La femme invisible

La femme a été emmurée, puis elle s’est mise à parler. Elle a pleuré, ri et joui; elle a peint et dépeint. Voilà qu’on lui propose un autre rôle : du théâtre se demande-t-elle?

Curieuse, elle se renseigne. Il s’agira de marcher en solo au côté de l’homme qu’elle aime; pas de marque d’affection en public. Choisir un restaurant loin des rivages connus, s’en tenir au déjeuner du midi. Ne jamais téléphoner, ni rappeler.

Elle comprend qu’on lui propose la discrétion, en d’autres termes, le secret.

Aventureuse, elle décide d’essayer. Elle découvre qu’en plus, ses envois électroniques doivent rester prudes. Ouste, les concerts, les voyages, les weekends énergisants ou le cocooning en soirée. En tout temps, elle doit rester inexistante pour l’entourage de « son homme ».

Éventuellement, la révolte mijote, bouillonne et le couvercle de la marmite saute. Cette femme si spontanée refuse de tenir le rôle de la femme invisible.

Encore ma grand-mère

À partir de mes trois printemps, j’ai partagé ma chambre avec ma grand-mère. Après le repas de midi, la maison se taisait, Granny faisait la sieste. Je ne me suis jamais plainte : elle me choyait beaucoup. Elle utilisait les retailles de tissu et de fourrure de mes manteaux pour coudre, à la main, des répliques pour mes poupées. J’étais aux anges!

Elle a fait plus: broder et tricoter lui plaisaient, même si les travaux étaient imposés par mon école. Elle a toujours eu de très bonnes note; je n’ai pas appris.

À l’âge adulte, mes efforts pour utiliser une machine à coudre se sont soldés par un échec. J’en ai conclu que je n’avais pas beaucoup d’habiletés manuelles, talent que j’ai laissé à d’autres, surtout à ma soeur qui a des doigts de fée.

Au début de l’adolescence, j’ai, sous la direction de grand-maman, réalisé plusieurs « scrapbooks » de la famille royale d’Angleterre. Mon aïeule, née hors Québec, faisait preuve d’un grand intérêt pour la reine Mary, la Queen Mom et Elizabeth, la Deuxième; mes découpures de journaux de l’époque en témoignent.

Je les consulte à l’occasion pour vérifier si les feuilletons télévisés (ex. The Crown) nous présentent une réalité historique.

Même en ces temps troubles, je conserve mon souci de «vérité »