la jungle amazonienne

Camper dans la jungle pendant dix jours. Tout un défi!

 

L’expédition d’ornithologie à laquelle je participe connaît des problèmes. Le bateau à fond plat s’est ensablé. Le capitaine nous explique : le niveau de l’eau est trop bas, les méandres à contourner, trop nombreux. Il reste le camping comme solution ultime…

Les aventuriers que nous sommes acceptent la proposition. L’excitation est à son comble… « Préparez vos bagages. Emportez une brosse à dents, un savon, une tenue de rechange, vos chapeaux et lunettes pour le soleil et surtout votre imperméable, mon assistant vous distribuera votre canette ».

La ‘canette’  en question se résume à un contenant en aluminium soigneusement évidé (bière? liqueur douce?). Incrédules, nous la retournons sous tous ses angles. Nous ne savons pas encore que nous y boirons de l’eau, du café et un mousseux tiède au moment de franchir l’équateur.

« Et tout le reste ? Nécessaire à barbe, produits de maquillage, shampoing, pyjamas, autres vêtements, etc.? »

« Pas question » tranche le guide en chef.

Il fera partie de l’expédition avec un confrère, des bâches, de l’eau, de l’essence et de la nourriture, le tout réparti dans deux canots moteurs de grandeur moyenne. Huit participants par embarcation.

Première nuit, une multitude de petites lumières rouges nous accueillent sur la plage : nous sommes intrigués. Le guide nous explique que ce sont les yeux de minuscules alligators. Rassurant! Ils décampent à notre arrivée. Des bâches sont déployées sur le sol.

« Voilà vos lits, il est trop tard pour monter un campement ».

Malgré l’inquiétude et le manque de confort, la fatigue l’emporte et nous dormons. Les nuits suivantes, nous ferons connaissance avec le ‘campement’. Nous essayerons de trouver le sommeil, allongés tête-bêche dans des hamacs. Ces derniers sont attachés à une structure composée de jeunes arbres coupés par nos guides; une toile, jetée sur le dessus de la « maison », sert de toit. L’assistant doit entretenir un petit feu toute la nuit pour éloigner les serpents.

Nous avons peu de vêtements, il faut donc nous laver quotidiennement dans le Rio Negro.

« Les piranhas sont peureux », nous explique le chef de l’expédition. « Si vous bougez, ils se tiendront à distance. »

Rassurés, nous nous trempons, nus bien entendu, pour effacer la sueur du jour.

Au moment du premier repas, les guides nous distribuent un bol et une paire d’ustensiles. Nous avons déjà notre ‘canette’. Les gastronomes se résignent, la nourriture sera simple pendant le trajet : du riz ou des pâtes ou des fèves, agrémentés à l’occasion  de piranhas (cuits bien entendu) ou de canard sauvage (pas suffisamment cuit), compliments de nos  cuisiniers. Le café, de l’eau bouillante versée sur les grains tassés au fond d’un bas de laine, est délicieux.

Nous sommes équipés pour manger, dormir et nous laver, quant aux besoins naturels, il y a des arbustes et du feuillage. « Débrouillez-vous », dit notre guide.

Nous ne verrons jamais les lointains Yanomamis (peuplade primitive) au grand désespoir des anthropologues amateurs parmi nous. Sur le chemin du retour, nous avons manqué d’essence et nous avons dû ramer pour rejoindre notre point d’attache. Il  était temps d’y arriver, car nous avons également manqué de nourriture.

Vous aurez compris, il s’agissait de camping «sauvage ».

Souvenirs 2

Les souvenirs de la grande caisse étaient relativement récents, faciles à regrouper.

 

Je viens de découvrir deux boîtes de carton, pleines à craquer de cartes de souhaits, de lettres et de cartes postales. Ces messages sont vieux. Ils datent parfois de 50 ans et sont adressés à Mademoiselle, titre que j’ai porté longtemps.

J’ouvre les lettres avec fébrilité. Qui m’a écrit? Un Claude ? Lequel? Un Jacques? J’en ai connu plus d’un… Je joue donc au détective. Je cherche les dates, je recoupe les lieux, je compare les signatures, je titille ma mémoire. Malgré tous mes efforts, il reste quelques mystères…

Je contemple ces signes d’une autre époque où la carte postale maintenait le lien pendant les absences. À l’évidence, mes ami(e) s ont beaucoup voyagé.

Moi aussi semble-t-il, et souvent seule, belle occasion de rencontres de tous genres. J’ai tissé beaucoup de liens d’amitié, si j’en juge par la volumineuse correspondance que je découvre : des lettres,  des lettres et encore des lettres.

