Clarisse revient

Résumé de la première année du feuilleton de la vie de Clarisse
LA PERSONNE
Clarisse, a 52 ans. Historiquement brune, elle ne cache pas quelques mèches grises. Elle est restée mince, dynamique et passionnée. Elle est la veuve de Philippe, décédé depuis 18 mois. Avec la complicité de son mari, elle a consacré les dernières années à l’écriture : articles, récits, nouvelles et même un roman.
L’ÉCRIVAINE
Elle s’est sentie consacrée « écrivaine » lorsqu’elle a reçu un prix littéraire du gouverneur général. Elle s’est mise à écrire un deuxième roman. Son personnage principal, Laurent, 40 ans, informaticien, souffre d’une déficience rénale qui le contraint à une dialyse quotidienne. Il s’exécute, de nuit, à la maison et mène par ailleurs une vie normale. Il a des projets et une nouvelle femme dans sa vie : Luce.
Clarisse a développé une relation étonnante avec son héros. Elle n’a aucune distance vis-à vis Laurent. Elle lui parle, le traite comme un proche, partage ses joies et de ses peines; on croirait une personne en chair et en os. Au cours des derniers mois, il a connu la mort d’un ami très proche, vécu une dépression, tenté une démarche spirituelle et subi le départ définitif de Luce (i.e. une grosse peine d’amour).
L’ENVIRONNEMENT
Nous avons connu Clarisse à la campagne, dans la maison de son père : c’était le début de l’été. La résidence s’est avérée familiale, accueillant d’autres personnes au cours de la belle saison. L’austérité automnale et la solitude ont miné la détermination de l’écrivaine à y poursuivre ses travaux. Le retour dans la grande ville, au 3245 Des Érables, lui a fourni l’occasion de redécouvrir son quartier (la bourse qu’elle a reçu lui assure plus d’aisance financière, donc plus de temps libre).
LA VIE AFFECTIVE
Clarisse connaît maintenant un amour passionnel. Un amoureux des premières heures est réapparu après le départ de Philippe. Clarisse s’est rendue compte qu’Yves est devenu un mélomane averti. Autrefois patineur de vitesse, il est maintenant entraîneur. Son travail le force à s’absenter souvent; il a néanmoins promis d’accompagner Clarisse à Venise, en juin.
LE CARACTÈRE
Personnalité complexe, Clarisse surprend. Elle fait preuve d’ouverture d’esprit dans certaines situations, n’hésite pas à demander de l’aide pour son écriture, de temps en temps prend contact avec ses émotions. Sa vie témoigne d’une merveilleuse sensibilité et d’une grande chaleur humaine. Malgré ses atouts, Clarisse est facilement rongée par l’inquiétude. Elle doute de ses capacités professionnelles, de la fidélité et de la constance de son amoureux; elle imagine souvent des scénarios remplis de craintes.
LES FAITS MARQUANTS
Le projet d’écriture de l’écrivaine rencontre beaucoup d’obstacles. Elle est souvent déstabilisée : le décès de son amie Suzanne, les retours de son amoureux, les pertes de temps occasionnées par son voisin bavard, les souvenirs familiaux qui refont surface. Les nombreux déboires de Laurent ajoutent à ces préoccupations personnelles.
Depuis plusieurs mois, Clarisse vit en retrait; elle nous a laissés pour une longue période de réflexion. Quelles surprises nous réserve son avenir?

Le concours

J’annonce avec fierté : Almanzor Nadeau a gagné le prix.

Quel prix?
Le prix que je décerne, après étude, au prénom masculin le plus étonnant.

Non, je n’ai pas été touchée par la folie. Je me suis intéressée aux prénoms après en avoir cherché quelques-uns pour illustrer ou pimenter un texte. Ayant dressé, de mémoire, une liste personnelle de prénoms contemporains, je me suis tournée vers la nécrologie pour compléter mon répertoire en pensant à d’éventuels aînés littéraires.

Une RECHERCHE sur les prénoms des personnes décédées, voilà qui est de mon ressort! J’ai enseigné la méthodologie de recherche en sciences sociales, je connais les règles de l’art!

D’abord de l’argent. J’ai adressé ma demande aux organismes subventionnaires fédéraux, provinciaux, municipaux, aux grandes Fondations. En vain, mon sujet ne cadrait pas avec les problèmes à la mode (c’est ce que j’ai compris malgré la langue de bois). Diane Bernier m’a prêté son assistance; il faut au moins un ou une assistant(e) de recherche pour faire sérieux.

