un tout petit mensonge

À un moment ou l’autre de notre vie, nous avons tous (probablement)

prononcé un mensonge pieux, « a little white lie » comme disent mes amis anglophones.

« Ne t’en fais pas,  ce n’est pas grave… »

« On se reprendra… »

« Ça ne me dérange pas… »

« J’adore… »

« C’est très réussi …»

« Cela me fait plaisir… »

« C’est intéressant… »

« J’ai beaucoup aimé mon voyage… »

« Je vais très bien… »

« Ce n’était pas nécessaire… »

« Je vais te rappeler… »

« Je suis contente de te revoir… »

Nous énonçons sans vergogne ces demi-vérités ou ces faussetés.

Bien sûr, nous avons des excuses, ceux qui nous ont précédés nous ont appris. Leurs proverbes, maximes, dictons et adages nous ont pénétrés.

« Faute avouée est à moitié pardonnée…»

« Une fois n’est pas coutume …»

« Tu ne t’en souviendras plus le jour de tes noces… »

J’ai bien entendu leurs propos, mais je n’ai jamais su les véritables émotions de mes parents.

Continuons.

« Ce n’est pas un mensonge, c’est une omission ». Cela n’a pas été dit, donc c’est moins grave. Inexactitude souvent entendue! Ceux à qui l’on a omis de dire la vérité ne sont pas de cette opinion.

 » Je ne sais pas ». Cette incertitude serait-elle parfois une autre façon de camoufler une opinion peu populaire? Évidemment, je ne parle pas des personnes dilettantes ‘ad infinitum’ qui ne pourront jamais se prononcer contre ou en faveur de…

 

Le tout petit mensonge et ses variantes nous guettent tous.

Deux minutes et cinq secondes

C’est le temps qu’il faut pour chauffer mon sac magique au four micro-ondes.

Deux minutes et cinq secondes perdues ou gagnées, selon le point de vue. Je suis une retraitée heureuse, pourtant je ne me résigne pas à perdre deux minutes et cinq secondes.

« Quelle folle! » direz-vous. Si vous aimez rêver ou contempler, alors cessez de lire, ce texte ne vous concerne pas.

Ceux qui, comme moi, ne veulent pas perdre deux minutes et cinq secondes comprendront…

Je ne suis pas venue au monde avec cette obsession, on me l’a inculquée : j’aimerais trucider tous ceux et celles qui m’ont prêché l’importance du travail et de la productivité. Pendant un temps, cela m’a servi, j’en conviens. Mais maintenant, cela me nuit.

J’ai aggravé le problème en y rajoutant l’interdiction judéo-chrétienne « ne recherchez pas le plaisir ». En somme, il me faut être sérieuse, occupée, pleine de vigueur et de rigueur, surtout pas de mollesse s.v.p.

De plus, un conjoint  m’a répété « le temps, c’est de l’argent », j’ai compris que je ne devais pas perdre une minute, alors vous imaginez deux minutes et cinq secondes!

Je suis condamnée à remplir mes deux minutes et cinq secondes d’occupations  diverses, sinon ce rituel quotidien m’enlèvera 748 minutes et 25 secondes par année.

Une vieille dame indigne

J’ai toujours voulu mériter ce titre.

L’indignité n’est pas là où je le croyais…

Je me voyais, me promenant au bras d’un jeune homme. Cela ne s’est pas produit, mais, par ailleurs, je laisse maintenant jaillir ma colère et mes jurons.

Une enfant si sage, une adolescente si pieuse, une jeune femme si rangée, une épouse si aimante, une mère si dévouée, une amie si attentive! Je me suis montrée aimable et j’ai conquis certains coeurs.

Qu’avais-je fait de mon irritation, de mon impatience, de ma rage?Refoulées, enfouies au plus profond! J’étais raisonnable…

Eh bien, cette époque est révolue, je suis devenue « indigne ». En voiture, je deviens colérique, je jure en français et en anglais et j’invective : « espèce de zozo, de crapaud, d’idiot! » Je me révolte devant le théâtre des  politiciens et de leurs décisions. Je fulmine devant les difficultés technologiques et j’exprime mon vif déplaisir face aux trop fréquentes réparations de l’ascenseur de ma résidence.

Mes enfants et mes ami(e) s trouvent grâce à mes yeux. Pour ceux-là,  je reste douce, calme, compatissante, souriante, digne de leur respect et de leur amour. Je ne veux pas laisser le souvenir d’une femme devenue acariâtre.

Je me contente donc d‘être « indigne » aux endroits où je ne suis imputable qu’à moi seule.

 

L’AMOUR et son prix

Il y a l’amour violent, agressant, harcelant, qui cause beaucoup de souffrances et fait beaucoup de victimes.

Je pense à l’autre, l’amour romantique entre un homme et une femme, celui qu’on présente dans la littérature, la chanson, les films, les œuvres télévisuelles, la publicité. L ‘AMOUR, celui qui transporte, qui modifie la réalité, qui embellit tout, qui rend la vie si agréable en compagnie de l’autre; cet état d’âme qu’on recherche et qu’on veut conserver.