Ces lettres témoignent de multiples moments agréables, mais aussi de jours tristes, de cœurs brisés, tantôt le mien, tantôt celui d’un autre… Néanmoins, ces cartons m’attirent comme un aimant. J’ai hâte de terminer mes fouilles.

Quand j’aurai fini de les classer, je pourrai parcourir tranquillement ces traces de mon passé. Je vais tout lire.

 

Quelques semaines plus tard.

Ces lectures m’ont renvoyé une image de celle que j’étais pendant la vingtaine : estime de soi limitée, humeur variable, mystérieuse, « travaillante », etc. Certaines lettres que j’ai écrites m’ont été retournées lors d’une rupture. Elles témoignent d’une excellente maîtrise de l’anglais et pour cause, à cette époque, mon employeur était anglophone.

Parmi les lettres qui m’étaient adressées, j’ai conservé les plus significatives, me délestant des autres avec un pincement de cœur.

 

 

Souvenirs I

Est-ce la peine d’y mettre de l’ordre?

 

J’ai récemment ouvert une grande boîte de rangement. J’y cherchais des photos. Or, elle contenait, pêle-mêle, des remerciements pour visites mortuaires et présence à des mariages, des billets de théâtre, de concerts, de spectacles, des cartes postales, des listes d’invités, etc.

J’ai eu le réflexe de classer ces artéfacts dans de grandes enveloppes. Est-ce utile? Pour qui? Mes héritiers seront-ils intéressés?

Le plaisir est donc pour moi. Redécouvrir toutes les attentions dont j’ai été l’objet. Comme disent les anglophones :

« I must have done something right… »

C’est touchant de voyager ainsi à travers les époques, au gré de mes amitiés et de mes amours : des fleurs et des lumières sur mon chemin…

Les  souhaits d’anniversaire de mes ami(e) s m’émeuvent plus que les objets personnels comme mes bulletins de l’école primaire, mes carnets de chants des camps d’été. Le contenu de cette caisse déclenche, dans ma tête, une grande valse de souvenirs.

J’interromps souvent mes fouilles : l’émotion est trop vive. Événements oubliés, maintenant ressurgis ; les cartes toutes naïves de mes jeunes fils, les textes de mes amis disparus et ceux d’autres personnes qui ont pris le large…

D’un trésor à l’autre…  la boîte me semble sans fond. Il m’en reste encore à découvrir même après quatre visites archéologiques sur ce site!

Je suis privilégiée d’avoir appartenue à la civilisation de l’écrit, sinon ma boîte contiendrait surtout des copies de billets électroniques et des courriels.

La tradition pascale

Je me souviens avant tout du nouveau chapeau de paille que les femmes de ma famille étrennaient à Pâques. Une amie m’explique qu’à cette occasion, dans son milieu, les chapeaux devaient être garnis de fleurs. C’était dans les années 50.

Bien sûr, il y avait la liturgie catholique que je suivais scrupuleusement : la visite des sept églises, le lavement des pieds, les rogations, mais le chapeau de paille me tenait particulièrement à cœur. Le jambon à l’ananas de ma mère et les œufs de Pâques Laura Secord complétaient le tableau.

 

Le temps a passé. Le jambon a cédé sa place au gigot d’agneau. Les adultes ont organisé des courses au trésor pour les enfants (petits œufs miniatures en chocolat noir). La décoration des coquilles d’œufs cuits a occupé les loisirs familiaux.

 

Et maintenant que reste-t-il?

À Pâques, je ne gèle plus de la tête, je mange du poisson et des fromages à croûtes fleuries. Quant aux offices, je laisse la place aux ‘pratiquants’.

Seuls, les hortensias me rappellent les temps anciens.

Mon enfance en chansons

Elles venaient de partout.

 

De mon père, d‘abord. Assise sur ses genoux, j’apprenais (sans le savoir) La Bonne Chanson de l’Abbé Gadbois. Papa savait presque toutes les chansons, et moi aussi, ai-je constaté à la vue des textes du vieil album que j’ai conservé. Soixante-dix ans plus tard, avant d’ouvrir le cahier, deux chansons me sont spontanément revenues en mémoire « C’EST L’AVIRON qui nous mène en haut », « SUR LA ROUTE DE BERTHIER » où le cantonnier « cassait des tas d’cailloux pour mettre sous le passage des roues ». Curieux phénomène que cette mémoire d’enfance.

