les saisons

Les saisons.

Dans les arbres, les bourgeons sont décontenancés, moi aussi. Mi-avril et il neige à plein ciel. Je voudrais être un garçon, me vêtir serait plus simple.

Je suis d’une génération qui tend à disparaître : une tenue pour chaque occasion. La pandémie me laisse avec deux manteaux de fourrure; j’ai aussi un manteau en polyester pour la saison froide. Pour la mi-saison, j’ai deux manteaux, un court et un, pleine longueur. Comme disait ce journaliste récemment : je suis bien nantie.

J’ai en plus, des bottes, des chapeaux et des gants, une paire de souliers de marche pour le printemps ou l’automne et deux cannes. Quel fatras!

Je jongle avec tous ces items pour être confortable à l’extérieur, décidément,
je préfèrerais être un garçon.

une cuisine incomplète

Une cuisine incomplète…

Je suis à nettoyer ma louche et je me rappelle les habitudes de ma grand-mère maternelle.
Nous n’étions pas pauvres, nous aurions pu nous offrir une louche. Mais non, j’ai passé mon enfance et ma jeunesse sans elle.

Cette grand-mère anglophone habitait avec nous depuis mes trois ans. Elle savait manier une tasse.
Elle s’en servait pour verser la soupe et aussi la sauce (qu’elle appelait ‘’gravy’’). Elle ne connaissait pas la louche, ma famille non plus; nous n’en avons pas achetée. Je ne me posais pas de questions…

Lorsque mon aïeule nous a quittés, j’étais plus âgée : j’ai visité d’autres cuisines et j’ai découvert la louche. Je me suis empressée d’en acheter une.

Les chiens et l’Halloween

Il pleuvait, personne n’a osé sortir.

Sur ma rue, il y a plus de chiens que d’enfants. Les quadrupèdes sont très nombreux : de toutes les tailles, de toutes les races. Pourtant, ils furent invisibles le soir de l’Halloween; leurs propriétaires ont-ils craint les torrents d’eau?

Les chiens sont restés à la maison, réduits à regarder ces trombes de pluie venues du ciel.

Pourtant, ils portent un manteau. Auraient-ils refusé de marcher si on leur avait enjoint de le faire?

Mais non, les chiens n’ont pas fêté l’Halloween, c’était partie remise avait décrété la Mairesse. Les chiens n’ont que faire des diktats des édiles municipaux, ils veulent leur rue.

Les ventouses

Dans ma jeunesse, j’ai connu ce qu’on considère aujourd’hui « d’anciens remèdes »  pour la toux et la grippe : les cataplasmes, le menthol dans le nez ou sur la poitrine, les « ponces », etc. , mais les ventouses m’ont particulièrement impressionnée.

Il faisait noir dans le salon-double occupé pas mes parents. Mon père était étendu sur le lit conjugal. Je voyais sa poitrine dénudée. Ma mère chauffait à la flamme des verres à boire qu’elle appliquait sur le torse de mon héros : des ronds rouges apparaissaient lorsqu’elle retirait les ventouses. Je le croyais brûlé! Spectacle pénible pour une fillette de mon âge. J’étais médusée par le courage de mon père.

 

Ma belle-fille qui étudie l’acuponcture me parle de son dernier cours sur les ventouses. Surprise de ma part!

« Ce remède existe encore? »

« Sous trois modalités » me répond-elle. Elle me décrit des techniques plus modernes.

« Les ventouses de feu sont les plus hygiéniques, poursuit-elle, on peut laver les verres avant chaque utilisation et se défaire des bactéries. »

Elle m’énumère ensuite toutes les techniques utilisées par les acuponcteurs…

Je n’avais connu que les aiguilles!

La question brûlante demeure : où ma mère avait-elle appris l’art des ventouses de feu?

 

 

 

 

Discrimination

J’ai connu la discrimination dans ma cour d’école.

À sept ans, j’étais « externe » dans un pensionnat pour filles. C’était un établissement privé, mais à l’époque je ne comprenais pas la signification du terme, sinon que je portais un uniforme, alors que les écoliers (garçons et filles) de l’école d’en face n’en portaient pas.

La cour d’école était vaste à mes jeunes yeux. Il y avait un carré de verdure qui attirait l‘attention; ces légumes étaient réservés à l’usage des religieuses. Les « grandes » avaient le privilège d’utiliser les balançoires de bois et les lourds équipements de bascule, mais la supérieure avait décrété que c’était trop dangereux pour les « petites ».

Que dire du bel espace de la future patinoire! Et de la haute structure qui attendait les traîneaux de l’époque! Mais ces merveilles étaient réservées aux « pensionnaires », ainsi que le court de tennis, si invitant à la belle saison.

Les « jeunes externes » étaient limitées aux jeux de billes ou de corde à danser. J’avais constitué une collection multicolore de billes, de grosseur variée. Je les gardais précieusement dans un sac de toile, c’était mon trésor. Nous procédions à des échanges ou nous jouions à quelque chose qui était sans doute l’ancêtre de la pétanque.

Sur une période de six ans, je suis devenue une experte de la corde à danser. Manipulé par deux écolières, le cordon de plastique tournait, par-devant et par-derrière, très haut ou très bas. Il soulevait beaucoup de poussière, mais je m’amusais sur la terre battue et je brossais mon uniforme noir avant le début du cours suivant.

Les limites et les restrictions étaient discriminatoires, mais, étant naïve, je ne me suis pas plainte et je me suis adaptée…

Encore ma grand-mère

À partir de mes trois printemps, j’ai partagé ma chambre avec ma grand-mère. Après le repas de midi, la maison se taisait, Granny faisait la sieste. Je ne me suis jamais plainte : elle me choyait beaucoup. Elle utilisait les retailles de tissu et de fourrure de mes manteaux pour coudre, à la main, des répliques pour mes poupées. J’étais aux anges!

Elle a fait plus: broder et tricoter lui plaisaient, même si les travaux étaient imposés par mon école. Elle a toujours eu de très bonnes note; je n’ai pas appris.

À l’âge adulte, mes efforts pour utiliser une machine à coudre se sont soldés par un échec. J’en ai conclu que je n’avais pas beaucoup d’habiletés manuelles, talent que j’ai laissé à d’autres, surtout à ma soeur qui a des doigts de fée.

Au début de l’adolescence, j’ai, sous la direction de grand-maman, réalisé plusieurs « scrapbooks » de la famille royale d’Angleterre. Mon aïeule, née hors Québec, faisait preuve d’un grand intérêt pour la reine Mary, la Queen Mom et Elizabeth, la Deuxième; mes découpures de journaux de l’époque en témoignent.

Je les consulte à l’occasion pour vérifier si les feuilletons télévisés (ex. The Crown) nous présentent une réalité historique.

Même en ces temps troubles, je conserve mon souci de «vérité »