Éloge des doigts

Il y a les « Sept doigts de la main », moi je n’en ai que cinq, mais ils me sont fort utiles.

Ils ont de la mémoire, tâtent dans le noir et m’amènent à bon port.

Ils se souviennent de la façon d’utiliser la touche « input » de mon téléviseur.

Ils fouillent et trouvent mes lunettes.

Ils savent caresser les bêtes et les humains.

Ils arrivent à tenir des objets plus ou moins lourds.

Ils distinguent le chaud du froid.

Ils donnent la main aux étrangers ou aux moins proches.

 

Longue vie à mes doigts!

les coopératives

Publicité de la Coop Fédérée québécoise : « on récolte ce qu’on aime ».

Mon chat a traduit : « on lèche ce qu’on aime ».

Il lèche le cou de sa mère nourricière, le cachemire et le beurre.

Fait-il la différence?

La Coop n’est pas parfaite, elle vend, entre autres, des pesticides.

Mon chat n’est pas parfait lui non plus, Il me réveille la nuit : il me cherche, me marche dessus et vient dormir à mes côtés.

« On récolte ce qu’on aime ».

J’aime mon chat malgré ses imperfections. Il me fait souvent penser au slogan de la Coop Fédérée.

 

 

Tenir

Atlas, personnage de la mythologie grecque, était condamné à porter la terre sur son dos pour l’éternité.

Pour ma part, je suis simplement condamnée à « tenir la maison » sur mon dos.

On me dit souvent que c’est un privilège à mon âge d’être en vie et de « tenir maison » (cette expression bizarre est utilisée en France comme au Québec).  Si je « tenais la maison » comme Atlas tient la terre je serai bien fatiguée.

Mon atlas cervical (première vertèbre) continue de porter ma tête et le reste de moi-même « tient maison ».

Je déteste les routines associées à « tenir maison ». Si la routine tuait vraiment, je serais morte…

Mon médecin me prédit une belle longévité, je suis donc condamnée à « tenir maison » pour encore quelque temps.

 

Les chiens et l’Halloween

Il pleuvait, personne n’a osé sortir.

Sur ma rue, il y a plus de chiens que d’enfants. Les quadrupèdes sont très nombreux : de toutes les tailles, de toutes les races. Pourtant, ils furent invisibles le soir de l’Halloween; leurs propriétaires ont-ils craint les torrents d’eau?

Les chiens sont restés à la maison, réduits à regarder ces trombes de pluie venues du ciel.

Pourtant, ils portent un manteau. Auraient-ils refusé de marcher si on leur avait enjoint de le faire?

Mais non, les chiens n’ont pas fêté l’Halloween, c’était partie remise avait décrété la Mairesse. Les chiens n’ont que faire des diktats des édiles municipaux, ils veulent leur rue.

La saignée

Des injections, oui. Des saignées ???

Je croyais avoir tout entendu, mais non : en 2019, on pratique la saignée dans un hôpital montréalais de renom. Non pas la saignée des calorifères, mais la saignée des humains! Jusque-là j’avais une haute estime de cet hôpital, maintenant, je doute. Je pense à Molière…

une collègue m’a confié :

« J’ai trop de fer dans le sang, à l’hôpital X, on procède à une saignée mensuelle, il n’y a pas d’autre remède pour moi ». Cette déclaration a déclenché ma surprise et ma petite enquête.

De retour à domicile, j’ai tout de suite consulté mon grand ami Google :la saignée est « connue depuis l’Antiquité, c’est surtout au XVII et au XVIII siècle qu’elle occupe une place prépondérante dans les pratiques thérapeutiques. Elle permettait de purifier le sang ‘des mauvaises humeurs’ ».

Je le savais, mais en 2019, serait-ce un retour en arrière? À quand le clystère?

« Ben réveille! c’est courant », dit mon amie, championne des informations, « je connais deux personnes qui sont traitées ainsi ». Nouvel ébahissement de ma part!

Je suis décidément en retard sur beaucoup de choses…

 

 

 

Médecine commerciale

Une belle clinique privée. Un édifice très moderne.

J’y entre pour la première fois. Je vois un comptoir et trois réceptionnistes. Je m’approche : « prenez un numéro et assoyez- vous ». Serais-je à la boulangerie Première Moisson où il faut d’abord prendre un numéro?

Finalement on m’appelle pour prendre ma carte d’assurance maladie : « assoyez-vous maintenant dans l’autre salle, on vous appellera ».

Après une heure d’attente, je m’inquiète; mon dossier serait-il perdu? Devant mes yeux se déroule un ballet hors de l’ordinaire : une assistante-chef court sans cesse et distribue les dossiers à d’autres assistantes.

On m’appelle (je pense que je suis près du but!), une technicienne me fait des examens de la vue, puis : « Allez vous asseoir entre 4 et 5 » Cinq n’existe pas, je me case près de la salle 4. Autre temps d’observation de la danse perpétuelle des assistantes, elles courent, elles virevoltent.

Au bout d’une attente qui aura duré deux heures, je rencontre la déesse des lieux : une médecin très spécialisée. Elle ne voit qu’une solution à mon problème : une chirurgie, pire, une greffe.

Devrais-je lui faire confiance?

Être accro

J’ai beau lui parler, essayer de le raisonner, rien n’y fait. Il réclame sa dose, son « fix ».

 

Il s’agit de mon œil gauche, pauvre multi-handicapé. Il me réclame des larmes artificielles plusieurs fois par jour. C’est le prix à payer pour que lui soit confortable et que ses problèmes ne s’aggravent pas. Pauvre de moi, esclave de cet œil maudit!

Pourtant j’en ai besoin, il m’aide parfois à voir même si son regard est plus ou moins flou selon l’heure et mes bons soins.

Voilà que l’osmose a joué son rôle insidieux, l’œil droit commence à me réclamer des larmes artificielles.

Je suis doublement esclave…

 

Si j’étais accro à d’autres substances, ce serait moins bon pour ma santé. Je n’ai pas à me plaindre.