Parler

Parler à quelqu’un c’est aussi entendre une autre voix.

Le son de la voix me révèle les états d’âme de mes proches et de l’être chéri. Au fil des ans, j’en ai profité…

L’échange de paroles a cédé la place aux messages « texte » et au courrier électronique : on perd moins de temps, m’assure-t-on. Les personnes de ma génération préfèrent néanmoins le téléphone… et la voix de l’interlocuteur.

« La ligne » a remplacé la voix.  Elle permet

  • les réservations pour les billets de cinéma, de concerts et de musées,
  • les inscriptions aux conférences et aux programmes d’études,
  • l’achat de livres, d’outils, de vêtements, de meubles, d’assurances et autres commodités,
  • la participation aux nombreux concours.

Tout est offert en « ligne ». Seule, une invitation à ‘mourir en ligne’ manque à mes sollicitations…

D’après les boîtes vocales, le recours à la ligne doit m’économiser des minutes (!) et de l’argent.

 

L’autre jour, j’ai téléphoné (horreur!) à un établissement québécois et (miracle !) j’ai tout de suite parlé à quelqu’un, sans « menus » multiples préalables et sans aucune suggestion de consulter le site web. De plus, ce quelqu’un avait la compétence et l’autorité pour résoudre mon problème. Expérience rarissime. Je vous en souhaite autant…

Pour être de mon époque, je vais, comme on me le demande, « texter » et essayer, à l‘occasion, d’acheter en ligne.

Une Gaspésie différente

J’ai séjourné une semaine en Gaspésie dans le parc national de Miguasha, mais, dans un domaine privé.

 

Je suis arrivé dans une ruche : « everything was buzzing ». On m’explique : « c’est le début de la saison estivale ». L’été est court en Gaspésie, tout le monde le sait; il n’y a pas de temps à perdre!

Pour entretenir cette immense propriété d’une vingtaine d’acres, il faut au Seigneur des lieux des employés et des bénévoles passionné(e)s. Mon ami se réjouit de compter sur leur présence. Ils ou elles viennent à tour de rôle apporter des présents ou se confesser à la Mère Abesse, co-propriétaire, alors que le Seigneur parcourt les route à la recherche des plus parfaites fournitures.

Mes hôtes n’ont pas connu les chenilles, ni les inondations, mais les pique-bois! Ces derniers ont perforé l’ensemble d’un mur extérieur. Le gallon de peinture nécessaire pour réparer le dommage et prévenir les récidives coûte 500$. À chaque région ses problèmes!

Mon ami bénéficie d’un comité exécutif pour le jardinage. Ce groupe est composé de trois femmes qui ont suivi des cours! Ces jardinières émérites se sont divisées l’espace; elles planifient et distribuent les corvées « d’amour » sur les parties résidentielles. Ce royaume de la fantaisie et de l’humour permet toutes les créativités; les trois potagers différents en témoignent.

La forêt du Seigneur s’étend sur 15 acres. Les tempêtes et les castors se chargent de la modeler. Leurs passages et leurs travaux posent un défi à l’entretien régulier que mon ami souhaiterait pour ses arbres.

Quant à la résidence, l’abondance des objets d’art, des souvenirs, des tableaux et des photos de diverses générations, donne aux personnes qui la fréquentent une grande leçon d’amour.

Cette « communauté » aussi…

 

 

 

 

 

 

partir, c’est mourir un peu…

Partir, c’est mourir un peu

Le futur, le point d’arrivée d’un voyage excite et stimule, mais, le chemin pour s’y rendre est souvent ardu, moins lumineux.

« Partir, c’est mourir un peu! »

 

Cet adage me suit tout au long de cette dernière journée avant mon départ.

Je l’ai souvent répété ce dicton lorsque j’avais de jeunes enfants et que je travaillais, je disposais de peu de temps pour les bagages et tout le reste. Je m’affalais dans le taxi qui me menait vers l’aéroport : j’étais morte de fatigue. « Partir, c’est mourir un peu! »

Encore aujourd’hui, organiser mon départ demande beaucoup de précautions, peu importe la longueur de l’absence. Je suis seule mais,

rien ne doit moisir pendant mon éloignement…

rien ne doit sentir mauvais…

rien ne doit mouiller mes planchers…

rien ne doit être oublié dans le matériel que j’emporte

rien ne doit me prendre au dépourvu, le chaud ou le froid

rien ne doit alourdir ma valise indûment

rien ne doit entraver ou ralentir mon départ

rien ne doit embêter mes survivants,

 

Je peux maintenant mourir… euh partir en paix.

