Les réserves

Je ne suis pas anthropologue, mais je crois que les réserves (de denrées) existent depuis très longtemps…

 

Plus près de nous, nos ancêtres amérindiens accumulaient leurs réserves de nourriture dans des barils d’écorce. Plus tard, les fermiers québécois y ont eu recours pour remiser le foin de leurs bêtes et aussi les légumes racines pour la consommation hivernale de leur famille. La vie citadine a changé la tradition, nous sommes maintenant à l’ère des aliments en conserve.

Mes parents habitaient un petit logement avec un hangar adjacent (une shed, comme on disait à l’époque). Mes quatre ans s’intéressaient peu au contenu de la « shed », sinon au récipient en grès pour la cuisson des excellentes fèves au lard de ma mère. Les étagères de cet habitacle (la «shed ») servaient sans doute aux réserves familiales : marinades, confitures et autres délices. Pendant la Grande Guerre (la 2e), mes parents ont caché des conserves de viande sous leur lit. Leur ami Gaétan travaillait chez Canada Packers et leur fournissait ce ravitaillement. J’ai vu les boîtes métalliques ainsi dissimulées.

Plus tard, nous avons habité un appartement avec un garde-manger et, plus important, un solarium non chauffé. L’hiver, ce dernier  servait de réceptacle à nos trésors alimentaires. Délicieuses réserves!

Mariée, j’ai vécu dans une maison dont le garage, très grand, était muni de larges tablettes et contenait un deuxième réfrigérateur. Le « maître » avait décrété : « il ne faut manquer de rien ». J’ai donc constitué des réserves.

L’habitude était prise…

 

Aujourd’hui, j’habite un appartement avec une petite cuisine. J’ai converti mon unique placard de rangement en salle de lavage. Mes seules réserves sont le thé et les confitures, pas d’espace pour le reste!

Malgré  tout, j’ai encore le goût des réserves et j’aimerais en faire davantage…

 

La nostalgie des réserves existe-t-elle chez les personnes qui logent dans les mini-maisons ou les petits condos urbains?

 

 

 

 

 

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Les fruits de mon enfance

Non, ce ne sont pas « les raisins de la colère ».

J’ai toujours vécu la saison estivale près d’un plan d’eau : lac ou rivière. Rien de très original, c’était la mode de l’époque. Nous déménagions dans un chalet, notre frigo compris. Je me baignais, bien sûr, mais surtout, je mangeais des fruits pour lesquels j’avais un amour immodéré.

Ces souvenirs me sont récemment revenus en mangeant de grosses cerises noires bien joufflues.

Dans la campagne de mon enfance, il y avait trois camions : le livreur de lait et de crème glacée, le boulanger pour le pain et les tartes, et le marchand de fruits et légumes.

Mon séjour estival était réglé par la saison des fruits. Il commençait avec les « cerises de France » pour se poursuivre avec les fraises, les framboises et les bleuets. Les pêches, les prunes et les pommes venaient plus tard.

Je me précipitais vers l’arrière du camion pour indiquer à ma mère mes choix de  la semaine. Deux ou trois sélections sustenteraient ma gourmandise. Quel régal!

Ce goût des fruits, que la générosité de mes parents a entretenu (il n’y avait pas de limite) ne s’est jamais éteint.

Il est toujours là, 60 ans plus tard.

la jungle amazonienne

Camper dans la jungle pendant dix jours. Tout un défi!

 

L’expédition d’ornithologie à laquelle je participe connaît des problèmes. Le bateau à fond plat s’est ensablé. Le capitaine nous explique : le niveau de l’eau est trop bas, les méandres à contourner, trop nombreux. Il reste le camping comme solution ultime…

Les aventuriers que nous sommes acceptent la proposition. L’excitation est à son comble… « Préparez vos bagages. Emportez une brosse à dents, un savon, une tenue de rechange, vos chapeaux et lunettes pour le soleil et surtout votre imperméable, mon assistant vous distribuera votre canette ».

La ‘canette’  en question se résume à un contenant en aluminium soigneusement évidé (bière? liqueur douce?). Incrédules, nous la retournons sous tous ses angles. Nous ne savons pas encore que nous y boirons de l’eau, du café et un mousseux tiède au moment de franchir l’équateur.

« Et tout le reste ? Nécessaire à barbe, produits de maquillage, shampoing, pyjamas, autres vêtements, etc.? »

« Pas question » tranche le guide en chef.