La plupart des hommes et des femmes y accèdent un jour ou l’autre.

Pour la suite, je ne puis parler que des femmes (j’en suis une). Une femme amoureuse vit sous l’influence de l’être aimé, son joug est doux, surtout s’il est enrobé de chaleur, d’attentions et de tendresse; la contrainte passe inaperçue.

Le bien-aimé présente des préférences, des valeurs, des caractéristiques qui lui sont propres; il est régi par des habitudes, des croyances, des expériences antérieures, il faut en tenir compte! Son érotisme et ses exigences lient et attachent la femme amoureuse. Cet ensemble crée un joug, qui, bien que doux, existe et s’avère omniprésent. Mais, ELLE ne le voit pas, sauf si ses yeux se déssillent pour lui permettre de percevoir ce qui était auparavant caché. Cette nouvelle vision survient brusquement ou progressivement…

Rares sont les femmes amoureuses qui échappent à l’aveuglement. Elles n’y ont vu aucun effort, c’était naturel, elles aimaient…

Edith Piaf a chanté : « je me ferais teindre en blonde si tu me le demandais »

L’art d’être détestable

Je ne voulais pas devenir une vieille grincheuse. Je me suis donc mise à l’étude des éléments contributifs ou, en langage scientifique, des facteurs de risque.

Suite à cet exercice et à mes observations personnelles, j’ai préparé pour vous une liste de conseils pertinents pour progresser dans l’art d’être haïssable.

Développez et utilisez abondamment votre esprit critique; affinez-le au besoin.
Soyez pessimiste, regardez toujours le côté négatif de la médaille.
Soyez péremptoire sur tout, prononcez-vous « ex cathedra ». Portez attention à votre voix, le ton est important,
Plaignez-vous constamment, de tout et de rien.
Utilisez le reproche de façon continue, surtout auprès de ceux qui vous aiment.
Tenez à vos croyances, n’en démordez pas.
Prenez toute la place, n’en laissez pas aux autres.
Déléguez beaucoup et laissez-vous servir.
Ne soyez pas passif, attaquez!
Mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas.
Fiez-vous à vos perceptions personnelles, celles des autres importent peu.
Restez impatients avec tous ceux qui ne vivent pas à votre rythme.

Si j’ai oublié des éléments, vous m’aiderez et me le laisserez savoir.

La femme invisible

La femme a été emmurée, puis elle s’est mise à parler. Elle a pleuré, ri et joui; elle a peint et dépeint. Voilà qu’on lui propose un autre rôle : du théâtre se demande-t-elle?

Curieuse, elle se renseigne. Il s’agira de marcher en solo au côté de l’homme qu’elle aime; pas de marque d’affection en public. Choisir un restaurant loin des rivages connus, s’en tenir au déjeuner du midi. Ne jamais téléphoner, ni rappeler.

Elle comprend qu’on lui propose la discrétion, en d’autres termes, le secret.

Aventureuse, elle décide d’essayer. Elle découvre qu’en plus, ses envois électroniques doivent rester prudes. Ouste, les concerts, les voyages, les weekends énergisants ou le cocooning en soirée. En tout temps, elle doit rester inexistante pour l’entourage de « son homme ».

Éventuellement, la révolte mijote, bouillonne et le couvercle de la marmite saute. Cette femme si spontanée refuse de tenir le rôle de la femme invisible.

Une mémoire dans la sécheuse

Ma mémoire a subi quelques culbutages comme le linge dans la sécheuse. Pourquoi? Je n’en sais rien. Sous l’effet d’un grand brassage, les rappels du passé reviennent, pêle-mêle, sans ordre ni logique, du moins apparents.

Tout y passe : la famille, les amis, les amants, les tout-petits, les grands, les lieux, les drames, les fêtes, le quotidien, etc. Les souvenirs déferlent, frappent mon imagination, provoquent des émois, séjournent un peu et repartent, pour être remplacés par d’autres.

L’autre jour, dans ma voiture, à l’écoute d’une musique que je ne reconnaissais pas, sans raison particulière, je me suis mise à siffloter et l’image de ma grand-mère m’est revenue. Cette aïeule, modèle de dignité s’il en fut, mettait son chapeau et ses gants pour se rendre un coin de la rue, acheter son journal. Cette même dame m’a appris à siffler! Non pas ce bruit strident provoqué par deux doigts dans la bouche, émis à la suite d’un exploit artistique ou sportif, oh que non : une mélodie. Des notes!

Ce rappel, étrange, surprenant, me trouble. Ce phénomène serait-il lié à la fin de vie? Aux bilans de cette période? Aux regards en arrière?

Je n’ai pas les réponses, mon romancier favori Douglas Kennedy non plus , mais il cite (1) un auteur qu’il affectionne :

« Le passé peut encore nous surprendre »

—————————————————————
1) Kennedy, Douglas, Toutes ces grandes questions sans réponse, Belfond, 2016, 362 pages