L’apprentissage du piano

J’ai commencé cet apprentissage très tôt dans mon parcours scolaire.

 

Ayant échoué, selon ma mère, aux leçons de danse d’une école très connue, je me tournai vers ma deuxième passion, la musique. Les religieuses de mon humble couvent offraient des cours de solfège et de piano. Soeur Madeleine devint ma professeure. Elle était très grande, j’étais très impressionnée.

 

J’ai débuté sur une table, avec une petite balle de caoutchouc dans la paume; « levez chaque doigt, à tour de rôle, le plus haut possible tout en maintenant le bout courbé (comme un crochet). » C’était la méthode en vigueur à l’époque.

 

Dans mon pensionnat, cinq petites pièces, uniquement garnies d’un piano droit, étaient à notre disposition pour les exercices, entre les classes. En fin d’après-midi, je faisais des gammes, des arpèges et de l’incontournable Czerny. Rien ne me rebutait.

 

Il fallut un jour augmenter la cadence. Une pratique sur l’heure du midi me fut prescrite.

Je pris mon repas au réfectoire avec les pensionnaires. J’eus le déplaisir de participer à leurs agapes; je trouvais le menu meilleur à la maison. Mais avec cet allongement des heures consacrées à la musique, de nouvelles pièces m’étaient proposée; plus mélodieuses, elles me charmaient davantage…

En contrepartie, je devais maintenant participer aux concerts. Je me préparais assidûment… Les grandes personnes ajustaient, pour les petites, le banc du piano à queue. La salle était toujours comble; parents et amis se donnaient le mot.

 

Tout alla bien, même les concerts, jusqu’au jour où j’eus un trou de mémoire pendant ma prestation.

 

Ai-je réussi à terminer ma pièce ? Sans partition! Je ne souviens pas, mais je me souviens du sentiment d’humiliation qui s’en suivit. Je ne voulais plus monter sur scène, le stress était trop intense! Mon père intervint.

 

«  Je vais continuer de payer à condition que vous permettiez à ma fille de ne plus se produire en concert ».

 

Je ne sais pour quelles raisons, mais le contrat fut accepté par mes professeurs.

 

Ce fut la fin de ma carrière de concertiste.

 

Malgré tout, j’eus moins de peine que la mise au rancart de ma carrière de danseuse.

 

 

 

 

4 réflexions sur “L’apprentissage du piano

  1. Merci de cette occasion de me rappeler ce souvenir d’enfance. Les mêmes tentatives se sont répétées au moins à trois reprises, à 6 ans, à 10 ans et puis vers 15 ans, toujours sans succès. Les filles devaient  » jouer le piano » comme on disait. Ça m’a au moins permis de découvrir ce que j’aimais pour me détendre. Ce n’était sûrement pas le piano malgré la ténacité de mon entourage. C’est le sport qui m’a comblée par la suite. Maintenant, je sais..

  2. On est plusieurs, sans doute, à être passés par là! C’était le vœu de ma mère qui jouait très bien du piano, je n’y tenais pas. Je prenais les cours en privé chez une dame à côté de l’école et je pratiquais à la maison, après les rappels insistants de ma mère. Après quelques années, à la rentrée, elle m’a donné le choix. Ce fut la fin de ma carrière de pianiste.

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