partout. Les marches et les murs de mon chalet, mes pantalons, ma corde à linge, ma galerie. Pourvu qu’elles épargnent ma maison et mon lit!

J’ai essayé de les tuer, d’autres les remplaçaient. J’ai brossé des branches et des troncs pour les enlever. Peine perdue, elles revenaient le lendemain. Je me suis résignée à vivre parmi elles.

Mes voisins m’ont répété qu’elles étaient inoffensives pour les arbres, mais cette invasion sournoise de « petites bêtes » me dérange.

Souvenirs 2

Les souvenirs de la grande caisse étaient relativement récents, faciles à regrouper.

 

Je viens de découvrir deux boîtes de carton, pleines à craquer de cartes de souhaits, de lettres et de cartes postales. Ces messages sont vieux. Ils datent parfois de 50 ans et sont adressés à Mademoiselle, titre que j’ai porté longtemps.

J’ouvre les lettres avec fébrilité. Qui m’a écrit? Un Claude ? Lequel? Un Jacques? J’en ai connu plus d’un… Je joue donc au détective. Je cherche les dates, je recoupe les lieux, je compare les signatures, je titille ma mémoire. Malgré tous mes efforts, il reste quelques mystères…

Je contemple ces signes d’une autre époque où la carte postale maintenait le lien pendant les absences. À l’évidence, mes ami(e) s ont beaucoup voyagé.

Moi aussi semble-t-il, et souvent seule, belle occasion de rencontres de tous genres. J’ai tissé beaucoup de liens d’amitié, si j’en juge par la volumineuse correspondance que je découvre : des lettres,  des lettres et encore des lettres.

Ces lettres témoignent de multiples moments agréables, mais aussi de jours tristes, de cœurs brisés, tantôt le mien, tantôt celui d’un autre… Néanmoins, ces cartons m’attirent comme un aimant. J’ai hâte de terminer mes fouilles.

Quand j’aurai fini de les classer, je pourrai parcourir tranquillement ces traces de mon passé. Je vais tout lire.

 

Quelques semaines plus tard.

Ces lectures m’ont renvoyé une image de celle que j’étais pendant la vingtaine : estime de soi limitée, humeur variable, mystérieuse, « travaillante », etc. Certaines lettres que j’ai écrites m’ont été retournées lors d’une rupture. Elles témoignent d’une excellente maîtrise de l’anglais et pour cause, à cette époque, mon employeur était anglophone.

Parmi les lettres qui m’étaient adressées, j’ai conservé les plus significatives, me délestant des autres avec un pincement de cœur.