La suite

Résumé
Le nouvel amoureux de Clarisse est occupé, son Laurent est aux prises avec un chagrin d’amour et elle s’est retrouvée avec une belle-mère. Les souvenirs de sa propre mère ont refait surface.

Épisode
Clarisse se l’avoue « je suis une grande angoissée ». Sa plus grande inquiétude, mais aussi sa plus secrète, porte sur la fidélité d’Yves. Elle n’en a soufflé mot à personne…

« J’ai beaucoup lu sur l’érotisme des hommes : leurs pulsions irrépressibles, leurs besoins de variété, leurs penchants pour l’immédiat… »

Son imagination n’a pas de limite. Elle s’est mise à penser à tout le temps libre dont dispose l’entraîneur quand il est au loin. Il est encore jeune, certainement tenté. Leur amour est tout neuf, Yves est sans doute comblé, mais… les craintes de Clarisse restent vives.

« Si je continue, je vais gâcher le présent! Je ferais mieux de me concentrer sur mon personnage »

Une autre source d’inquiétude!

« Devrais-je continuer de raconter son histoire? Les lecteurs s’intéresseront-ils à ce qui est devenu les malheurs de Laurent? »

Munie de son clavier, elle consulte Yvan.

« Cher ami,
Laurent me déconcerte de plus en plus : l’hémodialyse, la perte d’un ami cher, la dépression subséquente, les recherches spirituelles interminables et pour finir, une grosse peine d’amour. Dois-je continuer ou changer de personnage?
Clarisse »

« Chère amie,
Crois-tu en ton héros? Si oui, donne-lui des outils pertinents!
Yvan »

Clarisse réfléchit à ce qui pourrait aider Laurent…Les propos des rescapés lui reviennent en mémoire : l’espoir. L’espoir, c’est la clé de la survie.Est-il trop tard pour Laurent? Comment insuffler la confiance dans l’âme de son personnage?

Clarisse cherche…

Autre drame

Résumé
Laurent, héros de son prochain roman, reste plongé dans ses lectures mystiques. Yves est revenu, mais il est temporairement noyé dans la « paperasse ». Clarisse tente tant bien que mal d’organiser sa vie citadine. Sur ces entrefaites,voilà qu’elle se découvre une belle-mère, en la personne de Cécile.

Épisode
Les souvenirs de sa mère la hantent : les sorties au centre-ville, les repas au 9e du magasin Eaton, le « smoked meat » chez Dunn’s, la correction des devoirs, les tests de mémoire (y compris les chères tables de multiplication), l’apprentissage de la nage, de l’élégance vestimentaire et des couleurs incompatibles (le rose et le rouge), tout se bouscule dans la tête de Clarisse.

Occupée à gagner sa vie par l’écriture, elle n’a pas pris le temps de pleurer sa mère. Elle se rend compte aujourd’hui qu’elle a sauté des étapes. Et, dans ce contexte, il lui faudrait intégrer une belle-mère!

Consulté sur le sujet, Yves se veut rassurant.
« Tu n’es pas obligée de fréquenter Cécile assidûment. Les grands événements familiaux suffiront. »

« Je le sais, mais… »
Clarisse reste songeuse et se dirige vers son bureau où Laurent l’a attendue.

« Luce m’a quitté! »

Partagée entre la compassion et le ressentiment, elle s’efforce d’écouter cet homme devenu piteux et vouté.

« J’avais raison de me méfier », songe-t-elle. « Je n’ai jamais aimé cette fille. Pas étonnant que je n’aie jamais pu écrire sur ces amours avec Laurent. C’est facile d’aimer une personne resplendissante, dynamique, en pleine possession d’elle-même, mais, plus difficile, lorsque celle-ci devient endeuillée, angoissée, aux prises avec des doutes existentiels. Luce avait-elle la force de caractère voulue? Avait-elle des sentiments amoureux suffisamment profonds? »

Clarisse s’efforce de mettre de côté ses pensées personnelles pour trouver des mots réconfortants. En quête de soutien, Laurent boit ses paroles et trouve finalement le courage de partir travailler.

