La pandémie et moi

La pandémie et moi

Sur la pandémie tout a été dit : les artistes, les entrepreneurs, les athlètes et d’autres se sont exprimés.

De ma fenêtre, je ne vois personne, la rue est calme.

Dans mon édifice, je ne vois personne, tout est calme.

Dans mon appartement, je ne reçois personne, c’est calme.

Les livraisons se font à distance, ainsi que les rencontres avec mes fils.

Je n’ai rien à dire en ce temps de pandémie.

La dame et la canne

Ce texte a été écrit avant la pandémie.

La dame et la canne

Un jour, j’ai suivi une dame âgée qui se promenait avec une canne. Que d’égards à son endroit.

Chez le vétérinaire : « puis-je vous aider à sortir? »

Dans l’édifice qu’elle habite, jeune et vieux lui tiennent les portes.

Au grand marché de légumes, on l’interroge : « vous sentez-vous bien? ».

Sur la rue, les promeneurs de chiens se tassent et lui laissent le trottoir.

« Puis-je porter votre plateau? »

Quand elle perd l’équilibre sur sa rue, les passants se précipitent…

« Pouvez-vous descendre les marches de ciment seule? »

Cela me donne envie de vieillir et de me promener avec une canne

les saisons

Les saisons.

Dans les arbres, les bourgeons sont décontenancés, moi aussi. Mi-avril et il neige à plein ciel. Je voudrais être un garçon, me vêtir serait plus simple.

Je suis d’une génération qui tend à disparaître : une tenue pour chaque occasion. La pandémie me laisse avec deux manteaux de fourrure; j’ai aussi un manteau en polyester pour la saison froide. Pour la mi-saison, j’ai deux manteaux, un court et un, pleine longueur. Comme disait ce journaliste récemment : je suis bien nantie.

J’ai en plus, des bottes, des chapeaux et des gants, une paire de souliers de marche pour le printemps ou l’automne et deux cannes. Quel fatras!

Je jongle avec tous ces items pour être confortable à l’extérieur, décidément,
je préfèrerais être un garçon.

Le printemps

Hier, devant ma fenêtre : bourgeons dans les érables et vieille neige au sol. Je n’en crois pas mes yeux, nous sommes encore en mars!

Puis, le ciel nous tombe dessus : une neige fraîche et en grande quantité!
Les météorologues mentionnent avec désinvolture « quelques cinq centimètres », mais le commun des mortels considère qu’il s’agit d’une tempête de neige. Contraste inhabituel…

Si les citadins sont mécontents de voir leur pelouse recouverte de blanc, les riverains par ailleurs sont très heureux. À leur avis, une pluie substantielle aussi hâtive entraînerait une fonte prématurée des amoncellements neigeux et augmenterait éventuellement les risques d’inondations. Je suis de ce groupe qui surveille le niveau de l’eau dans le lac.

Aujourd’hui, les bourgeons se sont mis à « pause », comme le Québec au temps de la pandémie.

Attendre

Attendre
J’ai horreur d’attendre, malgré cela, en temps normal j’attends
mon tour à la pharmacie,
mon tour chez la physiothérapeute,
mon tour en ligne, dernier menu,
l’autobus promis,
l’Invité(e) en retard,
l’appel téléphonique,
le message électronique.
l’émission de « télé »,
la visite du réparateur.

J’attends aussi,
la fin d’un conflit,
la fin de l’hiver,
la fin de la maladie,
la fin du confinement.

L’attente me semble au cœur de nos vies…

les coopératives

Publicité de la Coop Fédérée québécoise : « on récolte ce qu’on aime ».

Mon chat a traduit : « on lèche ce qu’on aime ».

Il lèche le cou de sa mère nourricière, le cachemire et le beurre.

Fait-il la différence?

La Coop n’est pas parfaite, elle vend, entre autres, des pesticides.

Mon chat n’est pas parfait lui non plus, Il me réveille la nuit : il me cherche, me marche dessus et vient dormir à mes côtés.

« On récolte ce qu’on aime ».

J’aime mon chat malgré ses imperfections. Il me fait souvent penser au slogan de la Coop Fédérée.

 

 

Tenir

Atlas, personnage de la mythologie grecque, était condamné à porter la terre sur son dos pour l’éternité.

Pour ma part, je suis simplement condamnée à « tenir la maison » sur mon dos.

On me dit souvent que c’est un privilège à mon âge d’être en vie et de « tenir maison » (cette expression bizarre est utilisée en France comme au Québec).  Si je « tenais la maison » comme Atlas tient la terre je serai bien fatiguée.

Mon atlas cervical (première vertèbre) continue de porter ma tête et le reste de moi-même « tient maison ».

Je déteste les routines associées à « tenir maison ». Si la routine tuait vraiment, je serais morte…

Mon médecin me prédit une belle longévité, je suis donc condamnée à « tenir maison » pour encore quelque temps.