une fête qui tourne mal

SURPRISE pour les parents : le tout petit obtient son congé de l’hôpital!
Après mes 15 jours de fréquentation du service de néonatalogie et de centration sur l’allaitement du prématuré, c’est le retour à la maison avec mon premier enfant. Le père, excité et fier, a convié, à l’improviste, quelques collègues de travail pour fêter l’arrivée de son fils.

Je savoure une première coupe de bulles… j’entends des pleurs, je monte en vitesse à l’étage m’occuper du nouvel arrivant. Malgré le sein offert, ma tendresse et tous mes efforts de réassurance, le nouveau-né pleure sans relâche… je suis désemparée, envahie par un fort sentiment d’incompétence. Il fait très chaud, par les fenêtres ouvertes, j’entends les rires des autres, dans le jardin; ils boivent du champagne! Et moi, je ne suis plus de la fête, je suis terrée au deuxième étage (avec mon bébé inconsolable), prisonnière et impuissante.

Des larmes de désolation coulent silencieusement sur mes joues. Ce fils prématuré a déjoué ma planification; je suis démunie « sans vêtement de nouveau-né, sans berceau, sans même une épingle à couche! Mère indigne! »

Je suis en jupon, assise sur mon lit, la tête penchée, les épaules voûtées, le petit dans les bras, solitaire. Je cherche en vain la merveilleuse solidarité féminine dont on vante les mérites en pareilles circonstances. « Ma mère, mes tantes, ma sœur, mes amies, mes collègues où êtes-vous? ».

C’était ma première détresse de mère…

courriel et vaisselle

Non, ce n’est pas le début d’un poème, mais d’une diatribe contre ces chronophages : le courrier électronique ainsi que le lavage des bols et autres récipients qui sont au service de la nourriture.

Que de temps, par ailleurs précieux, vous est consacré, temps qui pourrait être voué à des travaux plus créatifs! À cause de votre gloutonnerie, vous engouffrez les moments qui auraient permis à des notes de s’additionner sur une portée, aux traits de pinceaux de s’étirer sur la toile, à des mots de s’aligner sur une page. Vous nous privez de nouveaux agencements de fleurs, de mets, de meubles, etc.

La musique, en sourdine, masque un peu l’ennui des gestes entourant le nettoyage des plats, des cocottes et des chaudrons. Je redoute la vision de la pile d’assiettes sales; elle me force à passer à l’acte. Quelle corvée! Pour une personne à la retraite, les repas à la maison sont plus nombreux, la vaisselle, plus fréquente. Entre l’évier, le lave-vaisselle et les armoires :
place, déplace, replace, place, déplace, replace, place, déplace, replace.

Les murs de ma cuisine suintent l’ennui de la répétition.

Par ailleurs, la publicité des infolettres se glisse, entre les messages amicaux ou amoureux. J’ai beau me désinscrire, il en survient toujours de nouvelles; impossible d’échapper à cet ennemi virtuel. Il me faudrait vivre une vie monacale, sans sortie, sans achat; les commerçants polluent mon espace personnel.
La curiosité l’emporte parfois, j’ouvre, et alors
roule, déroule, supprime, roule, déroule, supprime, roule, déroule, supprime…

Non seulement je fais travailler mes doigts, mais en plus, je dois exercer mon jugement : « est-ce important, devrais-je conserver ce texte, si oui, sous quelle rubrique? » La réflexion m’est imposée ou je la reporte et c’est pire, plus de temps gaspillé!

Avec ce rituel, mon ordinateur perd de son charme. Mon bureau, aussi.

Et pourtant, pauvres humains de chair et de communication, il nous faut manger et converser pour survivre.
Chers chronophages, vous êtes dans ma vie pour longtemps.