D’allié à ennemi

Le vent dans les voiles d’un bateau, pour moi, c’est magique!

Il les gonfle ou les dégonfle; il semble pousser l’embarcation. C’est merveille que de glisser sans bruit sur une vaste étendue d’eau. Si les vagues sont petites, elles bercent, si elles sont fortes, elles provoquent des soubresauts, elles assaillent les coques de l’embarcation; celle-ci frappe la masse fluide, le métal du dériveur gémit. Autant de  sons grisants pour une amoureuse  de la voile.

Avec l’âge, je navigue moins, je ne fais plus de voile en solo, mais j’en garde la nostalgie…

 

Sur la terre ferme, malgré la chaleur et le soleil, le vent peut constituer une magistrale entrave à mon plaisir, impossible de lire ou de manger à sa face, il faut m’en protéger. Selon les mois ou les années, je m’en protège souvent…

Le vent rugit parfois, fracasse l’eau en mille vagues, petits moutons blancs qui courent vers la rive et la couvrent d’écume; sous son impulsion, le lac change de couleur, il s’assombrit.

Le vent secoue brutalement les feuillus qui se plaignent : concert assourdissant avec lequel je dois vivre. Le vent s’attaque aux branches de mes arbres et se permet même de les arracher. Les dégâts sont variables…

Chassés par le « nordet » ou les rafales du vent d’ouest, les goélands et les hérons  de ma baie délaissent leurs roches rituelles, seuls les canards restent en place, impassibles, et continuent de nager; ils prennent les vagues de travers ou de front. Je les observe de l’intérieur de ma maison.  Au moment des orages, le vent devient dangereux pour mon vieux chalet de bois. Ce vent me fait peur, surtout la nuit.

 

Que dire de la musique! Elle fut longtemps douce à mon âme. Classique, vous vous en doutez: trios, quatuors quintettes et autres, chant choral, opéras, concertos, symphonies etc.

Elle a changé : elle est devenue métallique, assortie de basses sans cesse répétées, percutante, tonitruante; même en soutien à la danse, elle n’est souvent à mes oreilles qu’une suite de sons. Pour moi, elle n’est que  « bruit ».

J’ai pensé échapper aux chansons omniprésentes dans les rues et les commerces de la ville en me réfugiant à la campagne. Par un temps calme et serein, alors que je lisais, tranquille sur ma terrasse, j’ai été assaillie par le bruit  d’une musique « pop » , celle venant d’un bateau moteur qui filait au large. L’excitation par les décibels a pris de l’ampleur et, décidemment, du territoire. Elle me dérange…

 

Elle est, comme le vent, une alliée devenue ennemie.

 

 

 

une pompe défectueuse

Sans pompe, pas d’eau, même en provenance du plus vaillant puits artésien. En pleine canicule, l’absence de cet élément si vital pose quelques problèmes.

 

Ma débrouillardise s’active. Le gant de toilette, mouillé hier, pas complètement sec aujourd’hui, contient suffisamment d’eau pour nettoyer mes mains poisseuses. J’ai essuyé la condensation du litre de lait sorti de mon réfrigérateur pour humecter un petit linge.

Mon arrosoir vert comporte un long cou au bout duquel se trouve un pommeau qui déverse simultanément plusieurs jets. Il est plein à rebord. Quelle chance! Les plantes intérieures m’ont laissé un peu du précieux nectar. Dans l’évier, à l’aide de mon engin vert, j’ai « arrosé » la vaisselle sale : les verres, les assiettes, les bols. Un premier rinçage réussi, en attendant le retour de l’eau. Je n’avais jamais pensé qu’un arrosoir pouvait être aussi créatif…

Pour la salle de bain, l’eau a été fournie par voisins éloignés. J’ai transporté les bidons dans ma voiture. Ma chasse d’eau a été très reconnaissante.

