voyage instructif

Voyage instructif !

Connaissez-vous la mousse de mer, le chaland, la pêche à la fascine, la brimbale?
Un petit séjour à l’Île Verte vous renseignera.

En quelques jours, j’ai beaucoup appris, dans l’ordre et le désordre, de fascination en fascination.

Commençons par la mousse de mer, ancêtre de notre rembourrage moderne. La mousse de mer, aussi appelée zostère marine est une longue plante qui poussait autrefois en grande quantité aux abords de l’île. J’ai été impressionnée par la description de la cueillette : à marée basse, les insulaires coupaient les plantes et les déposaient sur les chalands, larges bateaux à fond plat, non motorisés à l’époque. Venaient ensuite le séchage dans les champs et le « compactage » en vue du transport et de la vente aux différentes instances logées sur la terre ferme. Cette bourre servait à la fabrication des matelas, des sièges d’auto, etc. Je crois que je préfère les mousses modernes, la bourre à la mousse de mer avait une durée limitée (seulement une vingtaine d’années!).

La pêche à la fascine était utilisée par les autochtones. Difficile pour moi de décrire cette très longue palissade qui se divisait à une extrémité pour former un cœur. Elle retenait les poissons de toutes natures. J’ai vu la longueur des pieux (24 pi) enfoncés dans l’eau pour soutenir le tissage de la fascine. Quelle force et quelle énergie déployées par les hommes de cette époque! Les harengs capturés ainsi étaient salés et fumés, préparés pour l’exportation. Une industrie artisanale florissante.

Le phare de l’Île a été essentiel à une certaine époque. Les gardiens ont utilisé successivement le canon, la brimbale et le « criard »pour guider les navires dans la brume. Celle-ci, maintenant romantique, a déjà été mortelle pour les marins. Elle est encore fréquente et épaisse de nos jours. La brimbale (introuvable sur l’internet) est une sorte de catapulte qui projette des boulets de poudre à canon dans l’air, s’ensuit une explosion dont le bruit prévenait les capitaines.

« Les voyages forment la jeunesse » , les moins jeunes aussi!

Une Gaspésie différente

J’ai séjourné une semaine en Gaspésie dans le parc national de Miguasha, mais, dans un domaine privé.

 

Je suis arrivé dans une ruche : « everything was buzzing ». On m’explique : « c’est le début de la saison estivale ». L’été est court en Gaspésie, tout le monde le sait; il n’y a pas de temps à perdre!

Pour entretenir cette immense propriété d’une vingtaine d’acres, il faut au Seigneur des lieux des employés et des bénévoles passionné(e)s. Mon ami se réjouit de compter sur leur présence. Ils ou elles viennent à tour de rôle apporter des présents ou se confesser à la Mère Abesse, co-propriétaire, alors que le Seigneur parcourt les route à la recherche des plus parfaites fournitures.

Mes hôtes n’ont pas connu les chenilles, ni les inondations, mais les pique-bois! Ces derniers ont perforé l’ensemble d’un mur extérieur. Le gallon de peinture nécessaire pour réparer le dommage et prévenir les récidives coûte 500$. À chaque région ses problèmes!

Mon ami bénéficie d’un comité exécutif pour le jardinage. Ce groupe est composé de trois femmes qui ont suivi des cours! Ces jardinières émérites se sont divisées l’espace; elles planifient et distribuent les corvées « d’amour » sur les parties résidentielles. Ce royaume de la fantaisie et de l’humour permet toutes les créativités; les trois potagers différents en témoignent.

La forêt du Seigneur s’étend sur 15 acres. Les tempêtes et les castors se chargent de la modeler. Leurs passages et leurs travaux posent un défi à l’entretien régulier que mon ami souhaiterait pour ses arbres.

Quant à la résidence, l’abondance des objets d’art, des souvenirs, des tableaux et des photos de diverses générations, donne aux personnes qui la fréquentent une grande leçon d’amour.

Cette « communauté » aussi…

 

 

 

 

 

 

partir, c’est mourir un peu…

Partir, c’est mourir un peu

Le futur, le point d’arrivée d’un voyage excite et stimule, mais, le chemin pour s’y rendre est souvent ardu, moins lumineux.

« Partir, c’est mourir un peu! »

 

Cet adage me suit tout au long de cette dernière journée avant mon départ.

Je l’ai souvent répété ce dicton lorsque j’avais de jeunes enfants et que je travaillais, je disposais de peu de temps pour les bagages et tout le reste. Je m’affalais dans le taxi qui me menait vers l’aéroport : j’étais morte de fatigue. « Partir, c’est mourir un peu! »

Encore aujourd’hui, organiser mon départ demande beaucoup de précautions, peu importe la longueur de l’absence. Je suis seule mais,

rien ne doit moisir pendant mon éloignement…

rien ne doit sentir mauvais…

rien ne doit mouiller mes planchers…

rien ne doit être oublié dans le matériel que j’emporte

rien ne doit me prendre au dépourvu, le chaud ou le froid

rien ne doit alourdir ma valise indûment

rien ne doit entraver ou ralentir mon départ

rien ne doit embêter mes survivants,

 

Je peux maintenant mourir… euh partir en paix.

