La météo

Dans son premier spectacle d’humour, la franco-ontarienne Katherine Levac, partage avec le public sa « vie plate ». Aujourd’hui, c’est à mon tour d’avoir une « vie plate ».

Ayant entendu mes amis raconter leurs malheurs sur glace, ayant aussi entendu les divers météorologues multiplier les prévisions de neige et de verglas, j’ai eu peur. J’habite dans un environnement bien garni en routes pentues. J’ai donc laissé la glace et le verglas retenir toute mon attention et régler mon horaire.

Recluse dans mon appartement, je suis restée (en apparence) insensible aux sollicitations extérieures : rencontres, déplacements, courses ou cinéma. Je me retrouve seule avec moi-même et beaucoup de temps à meubler.

Je « tiens maison », il m’arrive de peindre ou d’écrire. Toutes les tâches inscrites sur ma liste sont terminées. Comme le dit la chanson « que vais-je faire de tout ce temps qui m’indiffère. » Je suis une personne active, hyperactive selon certains de mes proches, mes passe-temps habituels ne font plus passer le temps.

Je contemple la grisaille externe et, fait rare, la grisaille se trouve aussi à l’intérieur. Les mauvais souvenirs et les pensées tristes remontent à la surface. Qu’est devenu mon humour?

Il ne faudrait pas que la glace et le verglas s’éternisent…

Mes chapeaux d’hiver

Ils sont petits, ronds; l’un, en feutre rouge framboise, l’autre, en fourrure, fait de minuscules queues de vison noir. Je les porte en travers plutôt que sur le dessus de ma tête. Ils m’ont valu beaucoup de réconfort récemment.

Le noir, porté avec un long manteau également noir, d’allure vaguement cosaque, m’a valu des compliments dans l’autobus, et qui plus est, de la part de femmes!

« Quelle belle élégance » me dit l’une d’elle.

« C’est vrai » de renchérir une autre, plus jeune.

Vous imaginez ma surprise. De tels compliments à mon âge!

Mon couvre-chef rouge m’en a valu d’autres. À commencer par un rabais de la part de celui qui va réparer ma vieille couverture de laine.

Puis, plus tard, j’ai été abasourdie de recevoir un cadeau de Noël le 25 novembre. Voici comment.

J’essayais de faire remplir ma carte OPUS par un vendeur, mais je manquais d’argent comptant. J’avais, sans réfléchir, acheté des cadeaux pour les fêtes. Je n’avais plus 16.50$ en poche. Un inconnu, dans la trentaine avancée, m’offrit de payer le cinq dollars de différence. « It’s Christmas ». Je le regardai, muette, incrédule…

Je l’ai remercié, profusément, vous vous en doutez, et par la suite, je lui ai demandé « What do you do for a living? » Ses jeans déchirés et son allure sportive m’intriguaient.

« I’m a professional snow boarder ». Et la conversation de se poursuivre sur les plaisirs du ski alpin. J’ai avoué « I stopped skiing at 71 years »

« You don’t look a day older ».

Musique à mes oreilles!

« Mesdames, portez vos chapeaux en travers… »

La confiance règne

Il fait -5C. Il neige depuis des heures sur la grande ville.

 

En conduisant ma voiture, j’ai constaté que la confiance est plus répandue que je ne le croyais. Certes, selon mon fils, je suis une tortue au volant, mais dans la tempête hivernale, je trouve légitime d’avancer lentement.

 

Malgré la neige et le fort vent, certains automobilistes roulent très vite (70 km/h) dans la métropole. Après réflexion, je crois qu’ils souffrent d’un excès d’optimisme. Ils ont confiance en leurs réflexes, en leur merveilleuse voiture, en leurs pneus performants et en la capacité des autres de s’arrêter sans problème sur la glace. Ils croient sans doute qu’eux-mêmes ne glisseront jamais, ne seront jamais incapables d’avancer dans une côte abrupte et qu’eux-mêmes freineront toujours parfaitement. Forts de ces certitudes, ils continuent donc, malgré les avis répétés de la météo, de filer à grande allure… et de me dépasser.

 

Quelques piétons partagent cette confiance en leurs ressources. Il fait froid : gorge découverte, souliers de toile, veste ouvrant sur un t-shirt estival, ils croient leur chauffage personnel à toute épreuve. Quant à leur système immunitaire, ils n’y pensent même pas.

 

Comble de la confiance en l’avenir, j’ai vu une piétonne se promener, dans ces conditions, avec son parapluie, ouvert bien entendu!

À mon tour

Omigod!

C’est à mon tour de m’énerver sur le français que les instances politiques et autres veulent périodiquement préserver.

La simple citoyenne que je suis s’étonne : quelle langue française? Autrefois, je souriais quand j’entendais les Français parler de leur pressing et de leur parking. Maintenant je ne souris plus depuis que je vois, que j’entends, ici même dans MA
ville :

J’ai pas pu breaker…

• Portez des strings et vous serez glam, éviter le bling-bling, mais, restez tendance.

• Nous avons vécu un vendredi fou exceptionnelle, ce qui nous permettra de bien wrapper la fin de l’histoire.

• J’ai failli être turned off mais je me suis dit que c’était probablement à cause d’un back order… je vais prendre un break.

• Allez voir la piscine, à rouvert.

• Cet artiste est sensationnel, je l’aurais booké de toute façon.

J’ai fabriqué les phrases, mais les anglicismes, les fautes d’utilisation et d’orthographe ont été prononcés ou écrits par des personnes scolarisées.