Vient ensuite l’échantillon. Pendant quelques mois (les derniers du journal « papier » de La Presse), les personnes décédées, mais nées avant 1930 ont fait l’objet de mon attention. J’ai trouvé Aurèle, Donat, Elphège, Langis, Ludger, Rosaire, Vital et d’autres, au goût des jeunes parents d’autrefois.

Ai-je oublié les femmes? Que non! Pour la même époque, j’ai repéré une vingtaine de noms masculins féminisés : Antoinette, Fernande, Henriette, Marcelle, Clémentine, pour n’en nommer que quelques-uns. D’autres plus spécifiquement féminins ont complété mon registre : Adeline, Bibiane, Carmel, Gemma, Idola, Meleda, Philomène et j’en passe. Devrais-je décerner un prix à Idola ou à Meleda?

Je n’avais pas de problème éthique : les journaux sont publics. Quant au comité de sélection des prénoms, il était absent. J’ai donc vérifié personnellement trois fois mes choix! Et après tout ce travail, le gagnant est ma prérogative. J’ai mis fin à cette recherche ultra scientifique lorsque les deux colonnes de ma page furent remplies. J’étais en mesure de décerner le prix!

Pauvre Almanzor , il est décédé et ne pourra jouir de la renommée qui vient avec un prix aussi prestigieux. Anita non plus, à 96 ans, elle est récemment partie le rejoindre.

À l’avenir, je n’aurai plus à chercher, simplement à me référer aux quelques feuillets que je conserve précieusement… sous clé.

LES SEPTUAGÉNAIRES

Toujours sur le sujet des septuagénaires, j’ai retrouvé ce texte d’un ami et collègue. Avec sa permission, je vous le transmets. Inspiré d’une fable de La Fontaine, Justin Lévesque nous a servi des rimes à sa façon.

Les septuagénaires et leurs jeunes collègues

Trois septuagénaires festoyaient.
Passe encor’ une bière et une pizza ; mais un festin à cet âge !
S’étonnaient leurs collègues, moins avancés en âge ;
Assurément, ils exagéraient.

Car, au nom de Babette, je vous en supplie,
Quel est donc ce fumet qui vous fait courir?
Lorsque vient la retraite, il faut plutôt maigrir
Il faut changer vos habitudes de vie.

Oubliez la morue grise poêlée et la mignonnette de veau flambée
Vite le viagra et la glucosamine;
Sans oublier le LaKota et toutes ces vitamines
Abandonnez donc cette envie de longévité;

À quoi bon charger votre vie
Des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous ?
Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées :
Quittez le long espoir et les vastes pensées ;
Tout cela ne convient qu’à nous.

Eh Bien! Pensez-y vous-mêmes
Repartirent les trois septuagénaires. Au cours des ans
L’enseignement nous a comblés. Faites de même
Et trouvez votre cheminement.

Notre vie est pareille par sa courte durée;
Que de plaisirs nous n’avons pu réclamer
Parce que, à la Faculté, nous étions trop occupés. Est-il aucun moment
Qui vous fasse douter de nos élans?

On ne peut seulement attendre le dernier tournant
Dans la vie, il faut mordre à pleine dent
Un jour, on nous rendra sans doute hommage;
On dira que nous n’étions pas toujours très sages,

Que nous avons su faire des petites folies
À Saint-Placide, à l’Isle-Verte ou à Entrelacs,
Il est important que l’on s’éclate

Nous voulons jouir de notre vitalité quelques années encore;
Nous espérons voir beaucoup d’autres aurores.
Tout ce qu’il faut, tout ce que nous vous souhaitons, ce sont les petits bonheurs.
Les septuagénaires étaient convaincants; les collègues écoutèrent de bon cœur

Et tous disent maintenant: l’important, les vieux l’ont trouvé;
Dans la vie, il faut savoir « fêter » sinon, on va le regretter.

Rochester, Minn. version anglaise

Rochester, Minn. Version anglaise

The city of Rochester witnessed an unusual dialogue

1954. Doreen boarded the train in her native city. She left the “criminal” Chicago for the “innocent” Rochester. Her husband lent her his attaché-case to house the gifts intended for their son, bed-ridden in the orthopedic ward of the Mayo Complex. She is on her own for the first time and is feeling a little anxious about the trip.

