Turbulences

Résumé
David travaille à Montréal avec ses musiciens. Yves, en vacances, accompagne Clarisse à la maison familiale du père. La romantique écrivaine est ravie, mais sa paix est de courte durée. Son frère Claude la prévient que leur père est retenu à l’urgence de l’hôpital régional.

Épisode

La fièvre se maintient chez son père. Les médecins soupçonnent une infection bactérienne et lui injectent une forte dose d’antibiotiques. Bien qu’affaibli, Maurice reste capable de manipuler son téléphone cellulaire et tente de rassurer sa fille chérie.
« Je serai bientôt tiré d’affaire ».

N’écoutant que son cœur, Clarisse bondit de sa chaise et se précipite à l’hôpital Saint-Joseph, situé non loin. Sachant que son père n’est pas en isolation, elle déjoue la bureaucratie hospitalière et trouve le chemin qui mène au malade. Malgré une fatigue évidente, il lui sourit et lui prend la main. Elle est contente, mais pas rassurée. Les longs moments passés à le regarder dormir n’arrangent rien.

De retour à la campagne, Clarisse oublie les échéances du roman à écrire, elle ne pense qu’à son papa. Aurait-il caché à tous son état de santé réel? Elle fouille sa mémoire et se reporte à leurs dernières rencontres. Elle cherche des symptômes, des signes, un comportement inhabituel… Rien. Elle ne repère rien. D’où vient cette forte fièvre? Mystère.

À la suite de persévérants appels à l’urgence, elle apprend que l’état du malade exige des soins continus et qu’il a été transféré dans une chambre avec d’autres patients. Les visites à l’hôpital se multiplient.

Yves, souvent délaissé, sent que Clarisse est triste, même si elle s’efforce de n’en rien laisser paraître. Il s’est fait discret pour laisser place aux enfants de Maurice. Les frère et sœurs se relaient dans la chambre qui leur semble peu ‘hospitalière’.

Le séjour de Maurice se prolonge, ses jours sont-ils comptés? Aux yeux de sa famille, la question se pose.

une fête qui tourne mal

SURPRISE pour les parents : le tout petit obtient son congé de l’hôpital!
Après mes 15 jours de fréquentation du service de néonatalogie et de centration sur l’allaitement du prématuré, c’est le retour à la maison avec mon premier enfant. Le père, excité et fier, a convié, à l’improviste, quelques collègues de travail pour fêter l’arrivée de son fils.

Je savoure une première coupe de bulles… j’entends des pleurs, je monte en vitesse à l’étage m’occuper du nouvel arrivant. Malgré le sein offert, ma tendresse et tous mes efforts de réassurance, le nouveau-né pleure sans relâche… je suis désemparée, envahie par un fort sentiment d’incompétence. Il fait très chaud, par les fenêtres ouvertes, j’entends les rires des autres, dans le jardin; ils boivent du champagne! Et moi, je ne suis plus de la fête, je suis terrée au deuxième étage (avec mon bébé inconsolable), prisonnière et impuissante.

Des larmes de désolation coulent silencieusement sur mes joues. Ce fils prématuré a déjoué ma planification; je suis démunie « sans vêtement de nouveau-né, sans berceau, sans même une épingle à couche! Mère indigne! »

Je suis en jupon, assise sur mon lit, la tête penchée, les épaules voûtées, le petit dans les bras, solitaire. Je cherche en vain la merveilleuse solidarité féminine dont on vante les mérites en pareilles circonstances. « Ma mère, mes tantes, ma sœur, mes amies, mes collègues où êtes-vous? ».

C’était ma première détresse de mère…

Un imprévu de taille!

Résumé
Yves travaille, Laurent poursuit ses lectures spirituelles et Clarisse tente de renouer avec la ville, avec son quartier. Les travaux municipaux de la belle saison la contrarient…

Épisode
Clarisse rêve de la campagne. Romantique, elle a oublié les toiles d’araignées quotidiennes, le bruit sans cesse répété des tondeuses, les arrosages multiples, la poussière noire qui recouvre les surfaces, etc. Elle ne pense qu’à la réduction du bruit, de la foule et des travaux « d’infrastructures ».

