Chalet…d’été 2

Si le chalet d’été recèle des aspects idylliques, il comporte néanmoins des zones d’ombre. Un soupir de découragement succède à l’excitation du retour à ce lieu tant aimé; il y a beaucoup à faire! Des muscles solides et nombreux sont requis pour déplacer le mobilier du jardin (la vieille table à pique-nique en bois massif me semble peser une tonne!), et que dire des équipements nautiques…

Cette chère résidence reçoit pendant mon absence la visite des araignées et des mulots. Vite torchons et balais! Oh horreur! Ces petites bêtes à pattes ont séjourné dans mes pulls de cachemire (mal protégés, je l’avoue). Des trous béants ornent maintenant la laine moelleuse. De plus, elles ont exploré les moindres coins de la maison, y semant moult cartes de visite. Les surfaces et l’intérieur des armoires seront forcément passés au désinfectant.

Cet habitacle a beau ne servir que l’été, ironiquement, il faut entreprendre « le ménage du printemps »; même le puits est passé au chlore. Si la plomberie est intacte, je me sens bénie des dieux!

Cette demeure saisonnière, si simple aux yeux des visiteurs, nécessite les mêmes soins qu’une « vraie maison ». Arbres, toitures, fenêtres, revêtements de sol, requièrent l’attention du propriétaire; fuites et pourritures sont à débusquer! Malgré toutes ces attentions, des travaux apparemment anodins mettent parfois à jour (ou plutôt à nu) des problèmes de longue date, fruits des négligences des propriétaires antérieurs; le choc est de taille, et pour le coeur et pour le portefeuille!

Quant aux frais courants, mieux vaut passer sous silence les taxes, les frais de communication, les réparations et l’entretien du terrain. Le chalet d’été est devenu un objet de luxe, loin de sa vocation initiale de lieu rustique pour vacances à bon marché.

Les chalets…d’été

Une espèce en voie de disparition, du moins dans la couronne qui entoure Montréal. Jadis, ces petites habitations de bois jalonnaient les berges de tous les cours d’eau environnants : le fleuve, les rivières, les lacs, tous étaient garnis.

Comme ceux des temps reculés (les Romains quittaient Rome l’été), les citadins fuyaient la grande ville pendant les chaleurs estivales. Ce n’était pas l’exclusivité de gens fortunés, même les salariés modestes, essaimaient vers des lieux plus verts et mieux aérés. Certaines familles se déplaçaient en autobus et en train pour y parvenir.

Bâti sur pilotis, le chalet de bois était de dimension modeste, les chambres, minuscules; il était généralement loué avec un mobilier minimal et rustique. Ceux des années 30 étaient encore équipés de « bécosses », c.-à-d. de toilettes extérieures. Les puits pourvus de pompes manuelles fournissaient l’eau potable.

Le bois utilisé était de bonne qualité, certaines de ces structures ont résisté au passage du temps. Celles qui n’ont pas été démolies en faveur d’un habitacle quatre saisons, répondant aux normes de construction moderne, ont été entretenues avec soin par des propriétaires amoureux de ce patrimoine. J’ai le plaisir d’en posséder un. Agrandi, recouvert de lattes d’aluminium, muni de sanitaires modernes, d’électricité suffisante pour cuisiner, chauffer et se laver, il remplit les mêmes fonctions qu’à son origine, la communication par internet en sus.

Quel chemin parcouru depuis l’époque où mon chalet avoisinait le hangar où les blocs de glace étaient conservés dans le bran de scie avant d’être réacheminés vers les glacières des autres maisonnées. Une quinzaine d’habitations, construites et louées par un propriétaire, sises sur un territoire circonscrit, formaient un domaine où les estivants se retrouvaient d’année en année. Ils formaient une petite communauté où les activités collectives étaient florissantes : repas de toute nature (y compris la traditionnelle épluchette de blé d’Inde), multiples concours pour les jeunes et les moins jeunes, activités nautiques et sportives. À cette époque, le croquet et le lancer du fer à cheval soulevaient les passions!

C’était un paradis pour les enfants et les adultes.

La vie collective a cédé la place aux plaisirs familiaux ou de couple,  mais ces oasis conservent leur caractère idyllique, même pour les personnes qui vivent seules…