Souvenirs 2

Les souvenirs de la grande caisse étaient relativement récents, faciles à regrouper.

 

Je viens de découvrir deux boîtes de carton, pleines à craquer de cartes de souhaits, de lettres et de cartes postales. Ces messages sont vieux. Ils datent parfois de 50 ans et sont adressés à Mademoiselle, titre que j’ai porté longtemps.

J’ouvre les lettres avec fébrilité. Qui m’a écrit? Un Claude ? Lequel? Un Jacques? J’en ai connu plus d’un… Je joue donc au détective. Je cherche les dates, je recoupe les lieux, je compare les signatures, je titille ma mémoire. Malgré tous mes efforts, il reste quelques mystères…

Je contemple ces signes d’une autre époque où la carte postale maintenait le lien pendant les absences. À l’évidence, mes ami(e) s ont beaucoup voyagé.

Moi aussi semble-t-il, et souvent seule, belle occasion de rencontres de tous genres. J’ai tissé beaucoup de liens d’amitié, si j’en juge par la volumineuse correspondance que je découvre : des lettres,  des lettres et encore des lettres.

Ces lettres témoignent de multiples moments agréables, mais aussi de jours tristes, de cœurs brisés, tantôt le mien, tantôt celui d’un autre… Néanmoins, ces cartons m’attirent comme un aimant. J’ai hâte de terminer mes fouilles.

Quand j’aurai fini de les classer, je pourrai parcourir tranquillement ces traces de mon passé. Je vais tout lire.

 

Quelques semaines plus tard.

Ces lectures m’ont renvoyé une image de celle que j’étais pendant la vingtaine : estime de soi limitée, humeur variable, mystérieuse, « travaillante », etc. Certaines lettres que j’ai écrites m’ont été retournées lors d’une rupture. Elles témoignent d’une excellente maîtrise de l’anglais et pour cause, à cette époque, mon employeur était anglophone.

Parmi les lettres qui m’étaient adressées, j’ai conservé les plus significatives, me délestant des autres avec un pincement de cœur.

 

 

Souvenirs I

Est-ce la peine d’y mettre de l’ordre?

 

J’ai récemment ouvert une grande boîte de rangement. J’y cherchais des photos. Or, elle contenait, pêle-mêle, des remerciements pour visites mortuaires et présence à des mariages, des billets de théâtre, de concerts, de spectacles, des cartes postales, des listes d’invités, etc.

J’ai eu le réflexe de classer ces artéfacts dans de grandes enveloppes. Est-ce utile? Pour qui? Mes héritiers seront-ils intéressés?

Le plaisir est donc pour moi. Redécouvrir toutes les attentions dont j’ai été l’objet. Comme disent les anglophones :

« I must have done something right… »

C’est touchant de voyager ainsi à travers les époques, au gré de mes amitiés et de mes amours : des fleurs et des lumières sur mon chemin…

Les  souhaits d’anniversaire de mes ami(e) s m’émeuvent plus que les objets personnels comme mes bulletins de l’école primaire, mes carnets de chants des camps d’été. Le contenu de cette caisse déclenche, dans ma tête, une grande valse de souvenirs.

J’interromps souvent mes fouilles : l’émotion est trop vive. Événements oubliés, maintenant ressurgis ; les cartes toutes naïves de mes jeunes fils, les textes de mes amis disparus et ceux d’autres personnes qui ont pris le large…

D’un trésor à l’autre…  la boîte me semble sans fond. Il m’en reste encore à découvrir même après quatre visites archéologiques sur ce site!

Je suis privilégiée d’avoir appartenue à la civilisation de l’écrit, sinon ma boîte contiendrait surtout des copies de billets électroniques et des courriels.

Ma rue

J’ai acheté au beau milieu d’un mois d’août,

un appartement situé au dernier étage d’un vieil édifice, sur une rue domiciliaire bordée de grands arbres. Idyllique! La rue était paisible, seul l’autobus, qui s’arrêtait à ma porte a retenu mon attention.

Depuis ce temps, j’ai fait quelques découvertes…

J’habite une rue où il n’y a pas de parc à chiens, c’est dommage, car à chaque fois que je marche, je rencontre deux ou trois chiens, jamais les mêmes! Les chiens jappent, c’est connu.

Les trottoirs sont bordés de rubans de tourbe arrosée par les chiens seulement. À certains endroits, ces  longueurs jaunies ont été grattées, retournées et forment de petites accumulations, laissant voir une terre brune. Cette désolation est peu appétissante.

Un matin d’avril, j’ai croisé, en marchant, quatre cyclistes qui filaient à toute allure. Mon sang n’a fait qu’un tour. Que font-ils sur ma rue toute en courbes et en ‘montées’? « Ils s’entraînent », me direz-vous. Ne pourraient-ils pas se contenter de la voie Camilien Houde que la Ville vient (à mon  détriment) de leur réserver ?

Il ne manque que les pétarades des motos pour compléter le tableau de ma rue qui, à première vue, semblait si belle et si innocente.

 

 

un tout petit mensonge

À un moment ou l’autre de notre vie, nous avons tous (probablement)

prononcé un mensonge pieux, « a little white lie » comme disent mes amis anglophones.