L’écrivaine ne peut s’empêcher de penser à son nouveau couple…
« Yves va-t-il s’accommoder de mes multiples inquiétudes et continuer de m’aimer? »

Un imprévu de taille!

Résumé
Yves travaille, Laurent poursuit ses lectures spirituelles et Clarisse tente de renouer avec la ville, avec son quartier. Les travaux municipaux de la belle saison la contrarient…

Épisode
Clarisse rêve de la campagne. Romantique, elle a oublié les toiles d’araignées quotidiennes, le bruit sans cesse répété des tondeuses, les arrosages multiples, la poussière noire qui recouvre les surfaces, etc. Elle ne pense qu’à la réduction du bruit, de la foule et des travaux « d’infrastructures ».

« Papa, me permettrais-tu de séjourner dans ta maison pendant l’été? »

« Bien sûr, si tu me laisses les trois premières semaines de juin. »

« ? »

« Je voudrais y amener Cécile »

Clarisse tombe des nues; son père, à 75 ans! Et elle, avec une belle-mère! Un imprévu majeur! Elle poursuit néanmoins la conversation.

« Certainement, j’arriverai à la fin de juin, après mon voyage à Venise. »

Clarisse pose le téléphone; immobile, elle tente de faire face à la réalité.
Sa mère est morte depuis trois ans… Son père est dynamique et en bonne santé… Elle aurait dû s’y attendre… Il reste que le remplacement de sa mère ne lui plaît pas. Les souvenirs la submergent… mais surtout les leçons.

-Prendre ses précautions. Avant une sortie, elle posait toujours la question :
« As-tu pris tes précautions? » Sinon, elle attendait que je me sois exécutée.

-Avoir des tenues assorties. De la tête aux pieds : les dessous, chapeaux et accessoires inclus.

-Se garder au frais pendant la canicule. Fermer la maison, baisser les stores, garder les cheveux et le maillot de bain mouillés.

-Planifier la coordination de ses vêtements. Au coup de cœur, il faut ajouter un peu de réflexion.
« Tu as très envie de ces souliers rouges. Avec quoi les porteras-tu? »
« Avec ma robe de taffetas. »
« Si tu achètes des souliers noirs, avec quoi les porteras-tu? »
« Avec plusieurs autres jupes et robes. »
« Alors, que choisis-tu? »

Ces préceptes m’ont été utiles, songe la romancière. Il y en a sûrement eu d’autres, mais ceux-là restent prégnants malgré le passage des décennies.

Clarisse parviendra-t-elle à s’accommoder d’une belle-mère?

Le printemps

Résumé
Clarisse est passée de la campagne à la ville, de Philippe à Yves, d’un personnage enjoué et dynamique à un Laurent triste et songeur. Son amie Suzanne est décédée, son voisin l’ennuie et la ville se révèle sous un nouveau jour.

Épisode
Clarisse se résigne à laisser Laurent à son destin. Il dit se sentir mieux depuis qu’il a « retrouvé son âme ». Elle croit qu’il faut « laisser le temps au temps » et met son travail d’écriture de côté.

Elle reporte son attention sur le voyage qu’elle réalisera avec Yves. Elle redoute les imprévus : accidents, maladies. Sa nature inquiète ne lui laisse guère de répit. Elle voudrait une aventure parfaite pour leur couple, y compris la planification de l’escapade. Elle n’ose pas avancer seule dans les préparatifs, elle se contente de rêver à Venise, aux multiples couleurs, au miroitement des canaux… Cette ville l’appelle, la fascine…

Par ailleurs, dans sa ville, le printemps est arrivé et Clarisse décide d’arpenter les rues de son quartier. Elle prévoit une merveilleuse flânerie. Mais voilà qu’elle est rapidement confrontée à une multitude de tout-petits qui défile dans plusieurs rues avoisinantes.
« Toutes les garderies du coin ont-elles profité du temps plus doux pour envoyer leurs bambins au parc? Cette petite surface pourra-t-elle contenir et surtout amuser autant de visiteurs?  »

Ces derniers ne lui semblent pas heureux, Clarisse cherche en vain des traces d’exubérance ou de vitalité. Victimes des consignes de sécurité, tenant la corde, ils avancent, résignés. La romancière trouve qu’ils ont l’air d’esclaves.

