la décision d’Yves

Résumé du dernier épisode
Clarisse s’évade des problèmes de l’existence en rêvant à son prochain voyage. Yves rompt définitivement avec son métier d’entraîneur.

Épisode
Clarisse, voyant le micro, « Pour quoi? Pour qui? »

Yves se veut rassurant : « c’est pour moi, je vais pratiquer ma voix »

Clarisse ne comprend toujours pas.

« Tu as devant toi, le futur commentateur de patinage de vitesse! »

« Ah oui… » Réplique Clarisse avec un enthousiasme moins que délirant.

Yves continue « j’ai tout ce qu’il faut : la connaissance et l’expérience. Demain, je vais prendre rendez-vous avec le responsable des événements sportifs à Radio-Canada ».

Clarisse est médusée par la nouvelle et par l’aplomb de son amoureux qui poursuit :

«Je dois ajouter que je n’en pouvais plus d’être loin de toi pendant de si longues périodes. »

Clarisse ne peut que s’incliner et se réjouir, elle qui n’a jamais aimé la solitude…

Un qui l’avait deviné, c’est son voisin. Il frappe à la porte, cette fois, il est encombré d‘un colis.

« C’est votre anniversaire bientôt, je suis en avance, mais je n’ai pu me retenir ».

Il lui tend un paquet soigneusement emballé dans un papier de circonstance. Mal à l’aise, Clarisse ne sait quoi faire ni quoi dire. Yves vient à sa rescousse :

« Ouvre, qu’on voit! »

Clarisse s’exécute. Un dictionnaire! Un qu’elle n’avait pas! Sur le bout de la langue d’André Couture (4200 expressions françaises et anglaises).

Clarisse est rose de plaisir, mais à court de mots.

« Quelle merveilleuse trouvaille dit Yves, Clarisse vous est très reconnaissante de cette délicate attention, elle en a même perdu la parole. »

Négligeant Arthur, Clarisse feuillette déjà et oublie la préparation du thé.

« Je reviendrai une autre fois », dit le voisin, déboussolé par l’attitude de l’écrivaine et la présence de son amoureux.

« Je vais mettre mes projets sur la glace, » pense Arthur en se rendant chez lui.

Écrire une nouvelle

Clarisse est de retour à la maison de campagne de son défunt père. Elle est maintenant chez elle ou presque! Irène et la famille de l’écrivaine ont libéré les lieux. Yves est encore à l’étranger. Elle est enfin seule.

Le soulagement de n’avoir plus à rédiger un long roman a plongé Clarisse dans l’euphorie.

« Je vais pouvoir m’amuser et jouir des autres plaisirs de la vie »

Elle a flotté un bon moment avant de revenir à la réalité et de retrouver le goût de noircir le papier. Elle fait appel à ses souvenirs pour savoir comment réussir son nouveau projet, mais ils sont lointains. Elle se gratte la tête (du moins symboliquement).

« Hum, je vais me rafraîchir la mémoire. Quelles sont les règles de la nouvelle littéraire? »

Clarisse cherche, fouille dans ses notes de cours… finalement, trouve.

« Que c’est complexe! Huit points!

La nouvelle littéraire est un récit, bref, fictif et littéraire. L’action est unique et les lieux, peu nombreux, sont généralement esquissés.

Bon. Ça me suffit pour le moment. Je reviendrai plus tard aux autres incontournables.
Il me faut un personnage principal. Qui pourrait m’inspirer? …
J’ai trouvé! Denis, le sculpteur, dont j’ai toujours admiré les oeuvres. Il habite lui aussi la campagne non loin d’ici. »

Centré sur son travail, il s’est isolé. Le résultat artistique est remarquable mais sa vie personnelle et sociale laissent à désirer. Ses cheveux grisonnent chaque année un peu plus.
Au cours d’un repas à l’auberge du coin, une femme étrangère se met en frais de le ramener sur terre. Elle réussira si bien que cette idylle se poursuivra pendant de longues années. Denis sera heureux de ne plus dormir avec ses sculptures.

Voilà l’ossature de ma prochaine nouvelle, c’est très simple! »

La joie de Clarisse est quelque peu amoindrie par les remarques d’un ami anglophone, professeur de littérature anglaise à qui elle a soumis son texte.

