Les succès

Résumé

Clarisse s’est un peu remise du décès de Laurent. Bénéficiant d’un sursis de dix mois, elle s’est courageusement remise à l’œuvre et envisage d’utiliser les aventures de son nouveau personnage, comme trame de fond pour son roman. David s’est blessé au cours de son travail de modèle et profite de cet arrêt pour se concentrer entièrement à ses activités de musicien. Une de ses chansons a connu un succès retentissant.

Épisode

Ayant surmonté son ambivalence, Clarisse se réjouit finalement du succès de David. Elle compte bien l’exploiter dans ses écrits. Elle cherche des mots, des rythmes, pour dépeindre la joie et l’exubérance.
«Enfin, un personnage qui fréquente le bonheur!
Quel bel épisode à rédiger et à pimenter! »

Elle observe l’effervescence qui s’est emparée de son David.
Il a réuni ses musiciens et leur propose d’enregistrer plusieurs chansons : ce CD les propulsera…
David s’avère un excellent vendeur ; tous se mettent à l’œuvre. Transcriptions et répétitions se succèdent… L’immobilité de son poignet gauche n’empêche pas David de chanter. Il est dans son élément, il est heureux. Son enthousiasme contamine le groupe.

Clarisse pense moins à Yves, absorbée par les péripéties du nouveau roman. Son amoureux s’attarde à l’étranger plus longtemps que prévu, ses protégés connaissant enfin le succès; ils remportent des médailles. Grâce à eux, l’entraineur vit, lui aussi, des épisodes palpitants.

Mais, le quotidien comporte ses tyrannies, Clarisse doit faire quelques emplettes dans son quartier. Elle se rend, entre autres, à sa banque où une surprise l’attend. Sur la fenêtre du guichet, un nouveau slogan.

La rapidité c’est bien, mais l’instantanéité, c’est mieux.

Clarisse soupire. « Cela explique tout » pense-t-elle. La multiplication des téléphones intelligents et le nouveau sentiment d’urgence auquel elle se bute au quotidien. Les textos de son neveu de neuf ans lui rappellent constamment cette grande avancée!

Secouée, la romancière, que la nouvelle technologie hérisse, se hâte de regagner le refuge de ses écrits.
La première version de ses chapitres est encore écrite à la main!

Tiendra-t-elle le coup face à cette révolution?

Mater dolorosa et associés

Les fioritures vocales des chanteurs, vertigineuses ! Les « amen » interminables où les solistes, les chœurs et les orchestres en rajoutent et rivalisent d’énergie, époustouflants ! Les sons graves et les aigus alternent, s’entrecroisent et se superposent, enveloppés par les timbres des instruments à corde et à vents, et parfois, des trémolos de l’orgue. Glorias, Magnificats, Requiems et Messes de tous genres agrémentent mes dimanche matins, même le Stabat Mater trouve grâce à mes yeux (heureusement le texte est en latin!).

Étonnamment, cet amour de la musique chorale remonte à mon enfance. J’ai sept ans. Mon père dépose sur le plancher du salon, une boîte carrée garnie d’un plateau rond. Il y dépose une sorte d’assiette de plastique qui tourne et émet des sons lorsqu’il la pique d’une aiguille. Une voix masculine se fait entendre: le ténor Jan Peerce chante l’Agnus Dei… Je suis conquise.

L’église paroissiale me permet de prolonger le plaisir. Les célébrations de toute nature, incluant les funérailles et les offices de la semaine sainte, sont prétextes à mon émerveillement. Je frissonne en écoutant le Requiem, le temps est suspendu pendant la psalmodie des Rogations…À douze ans, je pris l’habitude d’assister, seule, à la grand-messe dominicale où je me régalais du travail des  choristes et de l’organiste. Chantées, les suppliques latines me charmaient.

 Cet engouement pour la musique religieuse expliquerait-il l’intérêt que la vie des moniales a suscité pendant mon adolescence ? C’est douteux…

Cependant, à ce jour, je craque pour un Kyrie.