La contrepartie

La contrepartie

Je veux parler de la routine, de celle qui se situe au-delà des corvées domestiques.

 

Je me suis défendue corps et âme d’être victime de la répétition : un horaire de travail souple, des tâches variées, une vie rythmée par les saisons. Des essais créatifs et d’innombrables coups de cœur qui balayaient tout. Je voulais toujours du neuf.

J’avais des ami(e) s dont la vie était réglée au quart de tour depuis des années : même coupe de cheveux, même résidence, même période de vacances, même emploi du temps à chaque journée de la semaine, même menu, etc. Je regardais ce phénomène avec surprise, moi qui avais horreur de la routine, jusqu’au jour où…

 

Elle s’est insinuée subrepticement dans ma vie. Des choses anodines, je ne  me suis pas méfiée : j’ai rangé autrement, j’ai préparé des menus un peu répétitifs, j’ai élaboré des priorités différentes. Puis les rituels ont pris de l’ampleur, d’autres se sont rajoutées.  L’ère de l’ordonnancement a pris le dessus.

J’éprouve de la difficulté à en parler ; je suis mal à l’aise, troublée de mon revirement. Ma nouvelle façon de vivre est aux antipodes de ce que j’ai toujours préconisé.

Les rituels  me tuent parfois, mais, à l’occasion, ils me sauvent la vie. Ils aident ma mémoire défaillante.

La routine, autrefois ennemie, est devenue une alliée.

 

D’allié à ennemi

Le vent dans les voiles d’un bateau, pour moi, c’est magique!

Il les gonfle ou les dégonfle; il semble pousser l’embarcation. C’est merveille que de glisser sans bruit sur une vaste étendue d’eau. Si les vagues sont petites, elles bercent, si elles sont fortes, elles provoquent des soubresauts, elles assaillent les coques de l’embarcation; celle-ci frappe la masse fluide, le métal du dériveur gémit. Autant de  sons grisants pour une amoureuse  de la voile.

Avec l’âge, je navigue moins, je ne fais plus de voile en solo, mais j’en garde la nostalgie…

 

Sur la terre ferme, malgré la chaleur et le soleil, le vent peut constituer une magistrale entrave à mon plaisir, impossible de lire ou de manger à sa face, il faut m’en protéger. Selon les mois ou les années, je m’en protège souvent…

Le vent rugit parfois, fracasse l’eau en mille vagues, petits moutons blancs qui courent vers la rive et la couvrent d’écume; sous son impulsion, le lac change de couleur, il s’assombrit.

Le vent secoue brutalement les feuillus qui se plaignent : concert assourdissant avec lequel je dois vivre. Le vent s’attaque aux branches de mes arbres et se permet même de les arracher. Les dégâts sont variables…

Chassés par le « nordet » ou les rafales du vent d’ouest, les goélands et les hérons  de ma baie délaissent leurs roches rituelles, seuls les canards restent en place, impassibles, et continuent de nager; ils prennent les vagues de travers ou de front. Je les observe de l’intérieur de ma maison.  Au moment des orages, le vent devient dangereux pour mon vieux chalet de bois. Ce vent me fait peur, surtout la nuit.

 

Que dire de la musique! Elle fut longtemps douce à mon âme. Classique, vous vous en doutez: trios, quatuors quintettes et autres, chant choral, opéras, concertos, symphonies etc.

Elle a changé : elle est devenue métallique, assortie de basses sans cesse répétées, percutante, tonitruante; même en soutien à la danse, elle n’est souvent à mes oreilles qu’une suite de sons. Pour moi, elle n’est que  « bruit ».

J’ai pensé échapper aux chansons omniprésentes dans les rues et les commerces de la ville en me réfugiant à la campagne. Par un temps calme et serein, alors que je lisais, tranquille sur ma terrasse, j’ai été assaillie par le bruit  d’une musique « pop » , celle venant d’un bateau moteur qui filait au large. L’excitation par les décibels a pris de l’ampleur et, décidemment, du territoire. Elle me dérange…

 

Elle est, comme le vent, une alliée devenue ennemie.

 

 

 

la jungle amazonienne

Camper dans la jungle pendant dix jours. Tout un défi!

 

L’expédition d’ornithologie à laquelle je participe connaît des problèmes. Le bateau à fond plat s’est ensablé. Le capitaine nous explique : le niveau de l’eau est trop bas, les méandres à contourner, trop nombreux. Il reste le camping comme solution ultime…

Les aventuriers que nous sommes acceptent la proposition. L’excitation est à son comble… « Préparez vos bagages. Emportez une brosse à dents, un savon, une tenue de rechange, vos chapeaux et lunettes pour le soleil et surtout votre imperméable, mon assistant vous distribuera votre canette ».

