Braver l’interdit

Je viens de franchir ce cap, je me suis acheté des pantoufles rouge vif.

Ma mère m’a toujours fait remarquer que les souliers rouges n’étaient pas pratiques. Tout au long de ma vie, je me suis chaussée de noir et de brun. Récemment j’ai ajouté du bleu marine à mes pieds.

Comme toutes les femmes de sa génération, elle m’a enseigné l’art de me vêtir de façon « assortie », i.e. avec des couleurs identiques ou de bonne association.

Je viens donc de franchir un double interdit en m’achetant des pantoufles rouges qui ne sont pas pratiques et m’assurent des tenues « déassorties ».

Il était temps, compte tenu de mon âge, de m’affranchir des diktats de mon enfance. Braver l’interdit sur les vêtements, c’était mon dernier bastion.

Je suis excitée, quelle victoire!

 

N.B. mon fils aîné, à qui j’ai raconté mon aventure, me dit que je suis maintenant à la mode : vêtements et accessoires sont « désassortis »,

une denrée précieuse

Les enfants en débordent, les personnes vieillissantes en ont de moins en moins, les personnes épuisées, accidentées ou très malades la cherchent désespérément. Quel est ce bien si précieux? L’énergie.

Pas celle des compagnies qui fournissent de l’électricité, pas celle des mouvements écologistes, mais cette mystérieuse qualité individuelle qui est la base de notre vitalité matérielle et spirituelle.

Sans elle, rien ne va plus.

Lire… pas envie.

Rédiger… pas envie.

Jouer… pas envie.

Déambuler…pas envie.

Communiquer…pas souvent, pas longtemps.

Manger…pas faim.

 

Le manque d’énergie affole les hyperactifs et attriste ceux ou celles qui sont habituellement actifs.

Cette force, cette poussée vers… délivre du repos et de l’inactivité. Le désir de … se manifeste chez une personne dont les « piles personnelles » sont rechargées (expression préférée d’un ami).

Sentir à nouveau l’énergie, c’est renaître, revenir à la vie.

 

 

Les limites du « rationnel »

Que de décisions sont prises hors du « rationnel », l’émotion est survenue au moment d’agir :

  • l’achat d’une maison en zone inondable
  • un déménagement subi
  • une retraite immédiate

La liste pourrait s’allonger, celle des gestes « irrationnels » ou appelés « instinctifs » par d’autres personnes.

L’émotion et la logique se confrontent depuis longtemps : tantôt l’une, tantôt l’autre, triomphe.

« Il ou elle n’aurait pas dû », l’entourage est surpris par « l’irrationnel ». Mais, il est trop tard pour mettre du « rationnel » dans ce qui est « irrationnel ». Lorsqu’un sourire radieux domine, le « rationnel » ne peut que s’incliner.

Il doit aussi s’incliner devant les objectifs poursuivis par certaines personnes : « c’est le rêve de ma vie ». Certains rêves s’inscrivent mal dans la réalité quotidienne donnant lieu à des conflits intérieurs.

L’âge de l’apaisement est-il le lot de tous?

 

 

 

 

L’impuissane

Ce texte sera court et pour cause…

Si vous croyez que je vais vous entretenir de l’impuissance virile, détrompez-vous. Je suis une femme et je m’attarde à l’impuissance psychologique.

 

Les éternels optimistes parlent de frustration, les sociologues, d’aliénation, j’écris sur la dimension psychologique. L’impuissance, c’est comme une anesthésie… rien à faire, impossible d’agir pour contrer le négatif. Sensation détestable, s’il en est une.

Je me pensais pourtant aguerrie, je pratique le lâcher-prise depuis ses dernières années, avec efforts, mais je réussissais. Cette fois, je voulais, mais l’impuissance m’a rattrapée…ma santé mentale vacille.

Je me souviens du temps où, conférencière, je prônais de fuir l’impuissance à tout prix, pour faire rempart au stress. Je prêchais l’action, la réaction positive. De beaux mots me dis-je, aujourd’hui que je suis piégée.

Je ne peux rien contre la météo, la maladie et la mort de mes amis(e), le vieillissement, les séparations, les angoisses de mes proches.