 

Je peux aussi chanter l’Adeste Fideles. J’ai appris cet air en latin en participant à la chorale de mon pensionnat. Nous préparions la Messe de minuit. J‘étais très jeune (sept ans), mais très enthousiaste à l’idée d’impressionner les parents réunis dans la petite chapelle des religieuses; elles l’ouvraient au public pour cette grande occasion. Ce fut, je crois, une des rares messes de minuit de mon enfance. Les années suivantes, l’expérience de la chorale terminée pour moi, mes parents me réveillaient vers 2 heures pour ouvrir quelques cadeaux et savourer le pâté d’huîtres préparé par ma grand-mère.

 

Cette chère aïeule (Granny) a fait de moi une personne non seulement bilingue, mais biculturelle. « Old Mother Hubbard, she went to the cupboard to fetch her poor doogy a bone… » Elle me chantait souvent l’un ou l’autre des nursery rhymes, j’en redemandais. Ces comptines en anglais de mes jeunes années sont encore bien vivantes; mon inconscient me les restitue au besoin.

 

Trois sources de plaisir, trois sources de chansons…

 

 

L’apprentissage du piano

J’ai commencé cet apprentissage très tôt dans mon parcours scolaire.

 

Ayant échoué, selon ma mère, aux leçons de danse d’une école très connue, je me tournai vers ma deuxième passion, la musique. Les religieuses de mon humble couvent offraient des cours de solfège et de piano. Soeur Madeleine devint ma professeure. Elle était très grande, j’étais très impressionnée.

 

J’ai débuté sur une table, avec une petite balle de caoutchouc dans la paume; « levez chaque doigt, à tour de rôle, le plus haut possible tout en maintenant le bout courbé (comme un crochet). » C’était la méthode en vigueur à l’époque.

 

Dans mon pensionnat, cinq petites pièces, uniquement garnies d’un piano droit, étaient à notre disposition pour les exercices, entre les classes. En fin d’après-midi, je faisais des gammes, des arpèges et de l’incontournable Czerny. Rien ne me rebutait.

 

Il fallut un jour augmenter la cadence. Une pratique sur l’heure du midi me fut prescrite.

Je pris mon repas au réfectoire avec les pensionnaires. J’eus le déplaisir de participer à leurs agapes; je trouvais le menu meilleur à la maison. Mais avec cet allongement des heures consacrées à la musique, de nouvelles pièces m’étaient proposée; plus mélodieuses, elles me charmaient davantage…

En contrepartie, je devais maintenant participer aux concerts. Je me préparais assidûment… Les grandes personnes ajustaient, pour les petites, le banc du piano à queue. La salle était toujours comble; parents et amis se donnaient le mot.

 

Tout alla bien, même les concerts, jusqu’au jour où j’eus un trou de mémoire pendant ma prestation.

 

Ai-je réussi à terminer ma pièce ? Sans partition! Je ne souviens pas, mais je me souviens du sentiment d’humiliation qui s’en suivit. Je ne voulais plus monter sur scène, le stress était trop intense! Mon père intervint.

 

«  Je vais continuer de payer à condition que vous permettiez à ma fille de ne plus se produire en concert ».

 

Je ne sais pour quelles raisons, mais le contrat fut accepté par mes professeurs.

 

Ce fut la fin de ma carrière de concertiste.

 

Malgré tout, j’eus moins de peine que la mise au rancart de ma carrière de danseuse.

 

 

 

 

Encore ma grand-mère

À partir de mes trois printemps, j’ai partagé ma chambre avec ma grand-mère. Après le repas de midi, la maison se taisait, Granny faisait la sieste. Je ne me suis jamais plainte : elle me choyait beaucoup. Elle utilisait les retailles de tissu et de fourrure de mes manteaux pour coudre, à la main, des répliques pour mes poupées. J’étais aux anges!

Elle a fait plus: broder et tricoter lui plaisaient, même si les travaux étaient imposés par mon école. Elle a toujours eu de très bonnes note; je n’ai pas appris.

À l’âge adulte, mes efforts pour utiliser une machine à coudre se sont soldés par un échec. J’en ai conclu que je n’avais pas beaucoup d’habiletés manuelles, talent que j’ai laissé à d’autres, surtout à ma soeur qui a des doigts de fée.

Au début de l’adolescence, j’ai, sous la direction de grand-maman, réalisé plusieurs « scrapbooks » de la famille royale d’Angleterre. Mon aïeule, née hors Québec, faisait preuve d’un grand intérêt pour la reine Mary, la Queen Mom et Elizabeth, la Deuxième; mes découpures de journaux de l’époque en témoignent.

Je les consulte à l’occasion pour vérifier si les feuilletons télévisés (ex. The Crown) nous présentent une réalité historique.

Même en ces temps troubles, je conserve mon souci de «vérité »