She chose her gray wool suit. Her blond hair is safely pinned and rolled back. She has crossed her feet demurely and sits on the velvet seat, waiting for the train to end a journey which she finds much too long.

Upon her arrival, she looks at the pavement, dreading to travel the endless platform with three pieces of luggage. She makes up her mind, walks hurriedly towards the station, but a man, who has been following her at a distance, quickens his pace, gets closer, bumps into her, almost knocks her over, snatches her purse and runs away at full speed.

Doreen has lost her personal papers and her money but she is more upset at the sight of the precious content of her husband’s briefcase scattered on the concrete floor. She is wearing nylons, high heels and a thigh skirt, but she nevertheless kneels and tries to recover the family souvenirs.

At that moment, the porter emerges and bends in front of the spilled objects. Doreen, losing her legendary calm, screams
WHAT ARE YOU DOING ?”

“M’am I trying to help you with the mess, M’am”. He is holding the letter (written in cyrillic characters) from her son’s grandfather.

“DON’T TOUCH IT! Find the culprit!”

“ But M’am, that is not in my job description!”

“Then WHO will search for the thief?” Her voice is harsh, angry, she is furious.

“The police M’am if I call them.”

“WHAT ARE YOU WAITING FOR?” yells Doreen. She picks up the letter, the toys ( including the broken ones ) and stuffs them in the special case.

Later, the formalities having been dealt with, she calms down somewhat, she has lost her illusions about the safety of small towns, but most of all she worries:
“How do you explain the soiled letter, the broken toys, a mother’s absence from visiting hours, to a four-year old?”

Rochester, Minnesota.

La ville de Rochester est témoin d’un dialogue hors du commun.

1954. Doreen a pris le train dans sa grande ville. Elle a quitté Chicago « la criminelle » pour l’humble ville de Rochester. Son mari lui a prêté son porte-document en cuir pour y loger les cadeaux destinés à leur fils Tom, hospitalisé en orthopédie sur le campus Mayo; elle n’a pas l’habitude de voyager seule et se sent anxieuse.

Elle a revêtu son tailleur de laine gris et roulé soigneusement ses cheveux blonds. Les pieds croisés selon l’étiquette, sagement assise sur un fauteuil de velours, elle attend, en essayant de se rassurer, la fin du trajet qu’elle trouve fort long.

À l’arrivée, elle examine cette grande étendue de ciment gris, redoutant de s’y poser. Il lui faut pourtant parcourir cet interminable quai avec son sac à main et ses deux valises. Elle se décide, se dirige vers la gare, se hâte, mais un homme, qui la suivait de loin, accélère le pas, se rapproche, la bouscule, arrache la pochette qu’elle tenait sous son bras et s’enfuit, courant à toute allure. Elle a perdu ses papiers et son argent, mais le pire à ses yeux, c’est le contenu de sa mallette, répandu sur le sol. Malgré ses bas nylons, sa jupe étroite et ses talons hauts, elle met un genou par terre et tente de récupérer les précieux souvenirs.

Sur les entrefaites, le surveillant du train se manifeste; il s’agenouille. Perdant son calme légendaire, Doreen s’écrit d’une voix suraiguë.

« Que faites-vous? »

« M’am je veux vous aider à ramasser tout le bazar qui traîne par terre M’am ».

Il a la main sur la lettre (écrite en caractère cyrillique) du grand-père de Tom.
« N’y touchez pas! CHERCHEZ plutôt le coupable! »

« Mais M’am, ce n’est pas dans ma description de tâche! »

« Mais alors, QUI va chercher le voleur? » Sa voix est dure, hargneuse, elle est de plus en plus furieuse.

« La police M’am, si je l’appelle… »

« Qu’attendez-vous? » hurle-t-elle.

Elle ne décolère pas, ramasse rageusement les papiers et les objets épars, même ceux qui sont brisés et les remet à leur place dans la valise prêtée par son conjoint.