« Ne t’en fais pas,  ce n’est pas grave… »

« On se reprendra… »

« Ça ne me dérange pas… »

« J’adore… »

« C’est très réussi …»

« Cela me fait plaisir… »

« C’est intéressant… »

« J’ai beaucoup aimé mon voyage… »

« Je vais très bien… »

« Ce n’était pas nécessaire… »

« Je vais te rappeler… »

« Je suis contente de te revoir… »

Nous énonçons sans vergogne ces demi-vérités ou ces faussetés.

Bien sûr, nous avons des excuses, ceux qui nous ont précédés nous ont appris. Leurs proverbes, maximes, dictons et adages nous ont pénétrés.

« Faute avouée est à moitié pardonnée…»

« Une fois n’est pas coutume …»

« Tu ne t’en souviendras plus le jour de tes noces… »

J’ai bien entendu leurs propos, mais je n’ai jamais su les véritables émotions de mes parents.

Continuons.

« Ce n’est pas un mensonge, c’est une omission ». Cela n’a pas été dit, donc c’est moins grave. Inexactitude souvent entendue! Ceux à qui l’on a omis de dire la vérité ne sont pas de cette opinion.

 » Je ne sais pas ». Cette incertitude serait-elle parfois une autre façon de camoufler une opinion peu populaire? Évidemment, je ne parle pas des personnes dilettantes ‘ad infinitum’ qui ne pourront jamais se prononcer contre ou en faveur de…

 

Le tout petit mensonge et ses variantes nous guettent tous.

les oeillères

Autrefois, les chevaux en portaient.

Une longue tradition. Les œillères faisaient partie du harnachement de ces animaux. Elles limitaient leur vision périphérique  dans les situations stressantes : combats, guerres et courses. Elles existent maintenant en cuir ou en plastique.

Aujourd’hui, les humains se promènent avec des œillères.

Des capuchons garnissent les manteaux d’hiver; ils sont  souvent ornés de fourrure, réelle ou synthétique. Ils sont surtout profonds et, lorsque rabattus sur la tête, ils protègent merveilleusement du froid, de la neige et du vent. Un seul inconvénient, ils bloquent la vision périphérique.

J’ai rencontré récemment, dans une grande surface, une dame dont le capuchon couvrait et le front et les yeux. Que voyait-elle?

Que dire des écrans qui captivent les yeux des marcheurs. Pire que des œillères! Toute leur vision est limitée : l’environnement, les piétons, les feux de circulation, les automobilistes, rien n’est vu. Plus rien ne compte que ce petit rectangle lumineux,

Les œillères ne sont plus réservées aux chevaux!

Deux minutes et cinq secondes

C’est le temps qu’il faut pour chauffer mon sac magique au four micro-ondes.

Deux minutes et cinq secondes perdues ou gagnées, selon le point de vue. Je suis une retraitée heureuse, pourtant je ne me résigne pas à perdre deux minutes et cinq secondes.

« Quelle folle! » direz-vous. Si vous aimez rêver ou contempler, alors cessez de lire, ce texte ne vous concerne pas.

Ceux qui, comme moi, ne veulent pas perdre deux minutes et cinq secondes comprendront…

Je ne suis pas venue au monde avec cette obsession, on me l’a inculquée : j’aimerais trucider tous ceux et celles qui m’ont prêché l’importance du travail et de la productivité. Pendant un temps, cela m’a servi, j’en conviens. Mais maintenant, cela me nuit.

J’ai aggravé le problème en y rajoutant l’interdiction judéo-chrétienne « ne recherchez pas le plaisir ». En somme, il me faut être sérieuse, occupée, pleine de vigueur et de rigueur, surtout pas de mollesse s.v.p.

De plus, un conjoint  m’a répété « le temps, c’est de l’argent », j’ai compris que je ne devais pas perdre une minute, alors vous imaginez deux minutes et cinq secondes!

Je suis condamnée à remplir mes deux minutes et cinq secondes d’occupations  diverses, sinon ce rituel quotidien m’enlèvera 748 minutes et 25 secondes par année.

La tradition pascale

Je me souviens avant tout du nouveau chapeau de paille que les femmes de ma famille étrennaient à Pâques. Une amie m’explique qu’à cette occasion, dans son milieu, les chapeaux devaient être garnis de fleurs. C’était dans les années 50.

Bien sûr, il y avait la liturgie catholique que je suivais scrupuleusement : la visite des sept églises, le lavement des pieds, les rogations, mais le chapeau de paille me tenait particulièrement à cœur. Le jambon à l’ananas de ma mère et les œufs de Pâques Laura Secord complétaient le tableau.

 

Le temps a passé. Le jambon a cédé sa place au gigot d’agneau. Les adultes ont organisé des courses au trésor pour les enfants (petits œufs miniatures en chocolat noir). La décoration des coquilles d’œufs cuits a occupé les loisirs familiaux.

 

Et maintenant que reste-t-il?

À Pâques, je ne gèle plus de la tête, je mange du poisson et des fromages à croûtes fleuries. Quant aux offices, je laisse la place aux ‘pratiquants’.

Seuls, les hortensias me rappellent les temps anciens.