Perles glanées sur une période de quinze jours.

Si c’était du joual au moins!

post inondation

À ma campagne
Un été pas comme les autres

Le niveau de l’eau, ici comme ailleurs, est resté anormalement élevé sur les berges, pendant de longues semaines. Deux mois et demi après la grande crue, les goélands, nombreux et jacasseurs, ont retrouvé leurs roches favorites, maintenant sorties de l’eau. Par centaines, ils ont repris leurs rivalités pour une meilleure place, leurs ballets aquatiques et leur salut rituel au soleil couchant.

Tardivement aussi, la famille des canards nous a fait l’honneur de quelques visites, en route vers les grèves à nouveau découvertes. À leurs yeux, ces terres, souvent marécageuses, regorgent de friandises. La mère naviguait en tête et les petits la suivaient hardiment.

Seul le héron manque à l’appel, il n’a pas retrouvé sa place, toujours submergée.

Certains de mes voisins se sont affairés pendant l’inondation, d’autres, dans les jours subséquents. Moi, c’est beaucoup plus tard.

« Moi, je ne ferais jamais cela! »

« Ce n’est pas à toi de faire cela! »

Malgré ces avis, après hésitation et évaluation, je me suis mise à l’œuvre et, accroupie, agenouillée, assise ou allongée, je nettoie le sol entre les pilotis, sous mon chalet. Grâce à mes petites mains, les coquilles de moules, les branches de toutes tailles et les feuilles mortes s’entassent dans de multiples seaux ou cartons.

Malgré l’espace limité (surtout en hauteur) et l’inconfort, je me suis prise au jeu et je trouve ce travail, que j’étais prête à déléguer, très satisfaisant. J’aime organiser, classer, inventer des stratégies pour minimiser mes déplacements; mes genoux, mon dos, mes hanches et mes fesses me sont très reconnaissants. Lorsque le temps est pluvieux ou frais, je poursuis ce déménagement dans mon « sous-sol » aux murs de treillis.

J’ai découvert des objets laissés par des plombiers paresseux : un chauffe-eau rouillé, des sanitaires, des bouts de tuyaux en cuivre ou en caoutchouc. Pour sortir tous ces « joyaux », j’ai appelé à l’aide, mais pour le reste, je me débrouille très bien.

Finalement, je peux rassurer mes amis:

« Tout est sous contrôle, je n’ai plus besoin d’aide ».

De la testostérone

Il y en a partout, du moins, j’en vois maintenant partout, depuis que j’ai constaté les effets de sa disparition chez mes amis qui subissent des traitements hormonaux. Cette médication bloque la testostérone et affecte, entre autres, le désir et la force mâle. Mes observations, d’une certaine semaine, m’ont amené à remarquer l’une et l’autre.

Mon livre du moment, écrit par William Boyd , débute par une description de la vie d’adolescents dans un collège anglais au cours des années 1920. L’atmosphère étouffe le désir. Pour survivre à l’ennui un petit groupe d’amis se lancent des défis substantiels : avant la fin du trimestre l’un doit séduire la fille du fermier, l’autre, passer du judaïsme au catholicisme, enfin le dernier, réaliser un exploit au rugby (alors qu’il n’est même pas sportif). Après maints efforts et halètements, les compères réussissent. La testostérone naissante s’excite et s’exhibe.

J’ai vu la testostérone à l’œuvre sur mon lac. Deux jeunes hommes sont parvenus à naviguer sur leur moto marine, à la verticale, c. à d. le nez de leur engin en l’air. Leurs nombreux retours et reprises témoignaient de leur fierté. Leurs exploits m’ont rappelé que mon voisin en faisait autant sur son voilier Hobby Cat: une seule coque dans l’eau, tout le reste à la verticale! Beaux exemples de déploiement viril!

Quelques jours plus tard, plus près de moi, six hommes s’affairent à installer un interminable quai métallique. L’eau glacée monte progressivement jusqu’à leur cou. Leurs rires, leurs propos bruyants et leurs taquineries, malgré leur corps plongé dans l’eau très froide, laissent croire à un excès de testostérone. C’est une activité de « gars ».

Il y en a sans aucun doute beaucoup d’autres exemples de « gars » à l’oeuvre, mais ils ne se sont pas produits sous mon nez cette semaine-là.

un nouveau champ de course

Les caravanes de sel du Sahara sont assez connues, mais les courses de dromadaires le sont moins; ces dernières font partie de la tradition des peuples des régions désertiques.

Pour le transport, les camions ont pris la relève, pour les courses, ce sont les chevaux, pour le plus grand bonheur des Occidentaux.

Quand j’étais petite, mon père et ses amis fréquentaient l’Hippodrome de Blue Bonnets. À voir l’effort des chevaux, on aurait cru qu’ils comprenaient le sens du dépassement.

À Montréal, ce temps est révolu, mais les automobilistes ont pris le relais. Ils sillonnent la ville à toute vitesse, se dépassant à qui mieux mieux. Ils font fi des feux de circulation (les rouges!) et profitent des intersections pour dépasser sur la droite les conducteurs
qui attendent sagement leur tour. Ils ne sont qu’une minorité à concourir, comme autrefois les chevaux et les dromadaires.

Bien sûr, il y a maintenant la formule 1 qui fait rêver les amateurs de courses, mais ce parcours n’est pas quotidien…celui des compétitions d’auto électriques n’ont plus.