L’art d’être détestable

Je ne voulais pas devenir une vieille grincheuse. Je me suis donc mise à l’étude des éléments contributifs ou, en langage scientifique, des facteurs de risque.

Suite à cet exercice et à mes observations personnelles, j’ai préparé pour vous une liste de conseils pertinents pour progresser dans l’art d’être haïssable.

Développez et utilisez abondamment votre esprit critique; affinez-le au besoin.
Soyez pessimiste, regardez toujours le côté négatif de la médaille.
Soyez péremptoire sur tout, prononcez-vous « ex cathedra ». Portez attention à votre voix, le ton est important,
Plaignez-vous constamment, de tout et de rien.
Utilisez le reproche de façon continue, surtout auprès de ceux qui vous aiment.
Tenez à vos croyances, n’en démordez pas.
Prenez toute la place, n’en laissez pas aux autres.
Déléguez beaucoup et laissez-vous servir.
Ne soyez pas passif, attaquez!
Mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas.
Fiez-vous à vos perceptions personnelles, celles des autres importent peu.
Restez impatients avec tous ceux qui ne vivent pas à votre rythme.

Si j’ai oublié des éléments, vous m’aiderez et me le laisserez savoir.

En attendant la ville intelligente

J’ai acheté un cellulaire au goût du jour, j’ai changé mes habitudes, vérifié la pile avant le sommeil, passé de la sonnerie au mode vibratoire, mais je n’ai pas attrapé la maladie: celle que l’on inscrira bientôt dans le gros livre des diagnostics en santé mentale (Le DSM 5). Ce dernier grossit d’édition en édition mais la maladie de la recherche de l’immédiateté n’y figure pas encore; j’estime qu’il nous faudra patienter encore dix ans.

J’ai observé les symptômes de ce mal chez ma voisine de douche au centre sportif : elle a conversé dans la vapeur! Je croyais que l’eau et les cellulaires ne faisaient pas bon ménage…
J’ai observé ma voisine de rue qui, à 3h.20 du matin, consultait son écran et ses messages en promenant son chien. C’est l’heure où l’on dort!
J’ai observé une personne qui, dans un gymnase, marchait lentement dans un corridor réservé aux coureurs ; elle fouillait son écran. Mise en forme efficace?
J’ai observé ma voisine de rangée au film des Grands Explorateurs. Tout à coup une lumière apparait dans mon chant de vision : cette femme « textait ». Elle n’aimait sans doute pas les magnifiques images du désert…

J’ai cessé d’observer : la maladie est trop répandue.

J’oublie de porter mon téléphone avec moi en tout temps, je l’égare, le mode vibratoire se prolonge tard dans la journée… Dommage pour ceux et celles qui croient me rejoindre immédiatement. J’ai le cellulaire, mais pas le virus.

Tant pis disent les plus jeunes, tant mieux, disent les plus âgés.

Lettre aux personnes qui me lisent

Clarisse réfléchit longuement à son avenir d’écrivaine.

Je profite de ce répit pour imprimer, rassembler et classer mes vieux textes (2011-12-13). Ces derniers seront réunis dans un recueil cartonné et relié par une spirale.
Par la suite, j’enlèverai du blogue mes souvenirs, mes événements personnels, mes réflexions psychologiques et observations urbaines des premières années. Il est encore temps de les lire sur WordPress, rien ne sera éliminé dans le prochain mois,
Votre auteure dévouée,
Diane
N.B. Si vous êtes à jour, voici un nouveau texte.

La femme invisible

La femme a été emmurée, puis elle s’est mise à parler. Elle a pleuré, ri et joui; elle a peint et dépeint. Voilà qu’on lui propose un autre rôle : du théâtre se demande-t-elle?

Curieuse, elle se renseigne. Il s’agira de marcher en solo au côté de l’homme qu’elle aime; pas de marque d’affection en public. Choisir un restaurant loin des rivages connus, s’en tenir au déjeuner du midi. Ne jamais téléphoner, ni rappeler.

Elle comprend qu’on lui propose la discrétion, en d’autres termes, le secret.

