La douleur

À la suite d’une chute spectaculaire, je l’ai éprouvée…

 

Si la douleur tuait, je serais morte, mais non, elle se contente de ronger mon énergie. Elle est tantôt vive, tantôt lancinante, tantôt atténuée par les médicaments, mais elle me signifie sa présence et me gêne au quotidien ; ma cuisine et mon chat peuvent témoigner de mes changements d’habitudes.

Je l’anesthésie en regardant des films sur mon téléviseur. N’importe quoi qui m’empêche de bouger. Seul le sommeil me soustrait à son emprise, sommeil médicamenté cela va de soi.

Au réveil, je soupire : une autre journée en compagnie de cette emmerdeuse. Malgré elle, j’arrive à me préparer, quoiqu’au ralenti, de la nourriture, mais, aux repas, j’ai la nostalgie de la position allongée. Hélas, cette nouvelle compagne me suit et me relance jusque dans mon lit.

Je vois les autres qui s’amusent et qui profitent de la neige et du soleil, pendant que moi je suis condamnée à cette souffrance.

Ma douleur n’est pas mortelle et s’amenuisera avec le temps…

La peur

Gouverne-t-elle nos vies?

L’autre jour, à mon centre sportif, j’ai vu une dame qui utilisait six serviettes de bain : une sous ses pieds, une pour protéger ses genoux, une sur le comptoir devant elle, une pour poser ses fesses, une pour respecter sa pudeur, une en turban autour de ses cheveux. Je me suis dit qu’elle avait très peur des microbes des autres! Les femmes se servent en moyenne de trois serviettes…

Cette scène m’a incitée à réfléchir sur nos peurs.

  • Se laver les mains, porter un masque; les bactéries nous guettent.
  • En hiver, porter des crampons, utiliser des canes; les chutes sont redoutées.
  • Les routines strictes protègent des changements; les imprévus sont tenus à distance, les longs voyages sont à proscrire.
  • Échouer; vaut mieux s’abstenir!
  • Sans compter les peurs répertoriées; la claustrophobie, les autres phobies, la peur des transports marins ou aériens, etc.

En somme, la peur m’apparaît très répandue et sous-tend plusieurs de nos habitudes.

Tape…tape…tape…tape..tape…

Avec la régularité du métronome : tape, tape, tape, tape, tape, tape…

Quel est ce bruit?

La queue de mon nouveau chat qui frappe une certaine étendue plus ou moins rigide.

 

Après avoir obtenu, de justesse, mon certificat en robinetterie, voilà que je suis des cours sur la race féline. J’ai dû recourir à l’internet pour comprendre les sons, les mouvements des yeux et de la queue des « minous ». Un autre langage…

Après la théorie, la pratique. Je tente d’apprivoiser un matou traumatisé par de nombreux déplacements et peut être aussi par un manque d’affection (lisez caresses). Sa longue queue martèle les surfaces de mon appartement. Je suis devenue une surface additionnelle!

Ce chat, invisible, au début de notre cohabitation (sept premiers jours), devient sensible à ma présence, me cherche et me lèche le cou à l’occasion. Monsieur miaule et réclame des caresses; il se vautre sur mon tronc et mon visage en ronronnant très fort. Nous apprenons mutuellement à décoder notre langage non verbal. Ce moment d’intimité est très chaleureux.

Papou (c’est son nom) et moi formons maintenant une équipe, avec des moments de rapprochement et d’autres d’éloignement, des goûts que nous partageons (ex. le saumon) et d’autres, différents (ex. le poulet).

Notre aventure se poursuit…

 

 

L’éloge de la lenteur

En souvenir de Pierre Lamy

J’avais un ami qui collectionnait les livres intitulés « L’éloge de… ». Avait-il « L’éloge de la lenteur » dans sa bibliothèque?

 

C’est se situer à contre courant que de parler de lenteur à une époque où beaucoup de personnes vivent à 100 kilomètres/heure, où, par exemple, on apprend à « jouer au tennis en un instant », etc.

Ceux ou celles qui me voient bouger ou me déplacer s’émerveillent de ma prudence : mes gestes sont lents et calculés. Sous ce vernis de prudence, se cache la lenteur. Elle m’est venue avec l’âge mûr qui est maintenant le mien.

Des amis de ma génération admettent, devant moi (pas en public), un certain ralentissement. « Je fais tout ce que je faisais avant, mais plus lentement ».

Ma démarche sur la glace est devenue plus « attentive », mes changements de position (ex de couchée, à levée) sont exécutés avec grâce mais jamais brusquement. Je suis championne des précautions. Je parle plus lentement, sous prétexte de chercher le mot juste. Mon écriture est modifiée si j’essaye de rédiger rapidement.

