Médecine commerciale

Une belle clinique privée. Un édifice très moderne.

J’y entre pour la première fois. Je vois un comptoir et trois réceptionnistes. Je m’approche : « prenez un numéro et assoyez- vous ». Serais-je à la boulangerie Première Moisson où il faut d’abord prendre un numéro?

Finalement on m’appelle pour prendre ma carte d’assurance maladie : « assoyez-vous maintenant dans l’autre salle, on vous appellera ».

Après une heure d’attente, je m’inquiète; mon dossier serait-il perdu? Devant mes yeux se déroule un ballet hors de l’ordinaire : une assistante-chef court sans cesse et distribue les dossiers à d’autres assistantes.

On m’appelle (je pense que je suis près du but!), une technicienne me fait des examens de la vue, puis : « Allez vous asseoir entre 4 et 5 » Cinq n’existe pas, je me case près de la salle 4. Autre temps d’observation de la danse perpétuelle des assistantes, elles courent, elles virevoltent.

Au bout d’une attente qui aura duré deux heures, je rencontre la déesse des lieux : une médecin très spécialisée. Elle ne voit qu’une solution à mon problème : une chirurgie, pire, une greffe.

Devrais-je lui faire confiance?

Être accro

J’ai beau lui parler, essayer de le raisonner, rien n’y fait. Il réclame sa dose, son « fix ».

 

Il s’agit de mon œil gauche, pauvre multi-handicapé. Il me réclame des larmes artificielles plusieurs fois par jour. C’est le prix à payer pour que lui soit confortable et que ses problèmes ne s’aggravent pas. Pauvre de moi, esclave de cet œil maudit!

Pourtant j’en ai besoin, il m’aide parfois à voir même si son regard est plus ou moins flou selon l’heure et mes bons soins.

Voilà que l’osmose a joué son rôle insidieux, l’œil droit commence à me réclamer des larmes artificielles.

Je suis doublement esclave…

 

Si j’étais accro à d’autres substances, ce serait moins bon pour ma santé. Je n’ai pas à me plaindre.

Braver l’interdit

Je viens de franchir ce cap, je me suis acheté des pantoufles rouge vif.

Ma mère m’a toujours fait remarquer que les souliers rouges n’étaient pas pratiques. Tout au long de ma vie, je me suis chaussée de noir et de brun. Récemment j’ai ajouté du bleu marine à mes pieds.

Comme toutes les femmes de sa génération, elle m’a enseigné l’art de me vêtir de façon « assortie », i.e. avec des couleurs identiques ou de bonne association.

Je viens donc de franchir un double interdit en m’achetant des pantoufles rouges qui ne sont pas pratiques et m’assurent des tenues « déassorties ».

Il était temps, compte tenu de mon âge, de m’affranchir des diktats de mon enfance. Braver l’interdit sur les vêtements, c’était mon dernier bastion.

Je suis excitée, quelle victoire!

 

N.B. mon fils aîné, à qui j’ai raconté mon aventure, me dit que je suis maintenant à la mode : vêtements et accessoires sont « désassortis »,

Le déménagement

Si partir c’est mourir un peu,

déménager, c’est mourir tout court.

 

Mettre dans des boîtes et les étiqueter.

Transporter les cartons (comme disent nos amis français).

En avons-nous suffisamment?

Où entasser les colis qui sont prêts à l’avance?

 

Les déménageurs seront-ils à l’heure prévue?

Feront-ils preuve de précautions suffisantes?

Les bénévoles viendront-ils ??

Que de soucis!

 

Que de souvenirs m’assaillent au moment de passer de la campagne à la ville.

Après un séjour de deux mois, je déménage…

Mon cerveau deviendra une véritable girouette, car rien n’est au même endroit dans chacune de mes résidences. Mes yeux cherchent de haut en bas, de gauche à droite, de grand à petit. Même mon café a un goût différent.

Finalement, adieu la fosse septique, la cuisinière de vitrocéramique et les appareils de marque Sunbeam.

 

Vive mon nouveau décor, vive ma ville!

 

Loin des villes

Les Racines et les Ailes m’ont fait visiter quelques villages de la Haute Provence : minuscules et haut perchés. Quelques personnes se consacrent à restaurer un château ou une église. Ces ruines datent du moyen âge, de la renaissance ou plus récemment (!) du XVIIe siècle. Tous les résidents y participent. Les Français ont le sens de la conservation du patrimoine.

Accroché au mont Ventoux, un village revit grâce à quelques irréductibles qui ne lésinent ni sur leur temps, ni sur leur énergie. Dans ces petits villages, des miracles : une librairie, un brasseur qui pratique son métier, une grande place vers laquelle convergent des rues particulièrement étroites.

Comment se déroule le quotidien dans un hameau de ce genre? J’imagine une vie simple, rythmée par la nature : le soleil et le vent.

Au fond, c’est comme ma vie à la campagne sans tous les équipements électroménagers modernes. Je fais la lessive si le soleil le permet, je vis dehors si le vent ne souffle pas trop fort, mais je n’habite pas, pendant la saison froide, la pierre humide.

Je préfère, somme toute, le confort minimal de mon petit chalet à celui, patrimonial, de la Haute-Provence.

 

Les insectes…

Les araignées ne s’amusent pas seulement dans et autour de mon chalet, elles sillonnent les routes.

L’autre jour, j’ai compté un convoi de 19 motocyclettes, à deux ou à trois pattes. Pour ceux ou celles qui l’ignorent, une araignée est une moto à trois roues, souvent de couleur vive.

Les personnes moins jeunes adoptent les trois roues; elles raffolent de ce jouet, malgré son prix élevé.

Si vous voulez en voir un grand nombre, rendez vous à Lachute un dimanche matin, de préférence pendant les vacances de la construction québécoises. Cette ville constitue le paradis de la moto et donc, des araignées.

En sortant aujourd’hui avec ma petite auto, j’ai été poursuivie par une rutilante araignée jaune vif.

Pas de vacances pour les araignées, les tissent ou elles roulent sans cesse.

La gazonite

Maladie qui fait son apparition au printemps et qui dure plusieurs semaines. Les hommes en sont surtout affligés. Pour certains la maladie devient gravissime.

Le choix des semences n’est pas laissé au hasard

La mise en terre nécessite beaucoup de « tapotage » et d’arrosages quotidiens.

L’entretien :    éliminer les pissenlits

mettre l’engrais approprié (naturel?, chimique?)

tondre à la bonne hauteur et à la bonne fréquence

le faire soi-même? déléguer?

La surveillance :

s’assurer que chaque étape a été réalisée à la perfection

Puis en être fier.

 

Dans le voisinage de mon chalet, les pelouses courent partout compte tenu de l’absence de clôture d’un terrain à l’autre : le résultat est visible par tous.

Les femmes (c’est une généralisation abusive) s’intéressent davantage aux fleurs. Ces amoureuses les entretiennent avec constance.

 

Les résultats de tous ces efforts combinés s’avèrent très agréables à l’œil.

J’en profite…