« J’exagère sans doute, mais la passivité de ces enfants m’a toujours émue. »

Impuissante devant ce déversement de petits, Clarisse poursuit sa route vers ses boutiques préférées. Elle se réjouit de retrouver le petit café aux arômes si persistants, la friperie, les crêpes de Jérôme. Hélas, elle se bute rapidement aux travaux saisonniers : les trottoirs et les rues sont pris d’assaut par la machinerie municipale et gênent l’accès aux commerces. Il y a des passerelles en bois, mais…pour elle, le charme est rompu.

Citadine avérée, elle se surprend à regretter la campagne où elle a séjourné plusieurs mois.

« Serais-je devenue une souris des champs? Après Venise…peut-être… »

Panique

Résumé
Yves, le nouvel amoureux travaille au loin. Laissée à elle-même, Clarisse est la proie de plusieurs tourments; elle s’inquiète particulièrement de Laurent, le personnage central du roman en gestation.

Épisode
Laurent, tout fier, lui tend quelques feuillets; Clarisse reconnaît l’écriture fine et serrée de son personnage.

Objet perdu

Ah, je croyais l’avoir perdue et voici que je l’ai retrouvée.
Je vivais comme je pouvais, sans elle, mais elle me manquait.
Plus fortement à certaines périodes où le désarroi était plus fort,
plus prégnant.
Je la cherchais en tous lieux… en vain.
Je me suis laissé « prendre » par la vie, les problèmes
et les difficultés à surmonter; on m’a qualifié de résilient!
J’étais serein, en apparence…
À l’occasion, je la retrouvais. Je m’accrochais à la certitude
que l’on m’attend de l’autre côté. Puis, je la perdais à nouveau.
Cette fois, je l’ai retrouvée, pour longtemps j’espère…
Cette urne perdue contenait mon âme.

À la lecture de ce texte mystico-poétique, Clarisse s’affole. Elle ne sait plus comment réagir.

« Je devrais peut-être consulter Jules ».

Depuis leur lointaine rencontre dans un atelier d’écriture, une solide amitié s’est développée entre les deux écrivains. Jules a une longueur d’avance : il en est à son troisième roman.

« Devrais-je laisser mon poulain partir la bride sur le cou ou le ramener en terrain plus sûr, mieux connu de moi? »

Son ami l’écoute attentivement, sensible à son désarroi. Les propos d’un de ses professeurs lui reviennent en tête : « écrire un livre, c’est comme aimer quelqu’un, ça peut devenir très douloureux ».

« Je suis de l’école qui privilégie la liberté des personnages et l’aventure qu’ils poursuivent à leur manière. L’auteur ne connaît pas la fin de l’histoire. C’est le côté excitant de l’écriture. »

«Hum, le côté plutôt désarmant! » d’ajouter Clarisse.

Le métier?

Résumé
Clarisse traverse un période difficile, souvenir du suicide de son frère, solitude, inquiétudes au sujet de Laurent, doutes sur son métier.

Épisode
Les longues années d’écriture laissent leur trace et finissent par prendre le dessus. Laurent, ainsi que ceux et celles qui l’ont précédé, s’accrochent aux basques de Clarisse et l’obligent à garder les pieds sur terre. Sa production littéraire n’est quand même pas un champ de ruines…

« Je vais continuer malgré les difficultés ».