« Beginners luck! clame-t-il.

Une bonne nouvelle exige un travail de réécriture constant. C’est plus difficile qu’un roman… Tu devrais relire Alice Munro. »

« Moi qui pensais me consacrer à une tâche plus facile! » gémit Clarisse.

Clarisse se déclare…

Bureau de l’éditeur.
Elle a pris un mouchoir pour se donner contenance; elle le tord sans relâche. Elle a tout à coup très chaud…
Trémolos dans la voix, elle s’explique. Elle débute poliment, comme il se doit.

« Monsieur le directeur, je suis sensible à la confiance que vous m’avez témoignée au fil des ans. Je dois néanmoins vous faire part d’une décision que j’ai prise après une longue réflexion: il n’y aura pas de deuxième roman. »

Figée, elle attend une réponse.

Son interlocuteur lève ses épais sourcils. Il ne peut cacher sa surprise. Il tourne et retourne sans cesse sa plume, replace les objets sur son bureau et finalement la regarde.

« C’est la première fois qu’un écrivain me fait une telle déclaration. Je ne sais quoi penser. Qu’allez-vous faire? »

Clarisse rassemble son courage et répond.

« Je vais écrire des nouvelles et les réunir sous forme de recueil. D’autres l’ont fait avant moi. »

Encore sous le choc, le grand chef de la Maison AZT recommence son manège : sourcils, plume, objets sur son bureau… Finalement :

« Eh bien, bonne chance! »

Troublée, mais soulagée, Clarisse se retrouve à la rue. Éberluée, elle pense:

« Je suis à la rue. C’est bien ce que je ressens, je suis à la rue…
Je n’ai plus rien, mais je me sens mieux. »

Elle a porté un coup fatal et officiel à ce travail qui l’a tenu en haleine pendant un an, mais, curieusement, elle est soulagée. Elle s’est défaite d’un poids qui pesait lourdement sur ses épaules. Un peu plus et elle danserait sur le béton!

De retour chez elle, elle retrouve son sang froid et se demande qui elle doit prévenir. Yves c’est certain, puis David et éventuellement son frère et ses sœurs. Et puis…et puis…et puis… Elle cherche mais ne trouve personne d’autre. Clarisse prend encore une fois conscience de la solitude de son métier.

« Je ne connais pas mon public. » Puis se ravisant, « si j’en ai un! »

la feuilleton de Clarisse reprend vie

Bien que son apparence soit un peu changée, David a reconnu Léa, une amie de son école secondaire. Il est séduit… Ce coup de foudre est partagé… Dès lors, la chanson et le métier de modèle n’ont plus la même importance pour lui. Cette passion toute neuve pour Léa se traduit par de grands changements dans la vie de David. Finis les petits boulots, il veut un métier : il se voit professeur d’art. Il s’est inscrit à l’Université pour suivre des cours « sérieux ». Il trouve plaisir aux exposés théoriques et met toute son énergie créatrice dans les ateliers pratiques. Ses devoirs sont réalisés avec soin!

Clarisse a su ces nouveaux développements. Elle en tient compte dans sa réflexion sur son avenir d’écrivaine, réflexion très pénible. Les questions ont tourné dans sa tête, les commentaires de ses proches aussi, elle a marché de long en large et dans tous les sens… Remise en question complète

Elle se rend à l’évidence que sa conception du roman est bancale.

« Calquer mon écriture sur la vie d’un personnage vivant est une entreprise vouée à l’échec. Mes héros évoluent trop lentement pour que je puisse raconter leur histoire de vie. »

Des amis écrivains l’avaient prévenue que le deuxième roman est plus difficile à réaliser. Elle y a mis tout son cœur et tout son espoir, mais,

« non seulement je n‘ai pas pris le bon chemin, mais de plus, beaucoup d’obstacles et de distractions se sont dressés sur ma route. En somme, pour un ensemble de raisons, je n’y arrive pas. Ce n’est plus la peine d’essayer. »
Une image traverse sa conscience…

« Ciel, l’éditeur! dois-je le prévenir maintenant? »

Clarisse n’est pas sans savoir que les activités prévente débutent bien avant la publication. Cette seule pensée déclenche une migraine. Pénible discussion en perspective…

Elle se résigne à prendre rendez-vous.

