les chiffres et moi

Difficile de fixer des mots sur une réalité aussi changeante. Les chiffres ont toujours été présents, mais…en 2018…

 

Je suis assaillie.

  • Le récent Tsunami a fait 1659 morts (le point de départ était 832).
  • Sur une période de trois ans, les frappes russes ont tué près de 8000 civils en Syrie.
  • En Alberta, 11% des travailleurs gagnent moins de 15$ l’heure.

Je suis impressionnée.

  • 50 millions de comptes Facebook ont été piratés.
  • Un million de fois merci…
  • 8 milliards de tonnes de matière plastique fabriquée depuis ses débuts.

Je suis bombardée.

  • Les politiciens lancent les milliards à gauche et à droite.
  • Les constructeurs et ceux qui restaurent, ne parlent qu’en millions : nos parcs, nos écoles, nos bibliothèques sont coûteux!

Je suis déçue.

  • Sur dix-neuf ans, cette artiste a vendu plus de 500,000 exemplaires de ses CD et DVD. Elle a donc du talent!
  • Les algorithmes choisissent des séries télévisées ou des livres pour moi.
  • Les cotes d’écoute influencent les décideurs. Et mes préférences?
  • Un film a intérêt à rapporter de bonnes recettes en salle, sinon il est jugé « pas à la hauteur ».

Je suis attentive.

  • Mon espérance de vie s’accroît d’après les actuaires.
  • Le ratio de mon endettement varie selon les trimestres.
  • Le comptable McSween étudie les données et me propose des économies pour mon quotidien.

De tendances, en indices, en statistiques, je suis informée et j’ai chaque jour, ma dose quotidienne d’émotions.

Votre  dévouée: 235105 ou 034229, etc.  Je suis devenue un numéro, une série de chiffres!

les « s » de l’âge mûr

Une série de « s » s’impose à mesure que passent les années, en voici une liste personnelle.

 

Le « » de la soupe, entendez par là tout ce qui n’est pas nourriture molle ou patates en poudre. Tout le reste me semble délicieux et appréciable.

Le « » des soins. Ils sont plus nombreux. Les maladies et le ravage du temps m’incitent à faire tout en mon pouvoir pour garder la peau douce, les yeux clairs, les orteils bien alignés, etc.

Le « s » de la santé. « Bougez, faites de l’exercice, vous resterez en forme plus longtemps ». Parce que j’y crois, je fais ce que je n’ai pas envie de faire ou pire encore, ce que je déteste carrément.

Le « s » des siestes. Elles me sont devenues indispensables. Comme disait mon grand ami : « en vieillissant, les batteries se déchargent plus vite et se rechargent plus lentement ». Ah l’énergie de la jeunesse !

Le « s » du sexe. Il se fait plus rare et parfois moins satisfaisant. Je me demande : « faut-il faire son propre bonheur ? »

Le « » des souvenirs. Ils affluent. Phénomène étonnant : des images et des sons, vus et entendus il y a 60 ans, me reviennent en mémoire. Devant ce paysage cent fois entrevu, j’entends : « Regarde comme c’est beau! »

Le « » de la sympathie. Je répète souvent « Mes sympathies » au salon mortuaire ou « tu peux compter sur ma sympathie dans l’épreuve qui t’afflige ».

En ai-je oublié?

 

 

 

La contrepartie

La contrepartie

Je veux parler de la routine, de celle qui se situe au-delà des corvées domestiques.

 

Je me suis défendue corps et âme d’être victime de la répétition : un horaire de travail souple, des tâches variées, une vie rythmée par les saisons. Des essais créatifs et d’innombrables coups de cœur qui balayaient tout. Je voulais toujours du neuf.

J’avais des ami(e) s dont la vie était réglée au quart de tour depuis des années : même coupe de cheveux, même résidence, même période de vacances, même emploi du temps à chaque journée de la semaine, même menu, etc. Je regardais ce phénomène avec surprise, moi qui avais horreur de la routine, jusqu’au jour où…

 

Elle s’est insinuée subrepticement dans ma vie. Des choses anodines, je ne  me suis pas méfiée : j’ai rangé autrement, j’ai préparé des menus un peu répétitifs, j’ai élaboré des priorités différentes. Puis les rituels ont pris de l’ampleur, d’autres se sont rajoutées.  L’ère de l’ordonnancement a pris le dessus.

J’éprouve de la difficulté à en parler ; je suis mal à l’aise, troublée de mon revirement. Ma nouvelle façon de vivre est aux antipodes de ce que j’ai toujours préconisé.

Les rituels  me tuent parfois, mais, à l’occasion, ils me sauvent la vie. Ils aident ma mémoire défaillante.

La routine, autrefois ennemie, est devenue une alliée.

 

un tout petit mensonge

À un moment ou l’autre de notre vie, nous avons tous (probablement)

prononcé un mensonge pieux, « a little white lie » comme disent mes amis anglophones.

« Ne t’en fais pas,  ce n’est pas grave… »

« On se reprendra… »

« Ça ne me dérange pas… »

« J’adore… »

« C’est très réussi …»

« Cela me fait plaisir… »

« C’est intéressant… »

« J’ai beaucoup aimé mon voyage… »

« Je vais très bien… »

« Ce n’était pas nécessaire… »

« Je vais te rappeler… »

« Je suis contente de te revoir… »

Nous énonçons sans vergogne ces demi-vérités ou ces faussetés.