Son dernier-né est bien vivant et poursuit ses recherches sur l’au-delà. Impies et chrétiens, anciens et nouveaux penseurs alimentent sa réflexion. Il s’est mis à lire Emmanuel Carrère sur les origines du christianisme : rien de rassurant! Solidement ancrée dans sa foi chrétienne, Clarisse regarde d’un oeil suspicieux les auteurs consultés par Laurent.

« Un salmigondis intellectuel! »

Mais sa curiosité l’emporte et elle attend l’issue de la démarche.
Elle trouve l’hiver bien long. Elle rêve à la Sérénissime. Il lui tarde de se retrouver sur une gondole ou sur un vaporetto. Elle s’est procuré le Calli, Campielli e Canali, espérant mieux se repérer dans cette ville mystérieuse et découvrir les ruelles moins touristiques.

La perspective de Venise lui permet d’oublier ses déboires. Elle contemple les images des palazzos et des fondamentos, émerveillée par cet environnent si différent du sien. Elle s’évade d’un quotidien solitaire qui lui pèse…

« Si seulement Yves était libre! »

Celui qu’on a surnommé le « grand seigneur des anneaux » connaît lui aussi quelques difficultés à se concentrer sur son travail. De plus, la jeunesse de ses protégés le laisse songeur; que d’échelons à gravir pour atteindre le succès! Le fruit de son travail n’est pas toujours évident à court terme…

Voilà qu’Arthur, le voisin, frappe à la porte de Clarisse.

« Ah non, pas encore! » pense-t-elle.

Elle ne peut guère se défiler. Elle sait la solitude de cet homme et comprend son besoin de parler. Elle se résigne à l’écouter en attendant d’avoir quelques ragots à lui servir.
Il déverse un lot d’informations sur sa vie, ses allés et venus ainsi que celles des personnes qu’il côtoie. Clarisse le trouve intarissable et surtout peu concis. Les détails abondent, au grand désespoir de la romancière qui excelle dans la synthèse et la privilégie en tout temps. En plus, il se met à parler de Robert Charlebois comme s’il l’avait toujours connu!

C’est la fin de son thé et Clarisse se lève pour signifier la fin de la rencontre.

« À la prochaine »

Les projets

Résumé
Laurent, personnage créé par Clarisse, connaît des problèmes. L’auteure s’inquiète de son sort. Elle poursuit néanmoins une vie personnelle mouvementée.

Nouvel épisode.
Laurent est méconnaissable. Luce se plaint :

« il est morose, il ne veut plus chevaucher, il ne propose plus de projets, rien ne lui fait plaisir ».

D’humeur mélancolique, il se confine aux tâches routinières et réserve son énergie pour le travail où il est encore fonctionnel. Luce commence à trouver ennuyeux cet homme sans entrain et sans ressort. De son côté, il la trouve peu compatissante. Leurs échanges sont brefs, parfois acrimonieux.

Clarisse reste perplexe. Où est l’homme résilient qu’elle a mis au monde? Elle en oublie presque son voyage à Venise…

Le retour d’Yves la ramène sur terre. Éperdue de confusion, de désir et d’espoir, elle se jette dans ses bras…
Plus tard, elle lui parle de La Fenice. L’enthousiasme de Clarisse est contagieux. L’amateur d’opéra est ravi et un voyage d’amoureux se développe tout naturellement. Reste à fixer un temps. Juin? Cela semble bien loin à l’impulsive romancière, mais son sens du devoir prévaut. Elle doit sauver Laurent du suicide!

L’écrivaine ne manque pas de sens dramatique, mais elle a aussi de l’expérience : son frère a commis l’irréparable…
Il était de huit ans de son aîné: son mentor et son confident. Elle était trop jeune pour comprendre la douleur de Raymond. Rien ne l’avait préparée, ni à ce geste, ni à la longue absence qui s’en suivit. Quelque chose lui manquait, mais elle ne savait pas comment nommer ce vide. Pas étonnant qu’elle se soit longtemps promenée dans la vie comme un automate.

L’écriture avait sauvé Clarisse.