Plus tard, après les formalités, elle retrouve un certain calme. Elle a perdu ses illusions sur la sécurité des petites villes, mais surtout, elle s’inquiète : comment expliquer la lettre salie, les jouets brisés, le retard, à un petit garçon de quatre ans?

presqu’un polar, suite

Cinquième partie : une réponse

Dear Ms Lafrenière,

As you suggested, we checked the identity of Mathieu Lafrenière with the Royal Carabbean International. The information you provided us, with respect to the above mentioned Canadian Citizen, was very helpful.
However, your connection with M. Lafrenière is not formally explained. You are probably a close relative, and therefore most welcome to visit him at the Darent Valley Hospital in the city of Darford, Kent. He is in the psychiatric ward and Michael Camp, the social worker, will serve as liaison officer.
Yours truly

Adrian Lowthers,
Spokesman for the Health services of West Kent, England

Sixième partie : Marielle s’en-va-t-en-guerre.
Marielle parle suffisamment bien l’anglais pour comprendre qu’elle n’est pas au bout de ses peines. Un coup de fil à son employeur à Concordia, un coup de fil à son agence de voyages, puis, elle se met en frais de fourbir ses armes (trouver les documents pertinents) pour affronter les autorités britanniques.

« Je verrai sur place ce que je peux obtenir » se dit-elle.

Après des heures d’avion et de train qui lui paraissent interminables, elle arrive enfin au lieu qu’on lui a désigné. Partie d’une métropole, elle est un peu désarmée par la petite ville de Darford; 2400 habitants selon les informations touristiques! Elle se demande si son frère se trouve entre bonnes mains…
La ville recèle des ruines romaines et fut célèbre à l’époque médiévale; le fait que Mick Jagger et Keith Richards (des Rolling Stones) y soient nés la laisse complètement indifférente, comme tout le reste d’ailleurs. Les beaux paysages et les vieux édifices ne l’émeuvent pas davantage, elle ne pense qu’à son frère.

Septième partie : la rencontre
La première visite de Marielle ne se déroule pas comme elle l’avait imaginée. Devant cet homme au regard vide, qui ne la reconnaît pas, elle éprouve un doute secret. « Est-ce bien lui? »

Elle ne l’a jamais vu avec des cheveux longs, blancs par endroits, une barbe de plusieurs semaines, des épaules voutées et surtout, un visage qui n’exprime aucune émotion. Devant un tel tableau, elle est consternée.
Les visites quotidiennes de Marielle au « parloir » de l’établissement n’aident en rien. Mathieu reste « absent ». Que faire?

« Ce n’est pas mon genre de démissionner pense-t-elle, je vais essayer de le rencontrer autrement ».

Consulté, le travailleur social, lui facilite l’accès aux exercices matinaux du pianiste. Elle s’assoit et l’écoute. Elle reconnait le répertoire de son frère, surtout les pièces qu’il jouait dans les réunions familiales. Sans s’en rendre compte, elle se met à fredonner ces airs qu’elle connaît si bien. Sa voix parvient à Mathieu qui se retourne et la regarde… Quelque chose a changé, c’est lui qui accompagne maintenant la chanteuse.

Rassurée, Marielle aurait envie de lui sauter au cou, mais tout le monde lui a recommandé la prudence. Elle se retient.
Le scénario se répète jour après jour, puis, un jour, le pianiste prononce (devant témoins) le nom de Marielle.

Huitième partie : près du but
Celle-ci en a marre de chanter, elle veut ramener son frère à Montréal. Elle tente l’ultime : une conversation en tête à tête. Peine perdue… mais il la reconnaît et prononce sans équivoque le nom de Marielle.

Le lien fraternel étant clairement établi, Marielle entreprend (avec les photos et les attestations qu’elle a apportées) de convaincre les autorités médicales que Mathieu est bien son frère, qu’il a des antécédents très positifs, qu’il pourrait poursuivre sa guérison dans sa ville natale et qu’il y recevrait tous les soins nécessaires.
La bureaucratie se met en branle… La permission arrive huit jours plus tard.

Marielle reprend espoir de retrouver le frère qu’elle a connu, son « vrai frère ».

Presqu’un polar

Voici un texte inhabituel : quatre parties.

Première partie : quelques faits véridiques.
En avril 2005, un homme blond, entre 20 et 30 ans, a été retrouvé, en habits mouillés sur une plage peu fréquentée au sud de l’Angleterre. Il refuse de parler mais peut jouer du piano pendant plusieurs heures d’affilée. Il a été surnommé Piano Man. Cette histoire a fait le tour de la presse dans différents pays. Depuis sept semaines, les autorités policières anglaises se demandent qui il est et comment il a abouti à l’île de Sheppey.
Le reste du récit est laissé à l’imagination de chacun. Voici ma version.

