les « s » de l’âge mûr

Une série de « s » s’impose à mesure que passent les années, en voici une liste personnelle.

 

Le « » de la soupe, entendez par là tout ce qui n’est pas nourriture molle ou patates en poudre. Tout le reste me semble délicieux et appréciable.

Le « » des soins. Ils sont plus nombreux. Les maladies et le ravage du temps m’incitent à faire tout en mon pouvoir pour garder la peau douce, les yeux clairs, les orteils bien alignés, etc.

Le « s » de la santé. « Bougez, faites de l’exercice, vous resterez en forme plus longtemps ». Parce que j’y crois, je fais ce que je n’ai pas envie de faire ou pire encore, ce que je déteste carrément.

Le « s » des siestes. Elles me sont devenues indispensables. Comme disait mon grand ami : « en vieillissant, les batteries se déchargent plus vite et se rechargent plus lentement ». Ah l’énergie de la jeunesse !

Le « s » du sexe. Il se fait plus rare et parfois moins satisfaisant. Je me demande : « faut-il faire son propre bonheur ? »

Le « » des souvenirs. Ils affluent. Phénomène étonnant : des images et des sons, vus et entendus il y a 60 ans, me reviennent en mémoire. Devant ce paysage cent fois entrevu, j’entends : « Regarde comme c’est beau! »

Le « » de la sympathie. Je répète souvent « Mes sympathies » au salon mortuaire ou « tu peux compter sur ma sympathie dans l’épreuve qui t’afflige ».

En ai-je oublié?

 

 

 

Les réserves

Je ne suis pas anthropologue, mais je crois que les réserves (de denrées) existent depuis très longtemps…

 

Plus près de nous, nos ancêtres amérindiens accumulaient leurs réserves de nourriture dans des barils d’écorce. Plus tard, les fermiers québécois y ont eu recours pour remiser le foin de leurs bêtes et aussi les légumes racines pour la consommation hivernale de leur famille. La vie citadine a changé la tradition, nous sommes maintenant à l’ère des aliments en conserve.

Mes parents habitaient un petit logement avec un hangar adjacent (une shed, comme on disait à l’époque). Mes quatre ans s’intéressaient peu au contenu de la « shed », sinon au récipient en grès pour la cuisson des excellentes fèves au lard de ma mère. Les étagères de cet habitacle (la «shed ») servaient sans doute aux réserves familiales : marinades, confitures et autres délices. Pendant la Grande Guerre (la 2e), mes parents ont caché des conserves de viande sous leur lit. Leur ami Gaétan travaillait chez Canada Packers et leur fournissait ce ravitaillement. J’ai vu les boîtes métalliques ainsi dissimulées.

Plus tard, nous avons habité un appartement avec un garde-manger et, plus important, un solarium non chauffé. L’hiver, ce dernier  servait de réceptacle à nos trésors alimentaires. Délicieuses réserves!

Mariée, j’ai vécu dans une maison dont le garage, très grand, était muni de larges tablettes et contenait un deuxième réfrigérateur. Le « maître » avait décrété : « il ne faut manquer de rien ». J’ai donc constitué des réserves.

L’habitude était prise…

 

Aujourd’hui, j’habite un appartement avec une petite cuisine. J’ai converti mon unique placard de rangement en salle de lavage. Mes seules réserves sont le thé et les confitures, pas d’espace pour le reste!

Malgré  tout, j’ai encore le goût des réserves et j’aimerais en faire davantage…

 

La nostalgie des réserves existe-t-elle chez les personnes qui logent dans les mini-maisons ou les petits condos urbains?

 

 

 

 

 

.

Les fruits de mon enfance

Non, ce ne sont pas « les raisins de la colère ».

J’ai toujours vécu la saison estivale près d’un plan d’eau : lac ou rivière. Rien de très original, c’était la mode de l’époque. Nous déménagions dans un chalet, notre frigo compris. Je me baignais, bien sûr, mais surtout, je mangeais des fruits pour lesquels j’avais un amour immodéré.

Ces souvenirs me sont récemment revenus en mangeant de grosses cerises noires bien joufflues.

Dans la campagne de mon enfance, il y avait trois camions : le livreur de lait et de crème glacée, le boulanger pour le pain et les tartes, et le marchand de fruits et légumes.

Mon séjour estival était réglé par la saison des fruits. Il commençait avec les « cerises de France » pour se poursuivre avec les fraises, les framboises et les bleuets. Les pêches, les prunes et les pommes venaient plus tard.

Je me précipitais vers l’arrière du camion pour indiquer à ma mère mes choix de  la semaine. Deux ou trois sélections sustenteraient ma gourmandise. Quel régal!

Ce goût des fruits, que la générosité de mes parents a entretenu (il n’y avait pas de limite) ne s’est jamais éteint.

Il est toujours là, 60 ans plus tard.

voyage instructif

Voyage instructif !

Connaissez-vous la mousse de mer, le chaland, la pêche à la fascine, la brimbale?
Un petit séjour à l’Île Verte vous renseignera.

En quelques jours, j’ai beaucoup appris, dans l’ordre et le désordre, de fascination en fascination.

Commençons par la mousse de mer, ancêtre de notre rembourrage moderne. La mousse de mer, aussi appelée zostère marine est une longue plante qui poussait autrefois en grande quantité aux abords de l’île. J’ai été impressionnée par la description de la cueillette : à marée basse, les insulaires coupaient les plantes et les déposaient sur les chalands, larges bateaux à fond plat, non motorisés à l’époque. Venaient ensuite le séchage dans les champs et le « compactage » en vue du transport et de la vente aux différentes instances logées sur la terre ferme. Cette bourre servait à la fabrication des matelas, des sièges d’auto, etc. Je crois que je préfère les mousses modernes, la bourre à la mousse de mer avait une durée limitée (seulement une vingtaine d’années!).