« Monsieur le directeur vous recevra mercredi prochain à 10 heures. »

Les héritiers

Que faire?
RÉSUMÉ DES FAITS RÉCENTS
Maurice a tout légué à ses enfants. Son patrimoine se résume à la maison de campagne, considérée jusqu’à ce jour, comme la maison familiale. Irène, nouvelle arrivée dans la vie de Maurice, exige d’y séjourner à sa guise.

ÉPISODE

Yves doit reprendre son travail, au loin. Les au revoir de la romancière et de l’entraineur ont été épiques. Clarisse avait beaucoup aimé la présence de cet homme et redoute la solitude…

Après le départ de son amoureux, la liquidatrice se remet à l’œuvre.
Aucune nouvelle d’Irène. Clarisse présume qu’elle maintient sa demande. L’écrivaine se résout à convoquer son frère et ses deux sœurs.

La fratrie s’amène à la date convenue et prend connaissance des prétentions d’Irène. La nouvelle déclenche un tollé. Les commentaires fusent, tout le monde parle en même temps.

« Ça alors ! »
« Elle est dingue! »
« Je ne l’ai jamais aimée »
« Il n’en est pas question! »
« Jamais! »
« Je proteste! »
« Quelle folle! »

Clarisse tolère ce déferlement émotionnel, puis prend la parole.
« Je n’aime pas notre belle-mère, moi non plus, mais nos sentiments ne sont pas ici en cause, il s’agit d’argent et de légitimité. En tant qu’héritiers, nous avons des droits, mais la succession n’a pas les moyens financiers d’aller en cour. »

« Notre père n’avait pas d’économies? » demande timidement Claude.

« A-t-il confié ses économies à un notaire véreux? » renchérit Claire.

Clarisse est surprise de la dernière question. Cette idée ne lui a jamais traversé l’esprit. Elle n’a jamais pris en compte cette éventualité. L’écrivaine, si fondamentalement honnête, est abasourdie. Elle s’abstient de répondre, croyant que les chiffres parleront d’eux-mêmes.

Sans argent, que faire? Répète-t-on autour de la table… Clarisse trouve que ces invités manquent d’imagination. C’est injuste de sa part. Elle a une longueur d’avance, elle y a réfléchi longuement. C’est donc elle qui propose :

« Nous pouvons négocier un arrangement qui nous semble plus raisonnable. »

« Ah oui, lequel? » répondent-ils, tous en chœur.

Et c’est reparti, tous s’expriment… ensemble. Clarisse tente de ramener un peu d’ordre dans la cacophonie qu’elle a suscitée… Les questions s’entremêlent : faut-il vraiment céder? Faut-il renoncer à certaines périodes? Faut-il la tolérer sur une base annuelle? Faut-il lui permettre de gagner? Les commentaires sont belliqueux…

Clarisse tente de ramener un peu d’ordre dans la cacophonie que ses propos ont suscitée. Elle ajoute :

« Je propose, que nous autorisions Irène à séjourner trois semaines dans notre maison. »

« Pas en juillet ! » dit Claude
« Pas en août ! » ajoute Claire
« Pas en septembre! » précise Julie.

« Il reste le mois de juin, conclut Clarisse, elle aura tout le loisir de revivre son séjour avec notre père ».

Les items à l’ordre du jour étaient peu nombreux, il est temps de clore la réunion. Que dire de plus?

Le mécontentement persiste, cela s’entend jusque dans la cour où chacun regagne sa voiture. En maugréant, les invités se dispersent, pas très heureux. Ils ont l’impression d’avoir été contraints par le chantage de cette femme.

Irène acceptera-t-elle le compromis?

les suites

Résumé
Clarisse a perdu son père, mort de la C difficile. La rivalité entre Irène et les enfants de Maurice est apparue à l’hôpital. À l’occasion de ce décès, Clarisse se rend compte de l’importance, pour elle, de ce lien avec le défunt, de qui elle s’est un peu distancée au fil des ans.

Épisode

« Je vais me reprendre avec mes hommes », songe-t-elle.

