les virus

L’automne, c’est le temps des virus : rhumes, laryngites, bronchites, etc.

Cependant, il y en a d’autres…

La contagion est commencée : ils se répandent à grande vitesse.

Premier virus.

Après avoir cherché les protéines, après les avoir trouvées (parfois dans des substances les plus inusitées, comme les grillons!), voilà maintenant qu’il faut apprendre à mieux les consommer au fil de chaque jour. Les nutritionnistes ont changé de point de vue : les calories, leur pesée et leur calcul ont cédé la place à une nouvelle  préoccupation. Absorbez-vous suffisamment de protéines? Au bon moment? Elles vous garderont en santé longtemps, vous vieillirez mieux! Mes amis disparus auraient dû le savoir!

Vous en apprendrez davantage en 2019, lorsque paraîtront les directives du Guide alimentaire canadien (partie 2). En attendant, il faut se fier au journal et à la boulangerie St-Méthode où « l’on n’y met que du bon ».

Un autre virus

Le « cardio » a envahi mon club sportif qui m’apparaît  complètement changé. Le « cardio » me semble devenu un mot d’ordre. Mes cours en piscine ont été transformés pour répondre à ce diktat. Vingt-cinq fois le même mouvement, vingt fois le suivant. Je me plains de l’aspect routinier: l’animatrice m’explique : « C’est bon pour le cardio… c’est important le cardio ».

J’ai compris qu’il était inutile d’insister : finies la musique et les valses. Jusqu’à récemment, cette même femme me faisait danser dans l’eau.

Je regarde les horaires de cours, je me renseigne auprès de mes amies fidèles aux activités aquatiques. Je ne sais plus où donner de la tête pour  m’amuser dans la piscine… Je ne suis pas « cardio ».

Marchez, courez, nous répète-t-on. Je le fais peu, me semble-t-il. J’ai souffert de culpabilité jusqu’au jour où mon médecin m’a demandé si je pensais m’inscrire à un marathon. Sa question m’a guérie de ce virus.

Encore un virus

Le temps « réel ». Je l’avais vu publicisé dans différents médias, mais quel choc le jour où l’instructeur du cours d’aquaforme nous a dirigés, son cellulaire à la main. Il le consulte entre deux consignes et ne le délaisse qu’au moment où il lui faut deux mains  pour démontrer un mouvement. Les deux tiers de notre rencontre étaient écoulés: je suis partie. À d’autres le temps réel!

Ce billet exige une « chute » : ce sera la mienne, femme d’une  époque vierge de ces nouveaux virus…

en 2018

La libération de la parole, le pouvoir des femmes, on en parle beaucoup, on en parle partout et pourtant…

Je suis au volant, arrêtée à l’intersection d’une grande artère de la métropole et j’observe…

Je vois un homme grand, mince qui traverse la rue. Il balance un petit sac au bout d’un de ses longs bras.

« Est-il seul? »

Je me pose la question jusqu’au moment où je vois, un peu derrière lui, une femme blonde au visage crispé, tenant dans ses bras un bébé d’environ 10 mois. Elle, et une fillette également blonde, tentent de rejoindre le grand gaillard qui regarde droit devant lui et qui avance à longues enjambées. Une autre petite fille, blonde elle aussi, essaie de suivre l’homme; elle se retourne soudainement vers sa mère et hésite : suivre son père si allègre ou sa mère si lourdement chargée. Quel dilemme! À trois ans, devoir choisir entre le pouvoir ou la sécurité…

Cette femme qui vit en 2018 a passé à côté de son époque…

L’observatrice que je suis, continue de se poser des questions…

 

Parler

Parler à quelqu’un c’est aussi entendre une autre voix.

Le son de la voix me révèle les états d’âme de mes proches et de l’être chéri. Au fil des ans, j’en ai profité…

L’échange de paroles a cédé la place aux messages « texte » et au courrier électronique : on perd moins de temps, m’assure-t-on. Les personnes de ma génération préfèrent néanmoins le téléphone… et la voix de l’interlocuteur.

