Un petit ennui

Résumé

David, le nouveau personnage de Clarisse a connu un succès fulgurant avec une chanson : Le souffle. Yves, l’amoureux de Clarisse, s’attarde au loin, ses protégés gagnent des médailles. Revenue de son voyage à Venise, Clarisse retrouve le quotidien de sa ville. Elle se bute aux changements technologiques liés à la communication.

Épisode

Clarisse a fait une concession à la modernité, elle utilise un téléphone intelligent, communément appelé smartphone. Elle a appris à texter, mais sans utiliser le langage abrégé des utilisateurs réguliers, un jargon pour les accros, à son point de vue. Elle continue de s’accrocher aux mots, même si elle a lu que se sont des « has been ». Dans son livre sur les selfies, Elsie Godard explique : « le monde s’écrit en photos.

Clarisse continue, malgré tout, son travail d’écriture. Elle attend un nouveau succès de David avant de poursuivre un autre épisode de son roman. Elle mise beaucoup (trop?) sur les aventures de son personnage. Celui-ci, complètement absorbé par la préparation de son prochain CD, délaisse la communication avec l’écrivaine. Malgré cela, Clarisse le trouve attachant : elle aime son côté intrépide et enthousiaste.

La romancière se sent victime des routines quotidiennes.
« Ah, les tâches domestiques! »
Ses réflexions moroses sont interrompues par le carillon d’une sonnette.

C’est le voisin!
Premier visiteur depuis la mort de Laurent. Il vient aux nouvelles et pose beaucoup de questions. Clarisse trouve indiscret celui qu’elle estime grand porteur de commérages.
Enhardi, par la tasse au contenu fumant que lui offre toujours l’écrivaine, il lui propose de l’accompagner dans un salon de thé :
… question de prendre plus de temps…

Clarisse est estomaquée; le grand bavard en veut plus! Quel culot!
Elle trouve un prétexte pour reporter la sortie et le met gentiment à la porte.

Reviens Yves!
Clarisse croit que la présence d’un conjoint découragera cet audacieux voisin. L’importun avait remarqué les longues périodes d’esseulement de Clarisse.
« Il partage mon palier, mais pas mon lit! » pense-t-elle.

Reviens Yves!
Elle y pense à nouveau. Intensément.
Ils seraient bien tous les deux dans la grande maison de campagne de son père. Sa belle-mère, son frère, sa sœur, leurs enfants, ont eu tout le loisir d’y séjourner.
« Après le 15 août, ce sera mon tour ».

Elle rêve de ce lieu qui est magique pour elle.

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Godart, Elsie, Je selfie donc je suis, éditions Albin Michel, Paris, 2016, 224 pages.

Un mauvais pressentiment

Résumé.
Après quatre mois d’absence, Clarisse revient à son appartement de l’avenue des Érables. Yves travaille à l’étranger et Laurent, le personnage principal de son nouveau roman tente l’équitation avec Luce la nouvelle femme de sa vie; l’hémodialyse ne semble pas le préoccuper particulièrement. Clarisse rencontre beaucoup d’obstacles dans son projet d’écriture.

Nouvel épisode.
Clarisse n’arrive pas à profiter de son nouveau mode de vie, un vilain pressentiment la taraude. Elle essaye d’écrire et de plonger dans l’univers de Laurent et de Luce… elle n’y arrive pas, elle est en panne de mots.

Elle sort et tente de redécouvrir son quartier et ses commerces, ses haltes préférées, rien n’y fait. Revenue à la maison, le cœur lourd, un étau autour de la tête, elle tourne en rond… Elle cherche, elle cherche, elle consulte ses messages et ses courriels : rien d’anormal.

Elle feuillette distraitement son journal et se retrouve à la page de la nécrologie.

