L’éloge de la lenteur

En souvenir de Pierre Lamy

J’avais un ami qui collectionnait les livres intitulés « L’éloge de… ». Avait-il « L’éloge de la lenteur » dans sa bibliothèque?

 

C’est se situer à contre courant que de parler de lenteur à une époque où beaucoup de personnes vivent à 100 kilomètres/heure, où, par exemple, on apprend à « jouer au tennis en un instant », etc.

Ceux ou celles qui me voient bouger ou me déplacer s’émerveillent de ma prudence : mes gestes sont lents et calculés. Sous ce vernis de prudence, se cache la lenteur. Elle m’est venue avec l’âge mûr qui est maintenant le mien.

Des amis de ma génération admettent, devant moi (pas en public), un certain ralentissement. « Je fais tout ce que je faisais avant, mais plus lentement ».

Ma démarche sur la glace est devenue plus « attentive », mes changements de position (ex de couchée, à levée) sont exécutés avec grâce mais jamais brusquement. Je suis championne des précautions. Je parle plus lentement, sous prétexte de chercher le mot juste. Mon écriture est modifiée si j’essaye de rédiger rapidement.

Il y a quand même des avantages. Je ne suis plus victime de chûtes sur les trottoirs glacés, il n’y a plus de marques de frottements jaunes sur mon véhicule rouge, pas d’accrochages avec d’autres automobiles. En résumé : moins de vitesse, mais plus de  précision.

Observant mes nouvelles compétences, mon ami (s’il était encore parmi nous) me demanderait sans doute d’écrire un

« Éloge de la lenteur ».