« Papa, me permettrais-tu de séjourner dans ta maison pendant l’été? »

« Bien sûr, si tu me laisses les trois premières semaines de juin. »

« ? »

« Je voudrais y amener Cécile »

Clarisse tombe des nues; son père, à 75 ans! Et elle, avec une belle-mère! Un imprévu majeur! Elle poursuit néanmoins la conversation.

« Certainement, j’arriverai à la fin de juin, après mon voyage à Venise. »

Clarisse pose le téléphone; immobile, elle tente de faire face à la réalité.
Sa mère est morte depuis trois ans… Son père est dynamique et en bonne santé… Elle aurait dû s’y attendre… Il reste que le remplacement de sa mère ne lui plaît pas. Les souvenirs la submergent… mais surtout les leçons.

-Prendre ses précautions. Avant une sortie, elle posait toujours la question :
« As-tu pris tes précautions? » Sinon, elle attendait que je me sois exécutée.

-Avoir des tenues assorties. De la tête aux pieds : les dessous, chapeaux et accessoires inclus.

-Se garder au frais pendant la canicule. Fermer la maison, baisser les stores, garder les cheveux et le maillot de bain mouillés.

-Planifier la coordination de ses vêtements. Au coup de cœur, il faut ajouter un peu de réflexion.
« Tu as très envie de ces souliers rouges. Avec quoi les porteras-tu? »
« Avec ma robe de taffetas. »
« Si tu achètes des souliers noirs, avec quoi les porteras-tu? »
« Avec plusieurs autres jupes et robes. »
« Alors, que choisis-tu? »

Ces préceptes m’ont été utiles, songe la romancière. Il y en a sûrement eu d’autres, mais ceux-là restent prégnants malgré le passage des décennies.

Clarisse parviendra-t-elle à s’accommoder d’une belle-mère?

L’avenir

Résumé
Entre deux visites de son nouvel amoureux, Clarisse tente de reprendre le fil de son nouveau roman, mais elle n’y parvient guère. Il y a des nœuds qu’elle ne peut défaire. Il lui répugne de décrire les amours de Laurent et de Luce; elle s’y résignera sans doute un jour…

Nouvel épisode
Lors de son dernier séjour, Yves lui a proposé de voyager avec lui (et son ordinateur, bien entendu). Clarisse songe sérieusement à cette suggestion. Le passé remonte à la surface. Des moyens financiers limités ont marqué sa jeunesse, et plus tard, Philippe devint prisonnier de son travail. Elle s’est peu déplacée jusqu’à ce jour.

Ses vieux rêves remontent à la surface : des villes historiques, des paysages insolites… Malgré le charme d’Yves, les anneaux de glace ne réussissent pas à retenir son attention longtemps.

« J’y pense, mon chéri est fou de musique. Si on allait à l’opéra? Il y a La Fenice qui par un merveilleux hasard se trouve à Venise! Je crois que ce théâtre a été reconstruit après le dernier incendie. Je vais vérifier… Le roman peut attendre.»

Clarisse est déjà mobilisée. Elle fouille l’internet et les guides de voyage hérités de sa mère. Elle a déjà tracé son séjour à coup de vaporettos. Puis, elle s’interrompt, comme frappée par la foudre, la culpabilité la secoue

« Il faudrait quand même planifier à deux! Je deviens une horrible manipulatrice! »

Elle va attendre la présence d’Yves pour effectuer les démarches pratiques, mais elle continue néanmoins de rêver… Les romans de Donna Leon lui ont fait découvrir non seulement les nombreux problèmes de Venise : pollution des eaux, pêche illégale, corruption de tous genres, mais aussi de merveilleux paysages, grâce au commissaire Brunetti. Ce dernier vogue au-delà du Grand canal pour mener ses enquêtes; grandes marées, pluies, canaux secondaires, rien ne le rebute.