« La ligne » a remplacé la voix.  Elle permet

  • les réservations pour les billets de cinéma, de concerts et de musées,
  • les inscriptions aux conférences et aux programmes d’études,
  • l’achat de livres, d’outils, de vêtements, de meubles, d’assurances et autres commodités,
  • la participation aux nombreux concours.

Tout est offert en « ligne ». Seule, une invitation à ‘mourir en ligne’ manque à mes sollicitations…

D’après les boîtes vocales, le recours à la ligne doit m’économiser des minutes (!) et de l’argent.

 

L’autre jour, j’ai téléphoné (horreur!) à un établissement québécois et (miracle !) j’ai tout de suite parlé à quelqu’un, sans « menus » multiples préalables et sans aucune suggestion de consulter le site web. De plus, ce quelqu’un avait la compétence et l’autorité pour résoudre mon problème. Expérience rarissime. Je vous en souhaite autant…

Pour être de mon époque, je vais, comme on me le demande, « texter » et essayer, à l‘occasion, d’acheter en ligne.

les chiffres et moi

Difficile de fixer des mots sur une réalité aussi changeante. Les chiffres ont toujours été présents, mais…en 2018…

 

Je suis assaillie.

  • Le récent Tsunami a fait 1659 morts (le point de départ était 832).
  • Sur une période de trois ans, les frappes russes ont tué près de 8000 civils en Syrie.
  • En Alberta, 11% des travailleurs gagnent moins de 15$ l’heure.

Je suis impressionnée.

  • 50 millions de comptes Facebook ont été piratés.
  • Un million de fois merci…
  • 8 milliards de tonnes de matière plastique fabriquée depuis ses débuts.

Je suis bombardée.

  • Les politiciens lancent les milliards à gauche et à droite.
  • Les constructeurs et ceux qui restaurent, ne parlent qu’en millions : nos parcs, nos écoles, nos bibliothèques sont coûteux!

Je suis déçue.

  • Sur dix-neuf ans, cette artiste a vendu plus de 500,000 exemplaires de ses CD et DVD. Elle a donc du talent!
  • Les algorithmes choisissent des séries télévisées ou des livres pour moi.
  • Les cotes d’écoute influencent les décideurs. Et mes préférences?
  • Un film a intérêt à rapporter de bonnes recettes en salle, sinon il est jugé « pas à la hauteur ».

Je suis attentive.

  • Mon espérance de vie s’accroît d’après les actuaires.
  • Le ratio de mon endettement varie selon les trimestres.
  • Le comptable McSween étudie les données et me propose des économies pour mon quotidien.

De tendances, en indices, en statistiques, je suis informée et j’ai chaque jour, ma dose quotidienne d’émotions.

Votre  dévouée: 235105 ou 034229, etc.  Je suis devenue un numéro, une série de chiffres!

les « s » de l’âge mûr

Une série de « s » s’impose à mesure que passent les années, en voici une liste personnelle.

 

Le « » de la soupe, entendez par là tout ce qui n’est pas nourriture molle ou patates en poudre. Tout le reste me semble délicieux et appréciable.

Le « » des soins. Ils sont plus nombreux. Les maladies et le ravage du temps m’incitent à faire tout en mon pouvoir pour garder la peau douce, les yeux clairs, les orteils bien alignés, etc.

Le « s » de la santé. « Bougez, faites de l’exercice, vous resterez en forme plus longtemps ». Parce que j’y crois, je fais ce que je n’ai pas envie de faire ou pire encore, ce que je déteste carrément.

Le « s » des siestes. Elles me sont devenues indispensables. Comme disait mon grand ami : « en vieillissant, les batteries se déchargent plus vite et se rechargent plus lentement ». Ah l’énergie de la jeunesse !