 

Vint ensuite un sérieux dilemme : protéger ou nettoyer  la peau de mon visage. Mes amis m’ont dit, comme à chaque coup de chaleur :

« c’est pas grave, toi,  tu as un grand lac ».

Sauf que le lac se situe en plein soleil et que l’eau est basse, il faut marcher longtemps avant de pouvoir nager. En l’absence d’eau à l’intérieur, le choix s’avère déchirant : la crème solaireou le savon?

Dans l’impossibilité de résoudre ce dilemme, j’ai quitté le lac, la canicule et le puits défectueux. Retour à la grande ville.

 

un sauvetage inusité

Il ne s’agit pas d’une noyade, mais d’un voilier. Spectacle fascinant du travail de trois hommes déterminés.

 

Sous l’effet de très grandes rafales, l’amarre s’est défaite et le bateau s’est mis à voguer. Sans capitaine pour lui rafraîchir la mémoire, il a oublié de se tenir face au vent. Malgré la présence de sa dérive rétractable, la puissance des vagues l’a couché sur les flots et les lois de la nature ont terminé le travail. Le bateau ne montre que son dessous, il est complètement renversé.

Des voisins secourables l’ont remorqué jusqu’à une bouée d’amarrage qui flotte paisiblement, au large, dans la baie, devant mon chalet.

Le lendemain, c’est sérieux! Un large bateau plat et un ponton se dirigent vers ce morceau blanc qui dépasse de la ligne des eaux. Les deux embarcations sont munies de puissants moteurs. Trois hommes vont tenter le sauvetage : l’un porte sa veste de sécurité aquatique, l’autre son tee-shirt et sa casquette, le dernier, le propriétaire de l’embarcation naufragée, travaille en caleçon, il est souvent dans l’eau.

S’ensuit une magnifique démonstration de testostérone. Trois batailleurs déterminés à vaincre la résistance, le poids, la gravité, etc.

Debout sur les embarcations, ils poussent, tirent, s’invectivent, lancent des ordres, poursuivent vaillamment leur travail de bras, mais surtout d’équipe.

Le sauvetage est beau à observer, avec ou sans mes jumelles. Trois hommes forts, unis par une seule mission : remettre cette embarcation dans sa position naturelle. Ils ont peiné pendant deux heures pour y arriver. J’ai pu enfin voir la petite cabine et le mât de métal.

Une fois le bateau redressé et stabilisé, sa pompe a rejeté l’eau qui l’avait envahi.

 

À la fin de l’opération, le propriétaire, un peu transi, visiblement  décoiffé, a montré une mine réjouie. Heureusement, car il était lourd et pas très beau à voir.

les chenilles à la campagne

Les fientes des oiseaux, j’ai l’habitude.

Les toiles des araignées, j’ai l’habitude.

Les invasions de chenilles, du jamais vu en 35 ans.

 

Les chenilles sont mignonnes. Noires sur les dessus avec des points jaunes, sur les côtés, une sorte de bande duveteuse turquoise et en dessous, un grand nombre de pattes. Ces dernières chatouillent la peau. J’étais admirative au début.

Puis elles sont arrivées en horde! Je les ai observées pendant une semaine et je ne les comprends toujours pas.

Pourquoi grimper dans certaines espèces d’arbres chez moi et d’autres espèces chez les voisins? Pourquoi délaisser mes pommiers? Pourquoi choisir les arbres où les feuilles sont tout en haut? Où sont-elles à la tombée du jour? Je ne les vois plus…

Leurs couleurs se confondent admirablement avec celles de l’écorce.  Elles montent en grappe, comme dans les films de monstres. Impressionnant, cela m’effraye.

Elles s’insinuent partout. Les marches et les murs de mon chalet, mes pantalons, ma corde à linge, ma galerie. Pourvu qu’elles épargnent ma maison et mon lit!

J’ai essayé de les tuer, d’autres les remplaçaient. J’ai brossé des branches et des troncs pour les enlever. Peine perdue, elles revenaient le lendemain. Je me suis résignée à vivre parmi elles.

Mes voisins m’ont répété qu’elles étaient inoffensives pour les arbres, mais cette invasion sournoise de « petites bêtes » me dérange.