Aventureuse, elle décide d’essayer. Elle découvre qu’en plus, ses envois électroniques doivent rester prudes. Ouste, les concerts, les voyages, les weekends énergisants ou le cocooning en soirée. En tout temps, elle doit rester inexistante pour l’entourage de « son homme ».

Éventuellement, la révolte mijote, bouillonne et le couvercle de la marmite saute. Cette femme si spontanée refuse de tenir le rôle de la femme invisible.

Encore ma grand-mère

À partir de mes trois printemps, j’ai partagé ma chambre avec ma grand-mère. Après le repas de midi, la maison se taisait, Granny faisait la sieste. Je ne me suis jamais plainte : elle me choyait beaucoup. Elle utilisait les retailles de tissu et de fourrure de mes manteaux pour coudre, à la main, des répliques pour mes poupées. J’étais aux anges!

Elle a fait plus: broder et tricoter lui plaisaient, même si les travaux étaient imposés par mon école. Elle a toujours eu de très bonnes note; je n’ai pas appris.

À l’âge adulte, mes efforts pour utiliser une machine à coudre se sont soldés par un échec. J’en ai conclu que je n’avais pas beaucoup d’habiletés manuelles, talent que j’ai laissé à d’autres, surtout à ma soeur qui a des doigts de fée.

Au début de l’adolescence, j’ai, sous la direction de grand-maman, réalisé plusieurs « scrapbooks » de la famille royale d’Angleterre. Mon aïeule, née hors Québec, faisait preuve d’un grand intérêt pour la reine Mary, la Queen Mom et Elizabeth, la Deuxième; mes découpures de journaux de l’époque en témoignent.

Je les consulte à l’occasion pour vérifier si les feuilletons télévisés (ex. The Crown) nous présentent une réalité historique.

Même en ces temps troubles, je conserve mon souci de «vérité »

Granny and Trump

Ce billet rend hommage à ma grand-mère maternelle, anglophone, née dans la province voisine. Ses petites-filles l’appelaient Granny. Compte tenu du sujet, j’ai rédigé ce court texte dans la langue de Shakespeare.

Granny and Trump

She would have said : « he’s full of baloney ». Although quite dignified, my grandmother occasionnaly let out a few swear words. However, hers were quite « proper », as suitable for a lady.

Speaking of the new president she would have said : « what a pain in the neck! Good gracious! » She might have told him « Shout! Go sit in the pansies !». You will have recognized the ancestors of ass, damnit, shit and fart.

I have not found in her vocabulary any ancestors for the new expressions : douchebag, being tight or seeming cheesy.

Notwithstanding the distinguished swear words, Granny was fond of sayings. Some of them have remained with me over the years.

« A thing of beauty is a joy forever.

Life is’nt a bowl of cherries.

If you don’t first succeed, try, try again.

Variety is the spice of life ».

L’apprentissage

Je suis à étaler mon chandail de laine fraîchement lavé sur une grande serviette. J’installe la pièce, je lui donne la forme voulue, la taille souhaitée, je tapote pour égaliser le tissu et enlever les plis… Je suis assise par terre, là où le pauvre tricot va séjourner un jour ou deux, le temps de sécher. Je remplacerai probablement la serviette mouillée par une autre serviette avant la fin du processus.

Ai-je appris ces trucs sur l’internet? Non.
Ai-je appris ces trucs dans les livres? Non.

J’ai observé les gestes de ma grand-mère, venue habiter chez moi. Dorénavant chez elle, elle m’a montré comment repasser, comment rouler une pâte à tarte, comment réaliser une « belle corde à linge », comment séparer le jaune du blanc de l’œuf, comment frotter les grappes de raisins qui décorent les pièces en argent; je passais des heures à regarder ses mains adroites. Cette addition à ma vie de bambine m’a réjouit, c’est à regret que j’ai pris le chemin de l’école.

J’ai vécu une enfance sans garderie, sans maternelle, sans ordinateur.

Ma mère trouvait que mes connaissances étaient insuffisantes, elle souhaitait que je poursuive des études en Economie Familiale. Elle rêvait probablement d’une fille qui soit une parfaite maîtresse de maison. Désolée maman de te décevoir, je suis allée ailleurs.

« With a little help from my friends », je suis devenue, malgré tout, une maîtresse de maison « convenable ».