Le « s » du sexe. Il se fait plus rare et parfois moins satisfaisant. Je me demande : « faut-il faire son propre bonheur ? »

Le « » des souvenirs. Ils affluent. Phénomène étonnant : des images et des sons, vus et entendus il y a 60 ans, me reviennent en mémoire. Devant ce paysage cent fois entrevu, j’entends : « Regarde comme c’est beau! »

Le « » de la sympathie. Je répète souvent « Mes sympathies » au salon mortuaire ou « tu peux compter sur ma sympathie dans l’épreuve qui t’afflige ».

En ai-je oublié?

 

 

 

Les réserves

Je ne suis pas anthropologue, mais je crois que les réserves (de denrées) existent depuis très longtemps…

 

Plus près de nous, nos ancêtres amérindiens accumulaient leurs réserves de nourriture dans des barils d’écorce. Plus tard, les fermiers québécois y ont eu recours pour remiser le foin de leurs bêtes et aussi les légumes racines pour la consommation hivernale de leur famille. La vie citadine a changé la tradition, nous sommes maintenant à l’ère des aliments en conserve.

Mes parents habitaient un petit logement avec un hangar adjacent (une shed, comme on disait à l’époque). Mes quatre ans s’intéressaient peu au contenu de la « shed », sinon au récipient en grès pour la cuisson des excellentes fèves au lard de ma mère. Les étagères de cet habitacle (la «shed ») servaient sans doute aux réserves familiales : marinades, confitures et autres délices. Pendant la Grande Guerre (la 2e), mes parents ont caché des conserves de viande sous leur lit. Leur ami Gaétan travaillait chez Canada Packers et leur fournissait ce ravitaillement. J’ai vu les boîtes métalliques ainsi dissimulées.

Plus tard, nous avons habité un appartement avec un garde-manger et, plus important, un solarium non chauffé. L’hiver, ce dernier  servait de réceptacle à nos trésors alimentaires. Délicieuses réserves!

Mariée, j’ai vécu dans une maison dont le garage, très grand, était muni de larges tablettes et contenait un deuxième réfrigérateur. Le « maître » avait décrété : « il ne faut manquer de rien ». J’ai donc constitué des réserves.

L’habitude était prise…

 

Aujourd’hui, j’habite un appartement avec une petite cuisine. J’ai converti mon unique placard de rangement en salle de lavage. Mes seules réserves sont le thé et les confitures, pas d’espace pour le reste!

Malgré  tout, j’ai encore le goût des réserves et j’aimerais en faire davantage…

 

La nostalgie des réserves existe-t-elle chez les personnes qui logent dans les mini-maisons ou les petits condos urbains?

 

 

 

 

 

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Les fruits de mon enfance

Non, ce ne sont pas « les raisins de la colère ».

J’ai toujours vécu la saison estivale près d’un plan d’eau : lac ou rivière. Rien de très original, c’était la mode de l’époque. Nous déménagions dans un chalet, notre frigo compris. Je me baignais, bien sûr, mais surtout, je mangeais des fruits pour lesquels j’avais un amour immodéré.

Ces souvenirs me sont récemment revenus en mangeant de grosses cerises noires bien joufflues.

Dans la campagne de mon enfance, il y avait trois camions : le livreur de lait et de crème glacée, le boulanger pour le pain et les tartes, et le marchand de fruits et légumes.

Mon séjour estival était réglé par la saison des fruits. Il commençait avec les « cerises de France » pour se poursuivre avec les fraises, les framboises et les bleuets. Les pêches, les prunes et les pommes venaient plus tard.

Je me précipitais vers l’arrière du camion pour indiquer à ma mère mes choix de  la semaine. Deux ou trois sélections sustenteraient ma gourmandise. Quel régal!

Ce goût des fruits, que la générosité de mes parents a entretenu (il n’y avait pas de limite) ne s’est jamais éteint.

Il est toujours là, 60 ans plus tard.