Un être mystérieux

Les mystères de mon chat.

Malgré tout ce que j’ai vu et lu, je ne comprends pas un certain nombre d’aspects chez mon chat: je ne comprends pas ses goûts alimentaires et ses horaires (si variables), ni ses choix de lieux pour dormir en solitaire, ni ses marques d’affection subites, ni ses réveils insolites, ses apparitions inopinées, etc. Par temps chaud, il n’est pas attiré par mon balcon ensoleillé. J’y perds mon latin! Serait-il stupide? Ou fou?

 

Pourtant mon langage quotidien et celui de beaucoup de Québécois se réfèrent à cette race d’animaux.

  • Se lécher les babines.
  • Manger des langues de chat.
  • Faire un lavage de chat.
  • Flatter dans le sens du poil.
  • Faire une toute petite sieste (« A CAT NAP » selon les anglophones).
  • Que dire de la ruse, de la grâce et de la souplesse féline!

 

Il m’arrive d’aimer, même si je ne comprends pas, je continue donc de caresser!

 

 

Les images

On m’a souvent reproché de ne pas émailler mes textes « d’images », surtout celles de la langue.

Nos chroniqueurs et nos romanciers l’ont fait avant moi, et de fort belle façon. Exemple :

  • ce que savait la nuit
  • les buis luisent, cirés de lumière
  • le matin arrive avec la couleur d’une autre nuit
  • arrêter la pluie en dansant

Couleur des mots, figures de style et plus encore.

Chacun ses talents, les miens ne s’étendent pas aux images.

 

Quelque jours plus tard, dans mon journal quotidien: l’auteur parle des noms de villes, « ils sont restés dans ma mémoire comme des couleurs fanées, des bruits sourds, des odeurs évanouies, mais aussi comme la musique ancienne et magnifique qui nomme un pays ». Yves Boisvert, parlant de l’Abitibi, La Presse, 24 mai 2019.

L’impuissane

Ce texte sera court et pour cause…

Si vous croyez que je vais vous entretenir de l’impuissance virile, détrompez-vous. Je suis une femme et je m’attarde à l’impuissance psychologique.

 

Les éternels optimistes parlent de frustration, les sociologues, d’aliénation, j’écris sur la dimension psychologique. L’impuissance, c’est comme une anesthésie… rien à faire, impossible d’agir pour contrer le négatif. Sensation détestable, s’il en est une.

Je me pensais pourtant aguerrie, je pratique le lâcher-prise depuis ses dernières années, avec efforts, mais je réussissais. Cette fois, je voulais, mais l’impuissance m’a rattrapée…ma santé mentale vacille.

Je me souviens du temps où, conférencière, je prônais de fuir l’impuissance à tout prix, pour faire rempart au stress. Je prêchais l’action, la réaction positive. De beaux mots me dis-je, aujourd’hui que je suis piégée.

Je ne peux rien contre la météo, la maladie et la mort de mes amis(e), le vieillissement, les séparations, les angoisses de mes proches.

Je ronge mon frein et je « prends sur moi », comme le veut la sagesse populaire.

Je cultive donc les petits plaisirs, ceux sur lesquels j’ai du contrôle.

Pendant ce temps, j’oublie l’impuissance.

 

 

Drôle de société!

Je vis dans une société moderne et démocratique.

Voici ce que j’ai trouvé récemment à la lecture du quotidien La Presse : des associations, des fondations, des regroupements, des ordres, des corporations, des instituts, des cercles, des ligues, des organisations, des centres, des représentants (de l’enseignement, de l’enseignement à domicile, des soins infirmiers, des super-infirmières, etc.).

J’ai poursuivi mes lectures : des sociétés, des chambres, des observatoires, des conseils, des secrétariats m’apparaissent,  sans parler des nombreuses commissions.

Les comités sont innombrables : comités consultatifs, comités exécutifs, comités à l’éthique, comités paritaires, comités ad hoc et sous-comités de tout acabit.

Les endroits d’expression, forum, congrès, colloques, festivals foisonnent, sans oublier les réseaux sociaux. Et les championnats?

Sans compter les partis politiques et les divers gouvernements.

Il y a des lieux d’inclusion pour beaucoup de personnes, MAIS,

il y a aussi des formulaires, des comptes rendus, des rapports, des permis; beaucoup de strates bureaucratiques à franchir pour obtenir… ou parvenir à…

Devant cet écheveau d’instances, je suis perplexe.

Drôle de société!

