Tranquillité

Tranquilité

Il m’arrive de penser en anglais

It was twilight at my cottage,
As Scrooge said:
“not a creature was stirring, not even a mouse”
no wind, no sound,
the clouds are still,
the visitor’s chairs are empty,
the cat is sleeping.

Il n’y a pas une ride sur le lac,
la lune luit, silencieuse,
la télévision est fermée,
les bateaux , ancrés, sont immobiles,
les oiseaux et les mouettes se sont tus,
les nombreux canards sont invisibles…

C’est la tranquilité.

les odeurs

Odeurs

À la campagne, les odeurs voyagent…

Cette odeur de bois qui brûle m’intrigue depuis plusieurs jours. Mes voisins immédiats n’en sont pas responsables. Je sens néanmoins le feu de bois. Trois jours plus tard, j’entrevois un lointain voisin, inconnu de moi, qui brûle des branches d’arbres.

Lorsque le vent s’y prête, les odeurs d’engrais des champs lointains me parviennent.

En tout temps, les fleurs de tous mes voisins embaument l’air autour de moi.

insatiable

Insatiable.

Eh oui, il s’agit encore de mon chat.
Il m’a tenu compagnie lors du confinement. J’ai apprécié. J’étais très disponible et je l’ai flatté souvent.

Il y a pris goût. Il m’aime tellement… Il me réclame des caresses, m’empêche de lire, de manger ou de boire mon café, me saute dessus fréquemment. Ses pattes m’égratignent si je n’obtempère pas.

Cet amour me gêne dans mes activités quotidiennes que je dois interrompre pour caresser mon insatiable matou.
Heureusement il aime aussi ma véranda grillagée où la nature envoie d’enivrantes effluves. Il m’arrive de l’y pousser et de fermer ma porte : enfin la paix…

les dommages collatéraux

Les dommages collatéraux.

Les médias nous ont beaucoup parlé des dommages collatéraux de la pandémie chez les enfants. J’en ai observé d’autres.

Les toiles d’araignées de ma campagne ont emprisonné des éphémères. J’ai trouvé le spectacle désolant. Des tonnes d’insectes pris dans les filets des araignées, le tout accroché aux surfaces de ma remise : des pans entiers de toiles et de leurs captives.

J’ai sorti mon balai. Pour le moment, tout semble revenu à la normale. les murs de ma remise sont à nouveau lisses.

Encore la pandémie

Encore la pandémie.

La pandémie version urbaine avec ses restrictions de tous genres a eu raison de ma volonté.
Je me suis réfugiée à la campagne. Terrée dans mon chalet, j’ai les yeux et les oreilles en alerte.
Je redécouvre les sons lointains : un bateau ou un avion? une mouette ou une outarde? Le bruit d’une tondeuse à gazon de l’autre côté de la baie?
Je me rééduque au vent, à sa présence, à sa force, à sa direction.
Mon nez fait aussi du surtemps. Est-ce l’odeur de la naphtaline, du chauffage prolongé ou du vieux bois?
Je revois le héron, parfois la buse.
La saison débute, et avec le froid, le grand lac est peu fréquenté.

et je poursuis mes explorations…

La pandémie et moi

La pandémie et moi

Sur la pandémie tout a été dit : les artistes, les entrepreneurs, les athlètes et d’autres se sont exprimés.

De ma fenêtre, je ne vois personne, la rue est calme.

Dans mon édifice, je ne vois personne, tout est calme.

Dans mon appartement, je ne reçois personne, c’est calme.

Les livraisons se font à distance, ainsi que les rencontres avec mes fils.

Je n’ai rien à dire en ce temps de pandémie.

La dame et la canne

Ce texte a été écrit avant la pandémie.

La dame et la canne

Un jour, j’ai suivi une dame âgée qui se promenait avec une canne. Que d’égards à son endroit.

Chez le vétérinaire : « puis-je vous aider à sortir? »

Dans l’édifice qu’elle habite, jeune et vieux lui tiennent les portes.

Au grand marché de légumes, on l’interroge : « vous sentez-vous bien? ».

Sur la rue, les promeneurs de chiens se tassent et lui laissent le trottoir.

« Puis-je porter votre plateau? »

Quand elle perd l’équilibre sur sa rue, les passants se précipitent…

« Pouvez-vous descendre les marches de ciment seule? »

Cela me donne envie de vieillir et de me promener avec une canne

les saisons

Les saisons.

Dans les arbres, les bourgeons sont décontenancés, moi aussi. Mi-avril et il neige à plein ciel. Je voudrais être un garçon, me vêtir serait plus simple.

Je suis d’une génération qui tend à disparaître : une tenue pour chaque occasion. La pandémie me laisse avec deux manteaux de fourrure; j’ai aussi un manteau en polyester pour la saison froide. Pour la mi-saison, j’ai deux manteaux, un court et un, pleine longueur. Comme disait ce journaliste récemment : je suis bien nantie.

J’ai en plus, des bottes, des chapeaux et des gants, une paire de souliers de marche pour le printemps ou l’automne et deux cannes. Quel fatras!

Je jongle avec tous ces items pour être confortable à l’extérieur, décidément,
je préfèrerais être un garçon.

Le printemps

Hier, devant ma fenêtre : bourgeons dans les érables et vieille neige au sol. Je n’en crois pas mes yeux, nous sommes encore en mars!

Puis, le ciel nous tombe dessus : une neige fraîche et en grande quantité!
Les météorologues mentionnent avec désinvolture « quelques cinq centimètres », mais le commun des mortels considère qu’il s’agit d’une tempête de neige. Contraste inhabituel…

Si les citadins sont mécontents de voir leur pelouse recouverte de blanc, les riverains par ailleurs sont très heureux. À leur avis, une pluie substantielle aussi hâtive entraînerait une fonte prématurée des amoncellements neigeux et augmenterait éventuellement les risques d’inondations. Je suis de ce groupe qui surveille le niveau de l’eau dans le lac.

Aujourd’hui, les bourgeons se sont mis à « pause », comme le Québec au temps de la pandémie.