Elle recherche David, son personnage. Elle le trouve : il est échevelé, les mains pleines de partitions. Elle pensait avoir un meilleur contrôle sur la vie de cet homme, mais elle s’aperçoit qu’elle ne contrôle rien. Sur sa propre lancée, le chansonnier s’affaire avec son groupe. Il lui explique :
« nous travaillons sans relâche, mais le CD ne peut être prêt en un mois! »

De plus, David, guéri, devra bientôt reprendre son emploi de modèle, et alors la musique… à temps partiel!

Le projet de Clarisse se bute au rythme de l’écriture musicale. Elle croyait que la difficulté d’écrire ne s’appliquait qu’aux écrivains! Elle est étonnée, elle apprend!

Ce n’est pas le rebondissement qu’elle avait imaginé. Comment rendre ses textes captivants avec si peu d’intrigue? Elle devra inventer autre chose.

Sur ces entrefaites, une querelle éclate entre les musiciens. Deux partent en claquant la porte. David se dit qu’il les remplacera, mais le temps lui est compté…pour lui non plus, les suites de son Souffle ne se déroulent pas comme prévu.

Tout à son rêve, Clarisse a oublié la réalité. Cette fois, c’est la lecture du testament! Avec la complicité du notaire, qui ignore tout de la dynamique familiale, Irène se glisse dans la rencontre. Maurice, que la maladie a atteint en pleine activité, laisse des documents qui datent!
Il lègue tout à ses enfants. Irène (son amie, ou sa blonde, ou sa compagne ou sa conjointe, selon les perceptions) pince les lèvres et fronce les sourcils. Elle est la seule qui soit surprise.

Une mauvaise nouvelle attend néanmoins l’écrivaine. Elle se retrouve liquidatrice de la succession.
« Mais mon roman! Je n’ai pas le temps! »

Voilà Clarisse coincée entre deux devoirs, entre son père et son éditeur.

incroyable

Résumé
David continue ses enregistrements musicaux. Yves est de retour et séjourne avec Clarisse à la campagne dans la grande maison familiale. Ils sont tirés de leur retraite amoureuse par un appel annonçant que le père de Clarisse se trouve à l’urgence. Suite à une fièvre récalcitrante il a été hospitalisé.

Épisode
Clarisse aimerait être devin pour connaitre le sort ultime de son père. Les nouvelles médicales ne sont pas bonnes, Maurice a contracté la C difficile. Les médecins sont un peu déroutés par cette nouvelle souche très toxique. La romancière essaie d’en savoir plus. Elle appelle même Info-santé. « Ça dépend » se fait-elle répondre.

L’équipe médicale s’affaire, mais ne réussit pas à enrayer l’infection. Aux yeux de Clarisse, de jour en jour, c’est un peu plus de ceci, un peu moins de cela. Elle se tord les mains, impuissante à sauver son grand amour qui dépérit inexorablement. Elle est surprise de la profondeur de son attachement à son père; cette situation lui aura servi de révélateur…

Elle se croyait forte face aux drames familiaux; voilà qu’elle se découvre vulnérable, émotive, attristée. Et Irène qui se met de la partie! Elle se donne le rôle de l’autorité médicale (!) et tente de protéger son Maurice. Elle veut qu’il se repose et tente de maintenir ses enfants à l’écart. La lionne qui sommeille en Clarisse rugit. De quel droit cette femme peut-elle s’approprier son père?
« Je ne l’ai jamais aimé, cette belle-mère, encore moins maintenant! »

Un deuxième drame se développe donc en filigrane de la grave maladie de Maurice; une bataille entre l’amoureuse, récente, illégitime aux yeux des rejetons et eux qui sont là depuis toujours. C’est un duel épuisant pour les protagonistes. Qui peut se rendre au chevet de l‘aimé? Combien d’heures la personne peut-elle y rester? Irène veut tout gérer…

Heureusement, Maurice ne se rend compte de rien et mène sa lutte contre la bactérie. Mais elle est tenace; elle continue son avancée sournoise. Les jours passent, le patient s’est considérablement affaibli.

La douleur s’installe. Ce sera bientôt la morphine et son cortège d’inconvénients pour l’entourage.
« Il somnole tout le temps » se plaignent le frère et les sœurs.

Cette agonie lui rappelle la mort de Laurent. Pour Clarisse, c’est trop.

La voilà aux prises avec un double deuil…

Les mots pour décrire la fin manquent à l’écrivaine. Elle n’est qu’une fille éplorée.
Elle s’écroule.