Il fera partie de l’expédition avec un confrère, des bâches, de l’eau, de l’essence et de la nourriture, le tout réparti dans deux canots moteurs de grandeur moyenne. Huit participants par embarcation.

Première nuit, une multitude de petites lumières rouges nous accueillent sur la plage : nous sommes intrigués. Le guide nous explique que ce sont les yeux de minuscules alligators. Rassurant! Ils décampent à notre arrivée. Des bâches sont déployées sur le sol.

« Voilà vos lits, il est trop tard pour monter un campement ».

Malgré l’inquiétude et le manque de confort, la fatigue l’emporte et nous dormons. Les nuits suivantes, nous ferons connaissance avec le ‘campement’. Nous essayerons de trouver le sommeil, allongés tête-bêche dans des hamacs. Ces derniers sont attachés à une structure composée de jeunes arbres coupés par nos guides; une toile, jetée sur le dessus de la « maison », sert de toit. L’assistant doit entretenir un petit feu toute la nuit pour éloigner les serpents.

Nous avons peu de vêtements, il faut donc nous laver quotidiennement dans le Rio Negro.

« Les piranhas sont peureux », nous explique le chef de l’expédition. « Si vous bougez, ils se tiendront à distance. »

Rassurés, nous nous trempons, nus bien entendu, pour effacer la sueur du jour.

Au moment du premier repas, les guides nous distribuent un bol et une paire d’ustensiles. Nous avons déjà notre ‘canette’. Les gastronomes se résignent, la nourriture sera simple pendant le trajet : du riz ou des pâtes ou des fèves, agrémentés à l’occasion  de piranhas (cuits bien entendu) ou de canard sauvage (pas suffisamment cuit), compliments de nos  cuisiniers. Le café, de l’eau bouillante versée sur les grains tassés au fond d’un bas de laine, est délicieux.

Nous sommes équipés pour manger, dormir et nous laver, quant aux besoins naturels, il y a des arbustes et du feuillage. « Débrouillez-vous », dit notre guide.

Nous ne verrons jamais les lointains Yanomamis (peuplade primitive) au grand désespoir des anthropologues amateurs parmi nous. Sur le chemin du retour, nous avons manqué d’essence et nous avons dû ramer pour rejoindre notre point d’attache. Il  était temps d’y arriver, car nous avons également manqué de nourriture.

Vous aurez compris, il s’agissait de camping «sauvage ».

Souvenirs 2

Les souvenirs de la grande caisse étaient relativement récents, faciles à regrouper.

 

Je viens de découvrir deux boîtes de carton, pleines à craquer de cartes de souhaits, de lettres et de cartes postales. Ces messages sont vieux. Ils datent parfois de 50 ans et sont adressés à Mademoiselle, titre que j’ai porté longtemps.

J’ouvre les lettres avec fébrilité. Qui m’a écrit? Un Claude ? Lequel? Un Jacques? J’en ai connu plus d’un… Je joue donc au détective. Je cherche les dates, je recoupe les lieux, je compare les signatures, je titille ma mémoire. Malgré tous mes efforts, il reste quelques mystères…

Je contemple ces signes d’une autre époque où la carte postale maintenait le lien pendant les absences. À l’évidence, mes ami(e) s ont beaucoup voyagé.

Moi aussi semble-t-il, et souvent seule, belle occasion de rencontres de tous genres. J’ai tissé beaucoup de liens d’amitié, si j’en juge par la volumineuse correspondance que je découvre : des lettres,  des lettres et encore des lettres.

Ces lettres témoignent de multiples moments agréables, mais aussi de jours tristes, de cœurs brisés, tantôt le mien, tantôt celui d’un autre… Néanmoins, ces cartons m’attirent comme un aimant. J’ai hâte de terminer mes fouilles.

Quand j’aurai fini de les classer, je pourrai parcourir tranquillement ces traces de mon passé. Je vais tout lire.

 

Quelques semaines plus tard.

Ces lectures m’ont renvoyé une image de celle que j’étais pendant la vingtaine : estime de soi limitée, humeur variable, mystérieuse, « travaillante », etc. Certaines lettres que j’ai écrites m’ont été retournées lors d’une rupture. Elles témoignent d’une excellente maîtrise de l’anglais et pour cause, à cette époque, mon employeur était anglophone.

Parmi les lettres qui m’étaient adressées, j’ai conservé les plus significatives, me délestant des autres avec un pincement de cœur.

 

 

Souvenirs I

Est-ce la peine d’y mettre de l’ordre?

