Clarisse s’emporte

Résumé des faits récents
Clarisse prend son rôle de liquidatrice au sérieux et s’occupe de ce qu’elle appelle la paperasse. Son ennui majeur vient d’Irène, qui réclame de séjourner à sa guise dans la demeure familiale et qui menace de recourir aux tribunaux en cas de refus.

Épisode
Yves est témoin de la rentrée tapageuse de Clarisse. Il entend une porte qui claque. L’écrivaine est blême, ses gestes sont saccadés.

« Je ne l’ai jamais vu dans cet état, elle, d’habitude si calme et si posée »
Pense son amoureux.

Clarisse déclare brusquement « Je ne sais pas si je corresponds à la définition, mais je souffre de rage au volant. Dans mon habitacle, je fulmine, je hurle, j’invective. Si j’étais une jument, la vapeur me sortirait par les nasaux. »

« Une vraie furie » s’étonne Yves.

« Détours! Détours! Détours! Engorgements inouïs dans des rues autrefois paisibles. Complètement affolant! Six voitures qui s’entrecroisent pour accéder à trois directions différentes, et une seule voie pour enfin parvenir à ma rue! » fulmine Clarisse.

« Les bouchons, les ralentissements, je les tolère; ce que je ne tolère pas, c’est le comportement des automobilistes, des autres, bien entendu, moi, je suis parfaite, ou du moins, j’étais parfaite, je ne le suis plus. Je laisse passer les ambulances (pour des raisons humanitaires) et les autobus (parce qu’ils sont plus gros que moi). Les autres? Niette ! »

Clarisse ne décolère pas. « Il faut dire que j’ai vu les pressés qui filaient à 70 km à travers la ville, j’en ai vu d’autres me dépasser à droite pour rattraper la rue plus loin, et ce, malgré le feu rouge. Mon sens du civisme est ulcéré. La galanterie n’existe plus, j’en ai fait mon deuil, mais la civilité devrait survivre! »

La fureur de Clarisse ne s’essouffle pas.
« Je souris et je remercie ceux et celles qui me permettent de rentrer dans le rang. Les autres me mettent hors de moi. Comme ceux qui klaxonnent quand j’attends que les piétons traversent une intersection ou ceux qui me pressent de redémarrer, de toute urgence! »

Yves, est médusé et soucieux : il ne reconnait pas la femme devant lui. Il croit que les émotions soulevées par les récriminations d’Irène sous-tendent les emportements de Clarisse…

Irène se révèle

Résumé des faits récents
Clarisse est ralentie dans son travail d’écriture. Elle misait beaucoup trop sur la vie de David, son nouveau personnage. Elle a été désignée comme liquidatrice de la succession de son père, d’où Irène a été exclue. Cette dernière fulmine. Yves, en vacances, est aux côtés de Clarisse.

Épisode
La table de travail de Clarisse est très encombrée. Liquider une succession n’est pas une mince tâche. Banques, impôts, rentes, inventaire, etc.

« Quelles paperasses! » Pense celle qui n’a pas l’habitude des formalités.
« Le notaire m’a assuré que c’était un honneur, honneur dont je me passerais volontiers ».

Mais…comment dire non à son père, qui, même absent, reste présent pour elle et continue de la fasciner? Elle se réjouit de retrouver ses traces dans la maison de campagne.

Irène, elle aussi, veut retrouver les traces de Maurice dans cette maison où elle a séjourné avec lui pendant trois semaines de vacances. Suite à la lecture du testament, elle laisse savoir à Clarisse qu’elle s’est attachée à ce domicile et veut y accéder à sa guise. Elle lui explique, sous des menaces à peine voilées, qu’elle n’hésitera pas à recourir aux tribunaux, si la progéniture de son amoureux s’oppose à ses désirs.

Clarisse trouve qu’elle est folle. Trois semaines d’attachement d’un côté contre 30 ans d’attachement d’un autre.

« Mon frère et mes sœurs ne seront pas d’accord avec elle. Je vais aussi leur redire que nous n’avons pas les moyens de payer un avocat pour la remettre à sa place » tonne (in petto) la liquidatrice.

Après son inventaire des biens, elle avait prévenu la fratrie que la succession comportait peu de sous et que la maison de campagne constituait l’élément central du patrimoine, le reste n’étant que des broutilles.

Jusqu’à ce jour, elle a épargné ses sœurs et son frère, qui habitent une autre ville, de la plupart des ennuis bureaucratiques liés à la succession. Elle est outrée mais, elle encaisse seule les doléances d’Irène, en espérant un miracle (que cette dernière change d’idée et retire sa demande).

Clarisse avait placé son père sur un piédestal. Il est désormais moins haut! « Comment a-t-il pu aimer cette harpie? » songe-t-elle.

Sa rancœur et sa rage ne trouvant pas de place dans son roman, c’est son amoureux qui reçoit souvent ses confidences et le trop-plein de ses émotions. Tout absorbée par ses nouvelles obligations légales, elle a perdu de vue son projet de rapprochement romantique…

Après un long moment devant son ordinateur, Yves vient la retrouver. Il a noté les dates des compétitions du patinage de vitesse et se rend compte, peiné, que ses vacances à lui tirent à leur fin.

« Clarisse, je vais devoir partir ».

« Quand? » demande-t-elle d’un ton stoïque.

« Dans deux semaines. »