 

N.B. Ces appellations possèdent chacune un logo. Le suivant remporte la palme du logo le plus mystérieux et difficilement déchiffrable : FECHIMM, Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du grand Montréal.

 

Vilaine météo

Vilaine météo!

Je m’étais convaincue que les inondations de 2017 étaient accidentelles, c’était une première en mes 35 ans de propriétaire riveraine. Elles ne se reproduiraient plus, malgré les prévisions alarmistes des oiseaux de malheur qui prédisaient le contraire : les changements climatiques auraient des conséquences négatives, disaient-ils.

non… non… non… NON… NON…

Les protestations tournaient dans ma tête. J’ai nié tant que j’ai pu, tant que je n’ai pas vu les photos prises par mon fils aîné : l’eau ravageait nos terres comme en 2017.

Le coeur me manque, les forces aussi. Cette adversité survient à un mauvais moment pour moi et chaque membre de ma famille.

Je pense à l’incertitude, à l’électricité coupée, à l’escalier arraché, aux plantes noyées, au gazon perdu, aux abords encombrés de bois, aux débris apportés par l’eau et je pleure. L’intérieur sera-t-il touché? C’est LA question à laquelle personne ne peut répondre.

Recommencer, faire preuve de résilience; je n’ai pas le choix. Faire face, braver le mauvais sort. Je songe et je rêve à éviter un autre désastre de ce genre : rebâtir le chalet, l’élever, changer les pieux. Mon domicile d’été repose sur un terrain en pente! Que faire? À quoi suis-je autorisée sur ce petit lopin de terre. Les nouveaux règlements sur les rives et les terrains sont très limitatifs. Défense de ceci, défense de cela, un vrai casse-tête. Selon l’expression de mon ami de France, je vais me « prendre la tête ».

 

Je me redresse et me tiens très droite, posture anti-dépression; son efficacité sera mise à rude épreuve…

Dates et validité

Après 200 ans, un objet devient une antiquité, après 60 ans, les personnes doivent être remodelées, après quatre ans, Radio-Canada et d’autres changent leur programmation (notre canal bien aimé rajeunit ses émissions), après 20 ans, il faut « rafraîchir » …

Le rafraîchissement est très à la mode.

La publicité m’a suggéré de rafraîchir mes placards, puis ma garde-robe. Il semble que mon décor a aussi besoin d’être renouvelé périodiquement.

D’après ce que j’entends, « trente ans » semble une date butoir pour l’intérieur d’un édifice, le gong a sonné, rénovations! Les annonces publicitaires utilisent également le mot revitaliser ou renouveler ou redéfinir : synonymes de rafraîchir?

Ma coiffeuse m’a proposé de rafraîchir ma coupe de cheveux.

Et maintenant, j’ai appris par mon journal « qu’on a rafraîchi la législation » !

Au suivant!

les permis, un brin d’histoire

Au Québec, les chauffeurs de taxi protestent et s’indignent; ils ont payé entre 100,000$ et 200,000$, un permis qui aujourd’hui ne vaut plus rien à cause d’une législation projeté. Leur histoire ne s’arrête pas là…mais elle m’a fait réfléchir…

Combien René Bernier a-t-il déboursé pour son permis de propriétaire de taverne dans les années 40? Était-ce une somme aussi faramineuse?

J’avais l’âge de raison. Le dimanche, j’allais à la taverne pour jouer avec les chats qui, en temps normal, séjournaient dans la cave; René s’acquittait de la comptabilité. Le permis était un privilège politique, expliquait-il à notre famille « je dois contribuer à la caisse électorale du parti qui me délivre le permis, mais je donne aussi à l’autre parti, au cas où… »

Soixante ans plus tard, ma curiosité s’active et je cherche le prix de ce fameux permis.

Je consulte les archives du Musée de Lachine. Les procès-verbaux de l’Association des taverniers de l’Île de Montréal m’ont éclairée sur tout, sauf le coût des permis. Ces textes décrivent la hausse du prix des permis, celle de la bière en fût, les négociations sur la grosseur du verre, le remplacement des barils en bois par les barils d’acier, la taxe d’affaire, la « protection », etc.

Cette lecture m’a fait revivre les affres de René Bernier au sujet de son commerce. Les cadeaux des brasseries (des verres) ne suffisaient pas à le rassurer. Après son décès, sa femme a hérité de tous ces casse-têtes. J’ai trouvé la réponse à ma question dans l’acte de vente du commerce en 1987. Dans une annexe, tout en bas :

le permis coûtait 1079.00$.

Rien à voir avec le coût des permis de taxi en 2018…