Amoureux des chiens?

Le cavalier King Charles (nom d’une race de chien)

Une femme sur un pont tire un câble de toutes ses forces.

Elle tente de ramener la grosse corde vers elle, de la glisser sur le parapet, mais la progression est lente compte tenu du poids qu’elle essaye de hisser. Malgré ses mains endolories, son esprit s’active à retracer la trame des événements.

Le petit chien blanc de sa fille, le cavalier « Charlie » s’est aventuré sur une saillie rocheuse qui surplombe un étroit cours d’eau qui serpente sur des kilomètres. Ses petites pattes ont glissé sur la surface humide : plouf! Bien qu’il nage de toutes ses forces pour regagner son point de départ, il est graduellement déporté par le courant. Avec l’autorité de ses huit ans, Catherine désigne son jeune frère comme surveillant et court vers la maison toute proche pour demander l’aide de sa mère.

« Maman, maman, il faut sauver Charlie, il est tombé à l’eau. »

Véronique se mobilise, saisit ses clés au passage, attrape Catherine, saute dans la voiture et roule vers le pont qui se trouve plus loin, en aval. Elle se demande si elles arriveront à temps… « Enfin, cette amarre qui dort dans le coffre servira à quelque chose. » Elles arrivent rapidement au centre de la structure qui n’est pas très haute.

« Je vais aller le chercher », crie Catherine.

Contre tout bon sens et en toute hâte, Véronique fait ce qui lui est demandé. Avec le cordage, elle attache solidement la taille de sa fille et la descend au-dessus de l’eau. Ainsi suspendue, inconsciente du danger, Catherine attend, entièrement absorbée par sa mission de sauvetage.

« Je le vois, je le vois, il s’en vient. CHARLIE, JE SUIS ICI. »

Catherine, qui touche presque l’eau, ouvre les bras. Charlie l’a reconnue et se laisse happer au passage. Véronique a observé la scène et se sent rassurée.

Il ne lui reste qu’à tirer le câble de toutes ses forces…

Sysiphe en terrain plat

Pendant la saison estivale, je pense souvent à cet homme mythique… à la répétition.

Du fond de ma campagne, je livre chaque jour un combat contre les toiles d’araignées. Je travaille pour éliminer ces décorations importunes, faute de quoi un air de négligence et d’abandon s’installe en ma demeure. Si je les laisse intactes, les travailleuses de nuit repassent pour enrichir l’œuvre qui s’épaissit et devient plus complexe; elle résiste même à l’eau!

Je découvre des filaments, tendus entre deux arbustes, des cercles concentriques, parfois iridescents sous le soleil, ainsi que des voilures, des triangles laiteux nichés dans les coins.
Bien qu’artistiques, ces travaux sont envahissants. À l’extérieur, ils s’accrochent aux arbustes, aux chaises, aux tables, aux rampes, aux fenêtres, à la maison, à tous les objets. J’y étais habituée. Mais voilà qu’à l’intérieur, ils décorent mes sandales rangées dans la chambre et les petites cuillères sagement assises sur la table de ma cuisine. Ça, c’est nouveau!!!

Et c’est trop! Cette surabondance force ma réflexion… J’ai finalement conclu que les araignées étaient atteintes de l’esprit olympique qui flottait dans l’air; elles multipliaient les prouesses et les acrobaties.

C’était l’année dernière. Cet été, elles sont revenues en force et, avec des décorations en plus! Un matin, au réveil, j’ai aperçu des guirlandes blanches accrochées partout. La pluie avait laissé de minuscules perles sur toutes les toiles : c’était féerique. En d’autres temps, elles emprisonnent de minuscules insectes, sans doute une variété de mannes. Ces dernières augmentent la visibilité des nombreux dessins géométriques.

Je suis passée de l’émerveillement au désespoir. Les fils soigneusement enlevés réapparaissent le lendemain au même endroit, jour après jour… N’ayant pas, comme Sysiphe, encourue la colère et la malédiction de Zeus, je songe à prendre une pause, à les laisser en place…