Je ronge mon frein et je « prends sur moi », comme le veut la sagesse populaire.

Je cultive donc les petits plaisirs, ceux sur lesquels j’ai du contrôle.

Pendant ce temps, j’oublie l’impuissance.

 

 

Vilaine météo

Vilaine météo!

Je m’étais convaincue que les inondations de 2017 étaient accidentelles, c’était une première en mes 35 ans de propriétaire riveraine. Elles ne se reproduiraient plus, malgré les prévisions alarmistes des oiseaux de malheur qui prédisaient le contraire : les changements climatiques auraient des conséquences négatives, disaient-ils.

non… non… non… NON… NON…

Les protestations tournaient dans ma tête. J’ai nié tant que j’ai pu, tant que je n’ai pas vu les photos prises par mon fils aîné : l’eau ravageait nos terres comme en 2017.

Le coeur me manque, les forces aussi. Cette adversité survient à un mauvais moment pour moi et chaque membre de ma famille.

Je pense à l’incertitude, à l’électricité coupée, à l’escalier arraché, aux plantes noyées, au gazon perdu, aux abords encombrés de bois, aux débris apportés par l’eau et je pleure. L’intérieur sera-t-il touché? C’est LA question à laquelle personne ne peut répondre.

Recommencer, faire preuve de résilience; je n’ai pas le choix. Faire face, braver le mauvais sort. Je songe et je rêve à éviter un autre désastre de ce genre : rebâtir le chalet, l’élever, changer les pieux. Mon domicile d’été repose sur un terrain en pente! Que faire? À quoi suis-je autorisée sur ce petit lopin de terre. Les nouveaux règlements sur les rives et les terrains sont très limitatifs. Défense de ceci, défense de cela, un vrai casse-tête. Selon l’expression de mon ami de France, je vais me « prendre la tête ».

 

Je me redresse et me tiens très droite, posture anti-dépression; son efficacité sera mise à rude épreuve…

La douleur

À la suite d’une chute spectaculaire, je l’ai éprouvée…

 

Si la douleur tuait, je serais morte, mais non, elle se contente de ronger mon énergie. Elle est tantôt vive, tantôt lancinante, tantôt atténuée par les médicaments, mais elle me signifie sa présence et me gêne au quotidien ; ma cuisine et mon chat peuvent témoigner de mes changements d’habitudes.

Je l’anesthésie en regardant des films sur mon téléviseur. N’importe quoi qui m’empêche de bouger. Seul le sommeil me soustrait à son emprise, sommeil médicamenté cela va de soi.

Au réveil, je soupire : une autre journée en compagnie de cette emmerdeuse. Malgré elle, j’arrive à me préparer, quoiqu’au ralenti, de la nourriture, mais, aux repas, j’ai la nostalgie de la position allongée. Hélas, cette nouvelle compagne me suit et me relance jusque dans mon lit.

Je vois les autres qui s’amusent et qui profitent de la neige et du soleil, pendant que moi je suis condamnée à cette souffrance.

Ma douleur n’est pas mortelle et s’amenuisera avec le temps…

La peur

Gouverne-t-elle nos vies?

L’autre jour, à mon centre sportif, j’ai vu une dame qui utilisait six serviettes de bain : une sous ses pieds, une pour protéger ses genoux, une sur le comptoir devant elle, une pour poser ses fesses, une pour respecter sa pudeur, une en turban autour de ses cheveux. Je me suis dit qu’elle avait très peur des microbes des autres! Les femmes se servent en moyenne de trois serviettes…

Cette scène m’a incitée à réfléchir sur nos peurs.

  • Se laver les mains, porter un masque; les bactéries nous guettent.
  • En hiver, porter des crampons, utiliser des canes; les chutes sont redoutées.
  • Les routines strictes protègent des changements; les imprévus sont tenus à distance, les longs voyages sont à proscrire.
  • Échouer; vaut mieux s’abstenir!
  • Sans compter les peurs répertoriées; la claustrophobie, les autres phobies, la peur des transports marins ou aériens, etc.

En somme, la peur m’apparaît très répandue et sous-tend plusieurs de nos habitudes.