« Mon Dieu! Suzanne Lapointe est décédée accidentellement, à Toronto!!! C’est mon amie depuis l’école!…
Quelle folie d’être partie si loin! L’attrait de Random House a pesé plus lourd que le confort de ses vieilles amitiés. Elle avait faim de nouveauté. »

Et Clarisse de se remémorer leurs folles aventures… surtout leurs sorties dans les discothèques de la grande ville! Elles affectionnaient le Cercle. C’était le temps où la faim n’avait pas d’importance et qu’il leur semblait naturel d’avoir la tête dans les nuages.

Avec le temps, Suzanne s’était assagie, transformée, laissant derrière elle ses rondeurs et son style « granola ». Moderne, dynamique, élancée, elle venait, de temps en temps, au 3245 av. des Érables, lui raconter les potins de la grande Maison.

« Elle m’a beaucoup encouragée et m’avait promis, le temps venu, de faire traduire mes romans en anglais. »

Clarisse, atterrée, se désole…
Au bout d’un moment, tête baissée, elle plonge dans son échappatoire préférée : l’écriture.

Le retour

Résumé
Réfugiée à la campagne, dans la maison de son père, Clarisse tente d’écrire un deuxième roman dont Laurent est le héros. Malgré un abonnement forcé à l’hémodialyse, il vient de se mettre à l’équitation avec Luce, la nouvelle femme de sa vie.
De son côté, Clarisse se remet lentement de la disparition de son conjoint Philippe. Yves, un amoureux d’autrefois, apparaît dans le décor; elle succombe finalement aux charmes de son côté artistique. L’auteure et la femme se retrouvent en conflit quant à l’emploi de leur temps. Malgré l’absence de résolution de ce dilemme, Clarisse décide de rentrer chez elle.

Nouvel épisode.
Elle est arrivée.
Insensible aux brutalités de la métropole, elle se délecte dans la reprise de possession de son appartement. « Oh! Mes souvenirs de voyage, ma literie, ma vaisselle! » La femme rayonne, toute au bonheur de retrouver « ses affaires »…

Le souvenir de Philippe traîne encore dans certaines pièces. « Pourtant, j’ai donné tout ce qui pouvait être donné… » Elle compte sur le plaisir des mots et l’omniprésence de Laurent pour combler ce vide. Elle s’installe devant ces feuilles blanches. « Il me faut le retrouver… »

Entre deux ballades équestres, son héros se retrouve au travail. Ses collègues de longue date partagent un certain ennui : « la routine me tue! » s’exclame Louis. Les échéances les secouent, mais il y en a peu chez Imel. Laurent, informaticien, vit plus de défis : les bris, les impasses, les incompatibilités le tiennent en haleine.

Certains amis jalousent son plaisir professionnel, Jocelyn en particulier, qui n’a ni sa force de caractère, ni sa résilience; il a récemment été contraint de prendre un congé de maladie. Laurent tente de le guider dans le retour à la vie normale.
« Et puis, viens t’amuser un peu! »

Ce Laurent, pense Clarisse, quel soleil pour ses proches! Elle est très fière de lui… enfin, de ce qu’il représente.

Malgré la distance, Yves se fait accueillant, lui souhaite la bienvenue et lui promet une visite dès son retour. Grâce à son Atlas, Clarisse a repéré le lointain pays où il travaille.

« Tout va bien, mais j’ai un mauvais pressentiment… »

Désarroi

Résumé. Réfugiée à la campagne, dans la maison de son père, Clarisse tente d’écrire un deuxième roman dont Laurent est le personnage central; les reins de ce dernier ont flanché et il doit se résigner à l’hémodialyse. Malgré tout, il veut essayer l’équitation. De son côté, Clarisse se remet lentement de la disparition de Philippe, son conjoint. Yves, un ancien amoureux a refait surface…

Nouvel épisode.
Laurent est heureux lorsque Clarisse s’occupe de lui, ici, dans la grande maison familiale.
« Mais je m’ennuie de mes plantes, et puis Noël s’en vient. De plus, il faudrait que je sorte de ce justaucorps qui me tient lieu de vêtement! Enfin, je dois l’avouer, Yves me manque! »

Comment organiser sa vie entre ses deux hommes? « Je les aime tous les deux! » s’écrie Clarisse. Déchirée, partagée, elle erre dans la demeure familiale.

