Hommage à ma main gauche

N.B. Si vous êtes gaucher, ce billet n’est pas pour vous.

 

On a beaucoup parlé de la main gauche « qui ignore ce que fait la main droite ». Il y a des cultures où la politesse se serre à la main gauche.

Je suis temporairement handicapée, mobilité très réduite du bras droit, c’est alors que ma main gauche entre en scène.

Elle n’a pas la même habileté que sa consoeur de droite : mes chaudrons sont mal lavés.

Elle me dépanne quand il s’agit de remplir ou de vider le lave-vaisselle: lentement, mais sûrement, à petits poids, un peu à la fois…

Dans ma voiture, elle s’agrippe au volant et, à l’occasion, traverse l’habitacle pour se joindre à la droite et changer les vitesses.

J’ai trouvé une façon originale de trancher le pain (et tout ce qui doit être tranché). Le couteau est immobile dans la main droite et la main gauche promène la miche sur les dents de la lame.

Elle m’aide à m’habiller : tire, tire et pousse.

Elle traîne les draps et les couvertures pour assurer mon confort nocturne.

Elle peut caresser la tête de mon chat, s’il n’est pas allongé sur elle.

Elle a appris à se servir d’une canne, pour prévenir les chûtes.

 

Ma main gauche a des limites. Elle se désiste si je lui demande de réaliser une mise en plis; elle ne porte pas longtemps mon vase à fleurs en cristal. Elle n’écrit pas.

Malgré tout, je fais beaucoup de choses de la main gauche et je commence

à la valoriser. J’irais même plus loin,

 

j’apprends à l’aimer…

La douleur

À la suite d’une chute spectaculaire, je l’ai éprouvée…

 

Si la douleur tuait, je serais morte, mais non, elle se contente de ronger mon énergie. Elle est tantôt vive, tantôt lancinante, tantôt atténuée par les médicaments, mais elle me signifie sa présence et me gêne au quotidien ; ma cuisine et mon chat peuvent témoigner de mes changements d’habitudes.

Je l’anesthésie en regardant des films sur mon téléviseur. N’importe quoi qui m’empêche de bouger. Seul le sommeil me soustrait à son emprise, sommeil médicamenté cela va de soi.

Au réveil, je soupire : une autre journée en compagnie de cette emmerdeuse. Malgré elle, j’arrive à me préparer, quoiqu’au ralenti, de la nourriture, mais, aux repas, j’ai la nostalgie de la position allongée. Hélas, cette nouvelle compagne me suit et me relance jusque dans mon lit.

Je vois les autres qui s’amusent et qui profitent de la neige et du soleil, pendant que moi je suis condamnée à cette souffrance.

Ma douleur n’est pas mortelle et s’amenuisera avec le temps…

La peur

Gouverne-t-elle nos vies?

L’autre jour, à mon centre sportif, j’ai vu une dame qui utilisait six serviettes de bain : une sous ses pieds, une pour protéger ses genoux, une sur le comptoir devant elle, une pour poser ses fesses, une pour respecter sa pudeur, une en turban autour de ses cheveux. Je me suis dit qu’elle avait très peur des microbes des autres! Les femmes se servent en moyenne de trois serviettes…

Cette scène m’a incitée à réfléchir sur nos peurs.

  • Se laver les mains, porter un masque; les bactéries nous guettent.
  • En hiver, porter des crampons, utiliser des canes; les chutes sont redoutées.
  • Les routines strictes protègent des changements; les imprévus sont tenus à distance, les longs voyages sont à proscrire.
  • Échouer; vaut mieux s’abstenir!
  • Sans compter les peurs répertoriées; la claustrophobie, les autres phobies, la peur des transports marins ou aériens, etc.

En somme, la peur m’apparaît très répandue et sous-tend plusieurs de nos habitudes.

Attention 101

Après avoir complété des cours de robinetterie et de comportements félins, j’ai cette fois envie d’en donner : Attention 101, 27 crédits.