 

J’ai récemment ouvert une grande boîte de rangement. J’y cherchais des photos. Or, elle contenait, pêle-mêle, des remerciements pour visites mortuaires et présence à des mariages, des billets de théâtre, de concerts, de spectacles, des cartes postales, des listes d’invités, etc.

J’ai eu le réflexe de classer ces artéfacts dans de grandes enveloppes. Est-ce utile? Pour qui? Mes héritiers seront-ils intéressés?

Le plaisir est donc pour moi. Redécouvrir toutes les attentions dont j’ai été l’objet. Comme disent les anglophones :

« I must have done something right… »

C’est touchant de voyager ainsi à travers les époques, au gré de mes amitiés et de mes amours : des fleurs et des lumières sur mon chemin…

Les  souhaits d’anniversaire de mes ami(e) s m’émeuvent plus que les objets personnels comme mes bulletins de l’école primaire, mes carnets de chants des camps d’été. Le contenu de cette caisse déclenche, dans ma tête, une grande valse de souvenirs.

J’interromps souvent mes fouilles : l’émotion est trop vive. Événements oubliés, maintenant ressurgis ; les cartes toutes naïves de mes jeunes fils, les textes de mes amis disparus et ceux d’autres personnes qui ont pris le large…

D’un trésor à l’autre…  la boîte me semble sans fond. Il m’en reste encore à découvrir même après quatre visites archéologiques sur ce site!

Je suis privilégiée d’avoir appartenue à la civilisation de l’écrit, sinon ma boîte contiendrait surtout des copies de billets électroniques et des courriels.

La tradition pascale

Je me souviens avant tout du nouveau chapeau de paille que les femmes de ma famille étrennaient à Pâques. Une amie m’explique qu’à cette occasion, dans son milieu, les chapeaux devaient être garnis de fleurs. C’était dans les années 50.

Bien sûr, il y avait la liturgie catholique que je suivais scrupuleusement : la visite des sept églises, le lavement des pieds, les rogations, mais le chapeau de paille me tenait particulièrement à cœur. Le jambon à l’ananas de ma mère et les œufs de Pâques Laura Secord complétaient le tableau.

 

Le temps a passé. Le jambon a cédé sa place au gigot d’agneau. Les adultes ont organisé des courses au trésor pour les enfants (petits œufs miniatures en chocolat noir). La décoration des coquilles d’œufs cuits a occupé les loisirs familiaux.

 

Et maintenant que reste-t-il?

À Pâques, je ne gèle plus de la tête, je mange du poisson et des fromages à croûtes fleuries. Quant aux offices, je laisse la place aux ‘pratiquants’.

Seuls, les hortensias me rappellent les temps anciens.

Mon enfance en chansons

Elles venaient de partout.

 

De mon père, d‘abord. Assise sur ses genoux, j’apprenais (sans le savoir) La Bonne Chanson de l’Abbé Gadbois. Papa savait presque toutes les chansons, et moi aussi, ai-je constaté à la vue des textes du vieil album que j’ai conservé. Soixante-dix ans plus tard, avant d’ouvrir le cahier, deux chansons me sont spontanément revenues en mémoire « C’EST L’AVIRON qui nous mène en haut », « SUR LA ROUTE DE BERTHIER » où le cantonnier « cassait des tas d’cailloux pour mettre sous le passage des roues ». Curieux phénomène que cette mémoire d’enfance.

 

Je peux aussi chanter l’Adeste Fideles. J’ai appris cet air en latin en participant à la chorale de mon pensionnat. Nous préparions la Messe de minuit. J‘étais très jeune (sept ans), mais très enthousiaste à l’idée d’impressionner les parents réunis dans la petite chapelle des religieuses; elles l’ouvraient au public pour cette grande occasion. Ce fut, je crois, une des rares messes de minuit de mon enfance. Les années suivantes, l’expérience de la chorale terminée pour moi, mes parents me réveillaient vers 2 heures pour ouvrir quelques cadeaux et savourer le pâté d’huîtres préparé par ma grand-mère.

 

Cette chère aïeule (Granny) a fait de moi une personne non seulement bilingue, mais biculturelle. « Old Mother Hubbard, she went to the cupboard to fetch her poor doogy a bone… » Elle me chantait souvent l’un ou l’autre des nursery rhymes, j’en redemandais. Ces comptines en anglais de mes jeunes années sont encore bien vivantes; mon inconscient me les restitue au besoin.

 

Trois sources de plaisir, trois sources de chansons…