Discrimination

J’ai connu la discrimination dans ma cour d’école.

À sept ans, j’étais « externe » dans un pensionnat pour filles. C’était un établissement privé, mais à l’époque je ne comprenais pas la signification du terme, sinon que je portais un uniforme, alors que les écoliers (garçons et filles) de l’école d’en face n’en portaient pas.

La cour d’école était vaste à mes jeunes yeux. Il y avait un carré de verdure qui attirait l‘attention; ces légumes étaient réservés à l’usage des religieuses. Les « grandes » avaient le privilège d’utiliser les balançoires de bois et les lourds équipements de bascule, mais la supérieure avait décrété que c’était trop dangereux pour les « petites ».

Que dire du bel espace de la future patinoire! Et de la haute structure qui attendait les traîneaux de l’époque! Mais ces merveilles étaient réservées aux « pensionnaires », ainsi que le court de tennis, si invitant à la belle saison.

Les « jeunes externes » étaient limitées aux jeux de billes ou de corde à danser. J’avais constitué une collection multicolore de billes, de grosseur variée. Je les gardais précieusement dans un sac de toile, c’était mon trésor. Nous procédions à des échanges ou nous jouions à quelque chose qui était sans doute l’ancêtre de la pétanque.

Sur une période de six ans, je suis devenue une experte de la corde à danser. Manipulé par deux écolières, le cordon de plastique tournait, par-devant et par-derrière, très haut ou très bas. Il soulevait beaucoup de poussière, mais je m’amusais sur la terre battue et je brossais mon uniforme noir avant le début du cours suivant.

Les limites et les restrictions étaient discriminatoires, mais, étant naïve, je ne me suis pas plainte et je me suis adaptée…

Encore ma grand-mère

À partir de mes trois printemps, j’ai partagé ma chambre avec ma grand-mère. Après le repas de midi, la maison se taisait, Granny faisait la sieste. Je ne me suis jamais plainte : elle me choyait beaucoup. Elle utilisait les retailles de tissu et de fourrure de mes manteaux pour coudre, à la main, des répliques pour mes poupées. J’étais aux anges!

Elle a fait plus: broder et tricoter lui plaisaient, même si les travaux étaient imposés par mon école. Elle a toujours eu de très bonnes note; je n’ai pas appris.

À l’âge adulte, mes efforts pour utiliser une machine à coudre se sont soldés par un échec. J’en ai conclu que je n’avais pas beaucoup d’habiletés manuelles, talent que j’ai laissé à d’autres, surtout à ma soeur qui a des doigts de fée.

Au début de l’adolescence, j’ai, sous la direction de grand-maman, réalisé plusieurs « scrapbooks » de la famille royale d’Angleterre. Mon aïeule, née hors Québec, faisait preuve d’un grand intérêt pour la reine Mary, la Queen Mom et Elizabeth, la Deuxième; mes découpures de journaux de l’époque en témoignent.

Je les consulte à l’occasion pour vérifier si les feuilletons télévisés (ex. The Crown) nous présentent une réalité historique.

Même en ces temps troubles, je conserve mon souci de «vérité »