La pêche à la fascine était utilisée par les autochtones. Difficile pour moi de décrire cette très longue palissade qui se divisait à une extrémité pour former un cœur. Elle retenait les poissons de toutes natures. J’ai vu la longueur des pieux (24 pi) enfoncés dans l’eau pour soutenir le tissage de la fascine. Quelle force et quelle énergie déployées par les hommes de cette époque! Les harengs capturés ainsi étaient salés et fumés, préparés pour l’exportation. Une industrie artisanale florissante.

Le phare de l’Île a été essentiel à une certaine époque. Les gardiens ont utilisé successivement le canon, la brimbale et le « criard »pour guider les navires dans la brume. Celle-ci, maintenant romantique, a déjà été mortelle pour les marins. Elle est encore fréquente et épaisse de nos jours. La brimbale (introuvable sur l’internet) est une sorte de catapulte qui projette des boulets de poudre à canon dans l’air, s’ensuit une explosion dont le bruit prévenait les capitaines.

« Les voyages forment la jeunesse » , les moins jeunes aussi!

Une Gaspésie différente

J’ai séjourné une semaine en Gaspésie dans le parc national de Miguasha, mais, dans un domaine privé.

 

Je suis arrivé dans une ruche : « everything was buzzing ». On m’explique : « c’est le début de la saison estivale ». L’été est court en Gaspésie, tout le monde le sait; il n’y a pas de temps à perdre!

Pour entretenir cette immense propriété d’une vingtaine d’acres, il faut au Seigneur des lieux des employés et des bénévoles passionné(e)s. Mon ami se réjouit de compter sur leur présence. Ils ou elles viennent à tour de rôle apporter des présents ou se confesser à la Mère Abesse, co-propriétaire, alors que le Seigneur parcourt les route à la recherche des plus parfaites fournitures.

Mes hôtes n’ont pas connu les chenilles, ni les inondations, mais les pique-bois! Ces derniers ont perforé l’ensemble d’un mur extérieur. Le gallon de peinture nécessaire pour réparer le dommage et prévenir les récidives coûte 500$. À chaque région ses problèmes!

Mon ami bénéficie d’un comité exécutif pour le jardinage. Ce groupe est composé de trois femmes qui ont suivi des cours! Ces jardinières émérites se sont divisées l’espace; elles planifient et distribuent les corvées « d’amour » sur les parties résidentielles. Ce royaume de la fantaisie et de l’humour permet toutes les créativités; les trois potagers différents en témoignent.

La forêt du Seigneur s’étend sur 15 acres. Les tempêtes et les castors se chargent de la modeler. Leurs passages et leurs travaux posent un défi à l’entretien régulier que mon ami souhaiterait pour ses arbres.

Quant à la résidence, l’abondance des objets d’art, des souvenirs, des tableaux et des photos de diverses générations, donne aux personnes qui la fréquentent une grande leçon d’amour.

Cette « communauté » aussi…

 

 

 

 

 

 

partir, c’est mourir un peu…

Partir, c’est mourir un peu

Le futur, le point d’arrivée d’un voyage excite et stimule, mais, le chemin pour s’y rendre est souvent ardu, moins lumineux.

« Partir, c’est mourir un peu! »

 

Cet adage me suit tout au long de cette dernière journée avant mon départ.

Je l’ai souvent répété ce dicton lorsque j’avais de jeunes enfants et que je travaillais, je disposais de peu de temps pour les bagages et tout le reste. Je m’affalais dans le taxi qui me menait vers l’aéroport : j’étais morte de fatigue. « Partir, c’est mourir un peu! »

Encore aujourd’hui, organiser mon départ demande beaucoup de précautions, peu importe la longueur de l’absence. Je suis seule mais,

rien ne doit moisir pendant mon éloignement…

rien ne doit sentir mauvais…

rien ne doit mouiller mes planchers…

rien ne doit être oublié dans le matériel que j’emporte

rien ne doit me prendre au dépourvu, le chaud ou le froid

rien ne doit alourdir ma valise indûment

rien ne doit entraver ou ralentir mon départ

rien ne doit embêter mes survivants,

 

Je peux maintenant mourir… euh partir en paix.

La contrepartie

La contrepartie

Je veux parler de la routine, de celle qui se situe au-delà des corvées domestiques.

 

Je me suis défendue corps et âme d’être victime de la répétition : un horaire de travail souple, des tâches variées, une vie rythmée par les saisons. Des essais créatifs et d’innombrables coups de cœur qui balayaient tout. Je voulais toujours du neuf.

J’avais des ami(e) s dont la vie était réglée au quart de tour depuis des années : même coupe de cheveux, même résidence, même période de vacances, même emploi du temps à chaque journée de la semaine, même menu, etc. Je regardais ce phénomène avec surprise, moi qui avais horreur de la routine, jusqu’au jour où…

 

Elle s’est insinuée subrepticement dans ma vie. Des choses anodines, je ne  me suis pas méfiée : j’ai rangé autrement, j’ai préparé des menus un peu répétitifs, j’ai élaboré des priorités différentes. Puis les rituels ont pris de l’ampleur, d’autres se sont rajoutées.  L’ère de l’ordonnancement a pris le dessus.

J’éprouve de la difficulté à en parler ; je suis mal à l’aise, troublée de mon revirement. Ma nouvelle façon de vivre est aux antipodes de ce que j’ai toujours préconisé.

Les rituels  me tuent parfois, mais, à l’occasion, ils me sauvent la vie. Ils aident ma mémoire défaillante.

La routine, autrefois ennemie, est devenue une alliée.