D’allié à ennemi

Le vent dans les voiles d’un bateau, pour moi, c’est magique!

Il les gonfle ou les dégonfle; il semble pousser l’embarcation. C’est merveille que de glisser sans bruit sur une vaste étendue d’eau. Si les vagues sont petites, elles bercent, si elles sont fortes, elles provoquent des soubresauts, elles assaillent les coques de l’embarcation; celle-ci frappe la masse fluide, le métal du dériveur gémit. Autant de  sons grisants pour une amoureuse  de la voile.

Avec l’âge, je navigue moins, je ne fais plus de voile en solo, mais j’en garde la nostalgie…

 

Sur la terre ferme, malgré la chaleur et le soleil, le vent peut constituer une magistrale entrave à mon plaisir, impossible de lire ou de manger à sa face, il faut m’en protéger. Selon les mois ou les années, je m’en protège souvent…

Le vent rugit parfois, fracasse l’eau en mille vagues, petits moutons blancs qui courent vers la rive et la couvrent d’écume; sous son impulsion, le lac change de couleur, il s’assombrit.

Le vent secoue brutalement les feuillus qui se plaignent : concert assourdissant avec lequel je dois vivre. Le vent s’attaque aux branches de mes arbres et se permet même de les arracher. Les dégâts sont variables…

Chassés par le « nordet » ou les rafales du vent d’ouest, les goélands et les hérons  de ma baie délaissent leurs roches rituelles, seuls les canards restent en place, impassibles, et continuent de nager; ils prennent les vagues de travers ou de front. Je les observe de l’intérieur de ma maison.  Au moment des orages, le vent devient dangereux pour mon vieux chalet de bois. Ce vent me fait peur, surtout la nuit.

 

Que dire de la musique! Elle fut longtemps douce à mon âme. Classique, vous vous en doutez: trios, quatuors quintettes et autres, chant choral, opéras, concertos, symphonies etc.

Elle a changé : elle est devenue métallique, assortie de basses sans cesse répétées, percutante, tonitruante; même en soutien à la danse, elle n’est souvent à mes oreilles qu’une suite de sons. Pour moi, elle n’est que  « bruit ».

J’ai pensé échapper aux chansons omniprésentes dans les rues et les commerces de la ville en me réfugiant à la campagne. Par un temps calme et serein, alors que je lisais, tranquille sur ma terrasse, j’ai été assaillie par le bruit  d’une musique « pop » , celle venant d’un bateau moteur qui filait au large. L’excitation par les décibels a pris de l’ampleur et, décidemment, du territoire. Elle me dérange…

 

Elle est, comme le vent, une alliée devenue ennemie.

 

 

 

2 réflexions sur “D’allié à ennemi

  1. Texte évocateur, trois textes en fait: la griserie de la voile, la violence sournoise du vent, les irritants des motorisés sur le lac. Textes où l’on entend le bruit du vent dans les feuilles, où l’on voit les moutons sur la crête des vagues. C’est l’été!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.