D’abord les piétons. Ceux-ci ont les oreilles occupées, les yeux aussi; ils traversent les rues lentement, en toute quiétude, sans se soucier des automobilistes qui sont forcés d’attendre, de les laisser passer et qui soulèvent l’impatience des conducteurs dans les véhicules qui suivent …

J’ai récemment essayé de sortir ma voiture du stationnement de mon épicerie locale. Je connais bien les us et coutumes. Je surveillais le feu de circulation à ma gauche, attendant qu’il vire au rouge, mettant temporairement fin au déversement du flot de voitures. « Enfin, ça y est! » Je croyais pouvoir avancer en toute sécurité. Faux! Sur ma droite, une jeune piétonne me coupe le chemin. Elle ne m’a pas vue, elle fixe l’horizon et continue tranquillement sa traversée. Elle ne regarde rien, ni personne. Elle n’est pas subjuguée par son cellulaire, ses oreilles sont libres d’écouteurs, mais l’environnement ne semble pas exister, elle regarde au loin…

Je ne sais que penser d’un tel comportement?

Je donnerais aussi des leçons à certains automobilistes qui se sentent seuls sur la route. Aucun respect pour ceux qui attendent patiemment le feu vert; zoom! ils vous coupent sur la droite. Eux, ils sont pressés…

En d’autres circonstances, des personnes au volant vous empêchent de changer de voie malgré le clignotant qui indique votre désir.

Ceux-là et leurs semblables gagneraient à suivre Attention 101.

J’espère que ce texte ne vous décrit pas et que vous n’avez pas besoin de mon cours. Je vais néanmoins imiter Gregory Charles et fonder l’Académie Bernier.

N.B. C’était mon 200 ième texte.

 

La parlure québécoise

Entre les québécismes (expression d’Antidote), le joual et la tradition orale, certains québécois naviguent allègrement. Voici quelques exemples de ce drôle de langage. Désolée amis Français, ce charabia est incompréhensible

 

C’est malade!

Pas pire…

Han! pas vrai!

T’es un pourri.

Ça coûte une beurrée!

Il suit comme un chien de poche.

Mets ta bougrine.

Quelle grébiche!

Il a le feu au cul.

Je suis pompé!

Fucker le chien, c’est emmerdant!

Elle s’enfarge dans …

Un hostie de baveux!

Espèce de vlimeux!

Il faut le déniaiser…

Mange de la marde!

Attache ta tuque!

 

Et bien d’autres…

 

Tape…tape…tape…tape..tape…

Avec la régularité du métronome : tape, tape, tape, tape, tape, tape…

Quel est ce bruit?

La queue de mon nouveau chat qui frappe une certaine étendue plus ou moins rigide.

 

Après avoir obtenu, de justesse, mon certificat en robinetterie, voilà que je suis des cours sur la race féline. J’ai dû recourir à l’internet pour comprendre les sons, les mouvements des yeux et de la queue des « minous ». Un autre langage…

Après la théorie, la pratique. Je tente d’apprivoiser un matou traumatisé par de nombreux déplacements et peut être aussi par un manque d’affection (lisez caresses). Sa longue queue martèle les surfaces de mon appartement. Je suis devenue une surface additionnelle!

Ce chat, invisible, au début de notre cohabitation (sept premiers jours), devient sensible à ma présence, me cherche et me lèche le cou à l’occasion. Monsieur miaule et réclame des caresses; il se vautre sur mon tronc et mon visage en ronronnant très fort. Nous apprenons mutuellement à décoder notre langage non verbal. Ce moment d’intimité est très chaleureux.

Papou (c’est son nom) et moi formons maintenant une équipe, avec des moments de rapprochement et d’autres d’éloignement, des goûts que nous partageons (ex. le saumon) et d’autres, différents (ex. le poulet).

Notre aventure se poursuit…

 

 

La traction intégrale

La publicité des constructeurs automobiles décrit toutes les merveilles de la traction intégrale; cela m’inquiète et me dérange sérieusement.

Dernier message sur ma télévision : cette auto, munie de la traction intégrale « roule sur des routes où personne ne s’aventure ».

C’est tout dire de cette invention extraordinaire.

Rien ne l’arrête, ni ne  l’embête : elle se moque de la pluie, de la neige et de la glace noire. Elle peut tout, par toutes les météos. Elle n’est pas intégrale, elle est inconditionnelle. La publicité me montre ses déplacements et la neige qui décrit un arc comme une vague.

Cette toute-puissance me perturbe surtout lorsque je conduis sur des routes enneigées et glissantes, lentement, comme on me l’a appris il y a 50 ans. La leçon « comment conduire sur les routes glissantes » ne s’est pas logée dans le cerveau de ceux qui possèdent une voiture munie d’une traction intégrale. Ce n’est plus nécessaire! Ces merveilleuses automobiles me dépassent allègrement dans les tempêtes, puisque leur conducteur se fie à la traction intégrale.