La ‘canette’  en question se résume à un contenant en aluminium soigneusement évidé (bière? liqueur douce?). Incrédules, nous la retournons sous tous ses angles. Nous ne savons pas encore que nous y boirons de l’eau, du café et un mousseux tiède au moment de franchir l’équateur.

« Et tout le reste ? Nécessaire à barbe, produits de maquillage, shampoing, pyjamas, autres vêtements, etc.? »

« Pas question » tranche le guide en chef.

Il fera partie de l’expédition avec un confrère, des bâches, de l’eau, de l’essence et de la nourriture, le tout réparti dans deux canots moteurs de grandeur moyenne. Huit participants par embarcation.

Première nuit, une multitude de petites lumières rouges nous accueillent sur la plage : nous sommes intrigués. Le guide nous explique que ce sont les yeux de minuscules alligators. Rassurant! Ils décampent à notre arrivée. Des bâches sont déployées sur le sol.

« Voilà vos lits, il est trop tard pour monter un campement ».

Malgré l’inquiétude et le manque de confort, la fatigue l’emporte et nous dormons. Les nuits suivantes, nous ferons connaissance avec le ‘campement’. Nous essayerons de trouver le sommeil, allongés tête-bêche dans des hamacs. Ces derniers sont attachés à une structure composée de jeunes arbres coupés par nos guides; une toile, jetée sur le dessus de la « maison », sert de toit. L’assistant doit entretenir un petit feu toute la nuit pour éloigner les serpents.

Nous avons peu de vêtements, il faut donc nous laver quotidiennement dans le Rio Negro.

« Les piranhas sont peureux », nous explique le chef de l’expédition. « Si vous bougez, ils se tiendront à distance. »

Rassurés, nous nous trempons, nus bien entendu, pour effacer la sueur du jour.

Au moment du premier repas, les guides nous distribuent un bol et une paire d’ustensiles. Nous avons déjà notre ‘canette’. Les gastronomes se résignent, la nourriture sera simple pendant le trajet : du riz ou des pâtes ou des fèves, agrémentés à l’occasion  de piranhas (cuits bien entendu) ou de canard sauvage (pas suffisamment cuit), compliments de nos  cuisiniers. Le café, de l’eau bouillante versée sur les grains tassés au fond d’un bas de laine, est délicieux.

Nous sommes équipés pour manger, dormir et nous laver, quant aux besoins naturels, il y a des arbustes et du feuillage. « Débrouillez-vous », dit notre guide.

Nous ne verrons jamais les lointains Yanomamis (peuplade primitive) au grand désespoir des anthropologues amateurs parmi nous. Sur le chemin du retour, nous avons manqué d’essence et nous avons dû ramer pour rejoindre notre point d’attache. Il  était temps d’y arriver, car nous avons également manqué de nourriture.

Vous aurez compris, il s’agissait de camping «sauvage ».

une pompe défectueuse

Sans pompe, pas d’eau, même en provenance du plus vaillant puits artésien. En pleine canicule, l’absence de cet élément si vital pose quelques problèmes.

 

Ma débrouillardise s’active. Le gant de toilette, mouillé hier, pas complètement sec aujourd’hui, contient suffisamment d’eau pour nettoyer mes mains poisseuses. J’ai essuyé la condensation du litre de lait sorti de mon réfrigérateur pour humecter un petit linge.

Mon arrosoir vert comporte un long cou au bout duquel se trouve un pommeau qui déverse simultanément plusieurs jets. Il est plein à rebord. Quelle chance! Les plantes intérieures m’ont laissé un peu du précieux nectar. Dans l’évier, à l’aide de mon engin vert, j’ai « arrosé » la vaisselle sale : les verres, les assiettes, les bols. Un premier rinçage réussi, en attendant le retour de l’eau. Je n’avais jamais pensé qu’un arrosoir pouvait être aussi créatif…

Pour la salle de bain, l’eau a été fournie par voisins éloignés. J’ai transporté les bidons dans ma voiture. Ma chasse d’eau a été très reconnaissante.

 

Vint ensuite un sérieux dilemme : protéger ou nettoyer  la peau de mon visage. Mes amis m’ont dit, comme à chaque coup de chaleur :

« c’est pas grave, toi,  tu as un grand lac ».

Sauf que le lac se situe en plein soleil et que l’eau est basse, il faut marcher longtemps avant de pouvoir nager. En l’absence d’eau à l’intérieur, le choix s’avère déchirant : la crème solaireou le savon?

Dans l’impossibilité de résoudre ce dilemme, j’ai quitté le lac, la canicule et le puits défectueux. Retour à la grande ville.