Bien sûr, nous avons des excuses, ceux qui nous ont précédés nous ont appris. Leurs proverbes, maximes, dictons et adages nous ont pénétrés.

« Faute avouée est à moitié pardonnée…»

« Une fois n’est pas coutume …»

« Tu ne t’en souviendras plus le jour de tes noces… »

J’ai bien entendu leurs propos, mais je n’ai jamais su les véritables émotions de mes parents.

Continuons.

« Ce n’est pas un mensonge, c’est une omission ». Cela n’a pas été dit, donc c’est moins grave. Inexactitude souvent entendue! Ceux à qui l’on a omis de dire la vérité ne sont pas de cette opinion.

 » Je ne sais pas ». Cette incertitude serait-elle parfois une autre façon de camoufler une opinion peu populaire? Évidemment, je ne parle pas des personnes dilettantes ‘ad infinitum’ qui ne pourront jamais se prononcer contre ou en faveur de…

 

Le tout petit mensonge et ses variantes nous guettent tous.

Deux minutes et cinq secondes

C’est le temps qu’il faut pour chauffer mon sac magique au four micro-ondes.

Deux minutes et cinq secondes perdues ou gagnées, selon le point de vue. Je suis une retraitée heureuse, pourtant je ne me résigne pas à perdre deux minutes et cinq secondes.

« Quelle folle! » direz-vous. Si vous aimez rêver ou contempler, alors cessez de lire, ce texte ne vous concerne pas.

Ceux qui, comme moi, ne veulent pas perdre deux minutes et cinq secondes comprendront…

Je ne suis pas venue au monde avec cette obsession, on me l’a inculquée : j’aimerais trucider tous ceux et celles qui m’ont prêché l’importance du travail et de la productivité. Pendant un temps, cela m’a servi, j’en conviens. Mais maintenant, cela me nuit.

J’ai aggravé le problème en y rajoutant l’interdiction judéo-chrétienne « ne recherchez pas le plaisir ». En somme, il me faut être sérieuse, occupée, pleine de vigueur et de rigueur, surtout pas de mollesse s.v.p.

De plus, un conjoint  m’a répété « le temps, c’est de l’argent », j’ai compris que je ne devais pas perdre une minute, alors vous imaginez deux minutes et cinq secondes!

Je suis condamnée à remplir mes deux minutes et cinq secondes d’occupations  diverses, sinon ce rituel quotidien m’enlèvera 748 minutes et 25 secondes par année.

Une vieille dame indigne

J’ai toujours voulu mériter ce titre.

L’indignité n’est pas là où je le croyais…

Je me voyais, me promenant au bras d’un jeune homme. Cela ne s’est pas produit, mais, par ailleurs, je laisse maintenant jaillir ma colère et mes jurons.

Une enfant si sage, une adolescente si pieuse, une jeune femme si rangée, une épouse si aimante, une mère si dévouée, une amie si attentive! Je me suis montrée aimable et j’ai conquis certains coeurs.

Qu’avais-je fait de mon irritation, de mon impatience, de ma rage?Refoulées, enfouies au plus profond! J’étais raisonnable…

Eh bien, cette époque est révolue, je suis devenue « indigne ». En voiture, je deviens colérique, je jure en français et en anglais et j’invective : « espèce de zozo, de crapaud, d’idiot! » Je me révolte devant le théâtre des  politiciens et de leurs décisions. Je fulmine devant les difficultés technologiques et j’exprime mon vif déplaisir face aux trop fréquentes réparations de l’ascenseur de ma résidence.

Mes enfants et mes ami(e) s trouvent grâce à mes yeux. Pour ceux-là,  je reste douce, calme, compatissante, souriante, digne de leur respect et de leur amour. Je ne veux pas laisser le souvenir d’une femme devenue acariâtre.

Je me contente donc d‘être « indigne » aux endroits où je ne suis imputable qu’à moi seule.

 

L’AMOUR et son prix

Il y a l’amour violent, agressant, harcelant, qui cause beaucoup de souffrances et fait beaucoup de victimes.

Je pense à l’autre, l’amour romantique entre un homme et une femme, celui qu’on présente dans la littérature, la chanson, les films, les œuvres télévisuelles, la publicité. L ‘AMOUR, celui qui transporte, qui modifie la réalité, qui embellit tout, qui rend la vie si agréable en compagnie de l’autre; cet état d’âme qu’on recherche et qu’on veut conserver.

La plupart des hommes et des femmes y accèdent un jour ou l’autre.

Pour la suite, je ne puis parler que des femmes (j’en suis une). Une femme amoureuse vit sous l’influence de l’être aimé, son joug est doux, surtout s’il est enrobé de chaleur, d’attentions et de tendresse; la contrainte passe inaperçue.

Le bien-aimé présente des préférences, des valeurs, des caractéristiques qui lui sont propres; il est régi par des habitudes, des croyances, des expériences antérieures, il faut en tenir compte! Son érotisme et ses exigences lient et attachent la femme amoureuse. Cet ensemble crée un joug, qui, bien que doux, existe et s’avère omniprésent. Mais, ELLE ne le voit pas, sauf si ses yeux se déssillent pour lui permettre de percevoir ce qui était auparavant caché. Cette nouvelle vision survient brusquement ou progressivement…

Rares sont les femmes amoureuses qui échappent à l’aveuglement. Elles n’y ont vu aucun effort, c’était naturel, elles aimaient…

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