De plus,Clarisse se souvient que son amie Suzanne lui avait parlé de certaines publications de Donna Leon chez Random House. Dans un élan d’enthousiasme, la romancière avait même conservé une découpure de journal où Donna Leon partage ses bonnes adresses au pays des doges.

« Venise, ce serait merveilleux!!! » pense Clarisse, toute excitée par ces perspectives.

Plus tard, malgré tout, une vague inquiétude se manifeste. Que devient Laurent?

Elle a prévu pour son héros, le deuil d’un être cher, mais elle ne s’attendait pas à pareille réaction. Il est profondément affecté, et de façon persistante…

« Je n’aime pas les départs définitifs. Je ne crois pas à une autre vie. »

Laurent, inconsolable, glisse imperceptiblement vers la dépression. La romancière se demande comment le sortir de ce passage sombre.

Y réussira-t-elle?

Le retour

Résumé
Réfugiée à la campagne, dans la maison de son père, Clarisse tente d’écrire un deuxième roman dont Laurent est le héros. Malgré un abonnement forcé à l’hémodialyse, il vient de se mettre à l’équitation avec Luce, la nouvelle femme de sa vie.
De son côté, Clarisse se remet lentement de la disparition de son conjoint Philippe. Yves, un amoureux d’autrefois, apparaît dans le décor; elle succombe finalement aux charmes de son côté artistique. L’auteure et la femme se retrouvent en conflit quant à l’emploi de leur temps. Malgré l’absence de résolution de ce dilemme, Clarisse décide de rentrer chez elle.

Nouvel épisode.
Elle est arrivée.
Insensible aux brutalités de la métropole, elle se délecte dans la reprise de possession de son appartement. « Oh! Mes souvenirs de voyage, ma literie, ma vaisselle! » La femme rayonne, toute au bonheur de retrouver « ses affaires »…

Le souvenir de Philippe traîne encore dans certaines pièces. « Pourtant, j’ai donné tout ce qui pouvait être donné… » Elle compte sur le plaisir des mots et l’omniprésence de Laurent pour combler ce vide. Elle s’installe devant ces feuilles blanches. « Il me faut le retrouver… »

Entre deux ballades équestres, son héros se retrouve au travail. Ses collègues de longue date partagent un certain ennui : « la routine me tue! » s’exclame Louis. Les échéances les secouent, mais il y en a peu chez Imel. Laurent, informaticien, vit plus de défis : les bris, les impasses, les incompatibilités le tiennent en haleine.

Certains amis jalousent son plaisir professionnel, Jocelyn en particulier, qui n’a ni sa force de caractère, ni sa résilience; il a récemment été contraint de prendre un congé de maladie. Laurent tente de le guider dans le retour à la vie normale.
« Et puis, viens t’amuser un peu! »

Ce Laurent, pense Clarisse, quel soleil pour ses proches! Elle est très fière de lui… enfin, de ce qu’il représente.

Malgré la distance, Yves se fait accueillant, lui souhaite la bienvenue et lui promet une visite dès son retour. Grâce à son Atlas, Clarisse a repéré le lointain pays où il travaille.

« Tout va bien, mais j’ai un mauvais pressentiment… »

Une détresse assumée

Immobile, roulée en boule sur mon canapé…

Le temps s’est arrêté, le vouloir aussi. Je suis inerte, incapable de penser, encore moins de planifier et d’organiser le quotidien. Quelle désolation ! Sur le sofa, j’ai déposé ma fatigue, mon malaise et j’attends, effondrée…

Un lourd silence ajoute à l’irréel de cette pause involontaire.

Dévastée par cette impuissance, je sens mon cœur s’alourdir. Si quelqu’un pouvait me secourir, m’accompagner dans ce moment de détresse.

Une mère saurait…Elle prendrait le relais. Je serais bercée, nourrie, bordée, rassurée : « ne t’en fais pas, ça va passer ».

Maman, au secours !

Supplique inutile, je suis seule…