Deuxième partie : l’histoire de Piano Man,
Mathieu se réjouit de quitter la femme harcelante avec laquelle il vit depuis cinq ans. Il se demande si le moment d’une séparation n’est pas venu…
Entretemps, soucieux de gagner sa vie, il a accepté un emploi de pianiste pour la durée d’une croisière méditerranéenne. Ses bagages sont à bord depuis la veille. Il suit la foule devenue fébrile à la vue du gros navire. Il s’avance vers le paquebot, lorsque son bras droit est saisi, tordu et ramené à l’arrière; il sent un objet dur dans ses côtes;
« Si tu cries, je tire. »
Mathieu, se sent piégé, impuissant, il est entraîné par deux fiers-à -bras, qui l’amènent vers un groupe d’hommes qui attend la « prise du jour ». Celui qui semble le chef procède à une fouille des poches de Mathieu ; il retire un porte-monnaie et une lettre d’embauche. « Je sais où écrire pour la rançon! »
Les yeux couverts, le jeune homme est amené sur un autre bateau, qu’il devine plus petit. Ayant découvert, grâce à la lettre, les talents de leur proie, les bandits décident d’en profiter pour s’offrir quelques concerts. Ces hommes savent utiliser les drogues pour contrôler celui qui est désormais leur prisonnier et le mettre au piano sur commande.

Troisième partie : la découverte de Marielle.
En mai, Marielle, qui poursuit sa lecture quotidienne de LaPresse, voit une photo qui, pour elle, ne pose aucun doute.
« C’est mon petit frère!!! »
Troublée par la lecture du texte qui accompagne la photo, elle appelle aussitôt Amélie, la conjointe de son frère Mathieu. Comme à l’habitude, elle reçoit un accueil glacial de celle qui n’apprécie ni Mathieu, ni sa famille. A force de questions, elle apprend néanmoins que son frère a été kidnappé et que sa belle-sœur a reçu une demande de rançon et une menace de représailles en cas de refus. La femme de Mathieu affirme ne pas avoir pris la requête au sérieux parce que la cellule terroriste était non identifiée.
Marielle tombe des nues. Sa famille savait qu’Amélie détestait Mathieu, mais de là à cacher son enlèvement!
« Moi qui imaginais mon frère, en habit de soirée, jouant sur le piano à queue du grand hall »
Sa sœur cherche d’autres articles sur Piano Man et trouve le nom du porte-parole des services de santé de Kent-Ouest. « Je vais lui écrire et lui expliquer que mon frère ne souffre pas de maladie mentale chronique ».
Munie de son dictionnaire, elle se met à l’œuvre et rédige une lettre destinée aux services de santé anglais.

Quatrième partie :la lettre officielle.
M. Adrian Rowther, spokesman for the health services of West-Kent, England.
Dear Sir,
On May 20th, I discovered, to my great surprise, the photo of my younger brother Mathieu in La Presse (Montréal, P.Q., Canada). I called his wife, and learned that she misled our family, omitting to tell us of his kidnapping and of the subsequent ransom request, which she did not take seriously (she said it came from a non- identified terrorist cell). She admitted being in very bad terms with her husband. In my opinion, dealing with her, would not be fruitful.
Mathieu Lafrenière was scheduled to play on the Rhapsody of the Seas , waiting at the Dover dock. I knew of his departure from Ville Lasalle (P.Q.) where he resided and did not expect any news from him during his trip. His name, home address and passport number may be checked with his employer: the Royal Caribbean International.
My brother is a Canadian Citizen, aged 28. He took piano lessons as a child and has worked without interruption in the musical field. According to the newspaper, he has retained his playing skills despite a series of potentially traumatic events. I learned, from his wife, of the domestic violence, the kidnapping, the stay with gangsters, the threat of putting him in a small rubber boat,( which meant leaving him to a slow agony…) if the ransom was not received within three weeks. The threat was executed.
As you well know, because of the strong currents, a large ship is the only way to access Sheppey Island by sea. Therefore, I suspect a cargo ship collected my drifting brother. The foreign crew, probably fearing English costal authorities, used their speed boat to drop off their illegal passenger near a beach.
If authorized by the health services, I am prepared to come to the hospital where he is residing to visit him and make the necessary arrangements for his safe return to my family in Montréal, along with his access to local therapeutic treatments, if needed.
Hoping for a favorable response on your part, I remain, respectfully,

Marielle Lafrenière, aged 35, Canadian Citizen, employed by Concordia University,
Residing at 3245 Des Érables, Montréal, P.Q. Canada, H2V 1C7
Tel. 514 521 3298