Lettre à Clarisse

Ma très chère Clarisse,

Je n’ai pu me retenir de rédiger quelques mots pour te parler de l’Amazonie.
Je n’irai pas sans toi, c’était notre projet, notre croisière sur le Rio Negro

Tu te concentrais sur les couleurs et les oiseaux, moi, je ne voyais que les serpents et les scorpions. Nous ne connaîtrons pas le son de la jungle. Ceux qui y sont allés, m’ont dit que loin des camions réfrigérés, des automobiles, des motocyclettes, des bétonnières et autres engins de civilisation, ils s’attendaient au silence, or ils ont été surpris de constater qu’il n’en est rien. Lieu de séduction, de combat et de survie pour ses habitants (animaux et oiseaux), la jungle reste toujours bruyante, même la nuit.

Ceux qui sont allés me disent aussi qu’à partir du bateau, tu aurais vu des rives parfois peu luxuriantes, sans cette densité qu’on coupe à la machette. Étonnamment, les berges du Rio Negro comportent souvent une plage de sable.

Tu aurais observé des oiseaux multicolores, des arbres aux formes bizarres, des dattiers géants, des fruits et fleurs exotiques ainsi que des nénuphars gigantesques. Tu te serais réjouie de tant de beautés.

Les guides m’auraient rassuré: pas de scorpions ni de serpents à l’intérieur du bateau. « Portez votre chapeau, vos pantalons et vos manches longues en tout temps. Le soleil est ardent, la fraîcheur ressentie sur une embarcation qui vogue nuit et jour est trompeuse. »

Je ne visiterai pas Manaus ni son théâtre qui a tant fait courir les foules…

On m’assure que nous aurions tous deux été fascinés par le style de vie traditionnel des très rares familles paysannes établies sur les berges du Rio Negro, sur cette terre de bout du monde. Tu te serais jointe à elles et à leurs corvées, je me serais contenté d’observer de loin; la pensée des alligators, des anacondas et des piranhas m‘aurait retenu sur le bateau.

Au retour, le tout se serait terminé par une grande fête sur notre douillette embarcation à fond plat, chacun aurait fait ce qu’il désire et nous aurions été heureux.

Ce voyage reste non seulement notre rêve, mais, pour moi, un deuil de plus à faire…

Ton amoureux de toujours,
Yves

Lettre d’Yves

Ma très très chère Clarisse,

J’aurais eu tant de choses à te dire; mon cœur déborde…

Je suis devenu amoureux de toi au premier coup d’œil. Je n’ai jamais cessé de t’aimer.

Tu me quittes au moment où je laisse 15 années de ma vie professionnelle pour être près de toi. Quelle absurdité!!!

Nous avons fait peu de choses ensemble, sinon l’amour. Notre premier voyage t’a déçue, je le sais; je comptais me rattraper à tes yeux en Amazonie, je me préparais corps et âme.

J’ai eu un choc en te voyant étendue sur le béton. Je savais que j’arrivais trop tard. Mon état second s’est poursuivi, même pendant tes funérailles…

Me voici de retour au 1245 Des Érables, ton chez-toi urbain où nous avons été si heureux.

Je mettrai cette lettre à la mise en terre de tes…….impossible pour moi de prononcer ces mots.

Mon discours est décousu, mon cœur n’est pas en ordre. J’ai tellement de peine…

Tu ne seras plus jamais là…

Yves.