Il y a quand même des avantages. Je ne suis plus victime de chûtes sur les trottoirs glacés, il n’y a plus de marques de frottements jaunes sur mon véhicule rouge, pas d’accrochages avec d’autres automobiles. En résumé : moins de vitesse, mais plus de  précision.

Observant mes nouvelles compétences, mon ami (s’il était encore parmi nous) me demanderait sans doute d’écrire un

« Éloge de la lenteur ».

 

 

 

Sourire

Mon quotidien est parsemé du sourire des autres.

Quel réconfort que ce petit mouvement des lèvres. Les premiers sourires m’attendent à mon centre sportif. Certaines abonnées sont d’une prévenance remarquable : « excusez-moi Madame » disent-elles en souriant et en tassant leurs ‘affaires’ pour me faire de la place. Vient ensuite la piscine. Je ne connais pas le nom de toutes celles avec qui je la partage, mais je connais leur sourire.

Le jour de ma visite éclair chez l’optométriste, j’ai aperçu une vedette de notre cinéma et de notre télévision. Elle m’a adressé un sourire chaleureux, à moi, une inconnue!

J’avoue que je suis impressionnée par les sourires et les gentillesses des personnes que je ne connais pas. « Après vous Madame », « Bonne journée Madame ».  Ces propos viennent de toutes les races et de tous les âges. Quel luxe!

À ma liste, il faut ajouter le concierge, le voisin, le chauffeur d’autobus, etc. Mon quotidien est bien vivant, rempli de sourires.

Je rends, bien sûr, ce qui est reçu. Un plaisir partagé : de la bienveillance et de la joie de vivre.

Pour y arriver,  il suffit de regarder autour de soi avec un sourire dans les yeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les chiffres et moi

Difficile de fixer des mots sur une réalité aussi changeante. Les chiffres ont toujours été présents, mais…en 2018…

 

Je suis assaillie.

  • Le récent Tsunami a fait 1659 morts (le point de départ était 832).
  • Sur une période de trois ans, les frappes russes ont tué près de 8000 civils en Syrie.
  • En Alberta, 11% des travailleurs gagnent moins de 15$ l’heure.

Je suis impressionnée.

  • 50 millions de comptes Facebook ont été piratés.
  • Un million de fois merci…
  • 8 milliards de tonnes de matière plastique fabriquée depuis ses débuts.

Je suis bombardée.

  • Les politiciens lancent les milliards à gauche et à droite.
  • Les constructeurs et ceux qui restaurent, ne parlent qu’en millions : nos parcs, nos écoles, nos bibliothèques sont coûteux!

Je suis déçue.

  • Sur dix-neuf ans, cette artiste a vendu plus de 500,000 exemplaires de ses CD et DVD. Elle a donc du talent!
  • Les algorithmes choisissent des séries télévisées ou des livres pour moi.
  • Les cotes d’écoute influencent les décideurs. Et mes préférences?
  • Un film a intérêt à rapporter de bonnes recettes en salle, sinon il est jugé « pas à la hauteur ».

Je suis attentive.

  • Mon espérance de vie s’accroît d’après les actuaires.
  • Le ratio de mon endettement varie selon les trimestres.
  • Le comptable McSween étudie les données et me propose des économies pour mon quotidien.

De tendances, en indices, en statistiques, je suis informée et j’ai chaque jour, ma dose quotidienne d’émotions.

Votre  dévouée: 235105 ou 034229, etc.  Je suis devenue un numéro, une série de chiffres!

les « s » de l’âge mûr

Une série de « s » s’impose à mesure que passent les années, en voici une liste personnelle.

 

Le « » de la soupe, entendez par là tout ce qui n’est pas nourriture molle ou patates en poudre. Tout le reste me semble délicieux et appréciable.

Le « » des soins. Ils sont plus nombreux. Les maladies et le ravage du temps m’incitent à faire tout en mon pouvoir pour garder la peau douce, les yeux clairs, les orteils bien alignés, etc.

Le « s » de la santé. « Bougez, faites de l’exercice, vous resterez en forme plus longtemps ». Parce que j’y crois, je fais ce que je n’ai pas envie de faire ou pire encore, ce que je déteste carrément.

Le « s » des siestes. Elles me sont devenues indispensables. Comme disait mon grand ami : « en vieillissant, les batteries se déchargent plus vite et se rechargent plus lentement ». Ah l’énergie de la jeunesse !

Le « s » du sexe. Il se fait plus rare et parfois moins satisfaisant. Je me demande : « faut-il faire son propre bonheur ? »

Le « » des souvenirs. Ils affluent. Phénomène étonnant : des images et des sons, vus et entendus il y a 60 ans, me reviennent en mémoire. Devant ce paysage cent fois entrevu, j’entends : « Regarde comme c’est beau! »

Le « » de la sympathie. Je répète souvent « Mes sympathies » au salon mortuaire ou « tu peux compter sur ma sympathie dans l’épreuve qui t’afflige ».

En ai-je oublié?