Pendant ce temps, Laurent, galope, heureux, vivant. Il découvre de nouvelles sensations. « Luce! Quelle merveilleuse idée! » Ensemble, ils dévorent champs et forêts. « Je n’ai pas les moyens d’acheter une bête, mais je louerais volontiers des chevaux qui appartiennent à l’écurie de Josiane. » Luce et lui devisent des coûts et des horaires, comme si le temps n’était pas compté.

Clarisse continue de tourner en rond.

« Comment tout concilier? Avec Philippe, c’était facile. Ses allers-retours de la maison étaient quotidiens, ses horaires prévisibles. »

Selon sa mauvaise habitude, elle cherche une solution à l’extérieur d’elle-même et se met à fouiller dans les biographies d’artistes achetées par sa mère. Après le décès de Véronique, personne n’a osé toucher à sa collection de livres. Peintres, écrivains, sculpteurs sont restés sur les étagères pour le plus grand plaisir de Clarisse qui repère chez ces hommes et ces femmes les conditions favorables à la création…

D’après ce qu’elle a lu, les écrivains disposent d’une plus grande marge de manœuvre : s’isoler dans un autre lieu (ce qu’elle a toujours pratiqué), s’isoler dans le temps (selon des horaires fixes, ils sont « ailleurs »).

Clarisse hésite… cherche sa voie…

Le soleil couchant illumine le paysage, les arbres se parent de couleurs plus vives; décor de rêve. Insensible à la beauté qui l’entoure, Clarisse est d’humeur chagrine et reste concentrée sur la recherche d’une éventuelle vie heureuse.

« On dirait que je ne suis pas née pour le bonheur… Je n’arrive pas à me réjouir longtemps ».
Plongée dans ses pensées, les injonctions de son enfance lui reviennent: il ne faut pas trop en demander… la vie n’est pas une partie de plaisir…

« Ce n’est pas drôle tout ça! Quelle vision étriquée de mon avenir! »

Clarisse perçoit qu’un grand ménage s’impose dans sa tête et dans sa vie.

Les écarts de Clarisse

« Je n’ai pu résister!
Eh oui, Yves est venu. Il a passé une semaine avec moi. Mon texte a pris du retard… »

Maintenant que la maison est à nouveau paisible, Clarisse a repris son dialogue avec son personnage tant aimé. Elle renonce à se promener parmi les érables en flammes et reste sagement assise devant ses feuilles blanches.

« Excuse mon absence Laurent… Cette fois, je m’y mets pour de bon. Où en étions-nous?
Ah oui, l’équitation. L’hémodialyse de nuit (à la maison) te permet de gagner du temps… et Luce t’entraîne dans de nouveaux sentiers… Je présume que tu peux te le permettre. Ma copine Josiane vous prêtera deux chevaux de son écurie pour un essai. »

Laurent esquisse un large sourire.

Tout ce qui le rend heureux prolonge sans doute sa vie… songe Clarisse qui prévoit déjà des épisodes où les chevaux seront omniprésents.

Rassurée sur l’évolution de son personnage, elle se surprend à penser à Yves, à leurs échanges et à ses révélations.
Le temps d’une valse, il lui a confié un secret qu’il garde jalousement : il s’est mis à la musique, lui, l’entraîneur de patinage de vitesse. Au fil des ans, il a appris la mélodie, le rythme, l’orchestration, il a fait le tour… du jardin musical. Mille questions viennent à Clarisse, mais, de peur d’être inquisitrice, elle se contente de l’écouter.

Quelle surprise! Une âme d’artiste dans un corps d’athlète!

Elle s’était mise à trouver Yves plus sympathique. De découverte en découverte, elle s’était rapprochée de cet homme, différent de celui qu’elle avait connu autrefois.

On connaît la suite…

« Qu’en pense Laurent? Se sent-il abandonné par cette nouvelle présence dans ma vie? »

Clarisse, revenue à sa table de travail, s’inquiète.