Hommage à ma main gauche

N.B. Si vous êtes gaucher, ce billet n’est pas pour vous.

 

On a beaucoup parlé de la main gauche « qui ignore ce que fait la main droite ». Il y a des cultures où la politesse se serre à la main gauche.

Je suis temporairement handicapée, mobilité très réduite du bras droit, c’est alors que ma main gauche entre en scène.

Elle n’a pas la même habileté que sa consoeur de droite : mes chaudrons sont mal lavés.

Elle me dépanne quand il s’agit de remplir ou de vider le lave-vaisselle: lentement, mais sûrement, à petits poids, un peu à la fois…

Dans ma voiture, elle s’agrippe au volant et, à l’occasion, traverse l’habitacle pour se joindre à la droite et changer les vitesses.

J’ai trouvé une façon originale de trancher le pain (et tout ce qui doit être tranché). Le couteau est immobile dans la main droite et la main gauche promène la miche sur les dents de la lame.

Elle m’aide à m’habiller : tire, tire et pousse.

Elle traîne les draps et les couvertures pour assurer mon confort nocturne.

Elle peut caresser la tête de mon chat, s’il n’est pas allongé sur elle.

Elle a appris à se servir d’une canne, pour prévenir les chûtes.

 

Ma main gauche a des limites. Elle se désiste si je lui demande de réaliser une mise en plis; elle ne porte pas longtemps mon vase à fleurs en cristal. Elle n’écrit pas.

Malgré tout, je fais beaucoup de choses de la main gauche et je commence

à la valoriser. J’irais même plus loin,

 

j’apprends à l’aimer…