Le temple du corps

Cette appellation convient à mon centre sportif. De nombreuses années d’observation dans le vestiaire des femmes m’en ont convaincue. Dans ce temple, il y a peu de vestales, des fidèles en grand nombre et quelques prêtresses.

Ces dernières, comme leurs ancêtres, prennent un soin particulier de leur peau. Elles appliquent lentement et soigneusement une crème sur toute la surface de leur corps. Vu de l’extérieur, cet auto massage semble tout à fait voluptueux. Certaines utilisent plusieurs serviettes de bain pour protéger leur épiderme de tout contact avec des surfaces frôlées par le commun des mortelles; elles étendent le tissu-éponge par terre, sur leur siège et devant elles, sur le comptoir de maquillage.

Elles font preuve d’une placidité exemplaire pour nourrir, lisser, sécher et coiffer leurs cheveux (même longs). Elles maîtrisent parfaitement les techniques de la mise en plis et procèdent sans l’aide d’un miroir arrière. Pendant ces opérations, le temps semble suspendu…

Vient ensuite le temps de se préparer pour le regard extérieur. Pour ce rituel, les multiples flacons, pots, tubes, pinceaux et brosses sont étalés sans vergogne ; la place est occupée. Avec une assurance tranquille, ces femmes multiplient les applications de crèmes et de fards jusqu’à l’obtention du résultat désiré : le teint sera éclatant, elles seront séduisantes.

Il me faut conclure à l’infinie patience de celles qui adhèrent aux normes de la beauté plastique. Elles sont les prêtresses du  corps, avec ou sans temple.

Étrange destin

Le cours s’intitule Peinture : nouvelles approches. Malgré ce libellé, le professeur a entrepris de nous sensibiliser à la poésie japonaise.

Les « haiku », textes très courts, visent à dire « l’évanescence des choses ». Ils  suivent des règles strictes. En raison de différences dans la phonétique, des aménagements ont été conçus pour la langue anglaise : trois vers, respectivement de cinq, sept et cinq sons sont requis. Les mots, simples et objectifs, doivent suggérer une image ou une sensation, en plus de comporter une référence saisonnière et d’offrir un contraste ou une comparaison.

En bonne élève, je mis de côté mon aspiration pour un travail artistique contemporain et me mis en frais de composer des textes répondant à ces critères  anciens. Voici celui que je choisi lorsqu’on me demanda d’en faire l’illustration.

Le lac retrouvé

Ciel sillonné d’outardes

vivement, l’orage…

le printemps

n.b. acrylique sur toile, teinte sépia