La pandémie et moi

La pandémie et moi

Sur la pandémie tout a été dit : les artistes, les entrepreneurs, les athlètes et d’autres se sont exprimés.

De ma fenêtre, je ne vois personne, la rue est calme.

Dans mon édifice, je ne vois personne, tout est calme.

Dans mon appartement, je ne reçois personne, c’est calme.

Les livraisons se font à distance, ainsi que les rencontres avec mes fils.

Je n’ai rien à dire en ce temps de pandémie.

La dame et la canne

Ce texte a été écrit avant la pandémie.

La dame et la canne

Un jour, j’ai suivi une dame âgée qui se promenait avec une canne. Que d’égards à son endroit.

Chez le vétérinaire : « puis-je vous aider à sortir? »

Dans l’édifice qu’elle habite, jeune et vieux lui tiennent les portes.

Au grand marché de légumes, on l’interroge : « vous sentez-vous bien? ».

Sur la rue, les promeneurs de chiens se tassent et lui laissent le trottoir.

« Puis-je porter votre plateau? »

Quand elle perd l’équilibre sur sa rue, les passants se précipitent…

« Pouvez-vous descendre les marches de ciment seule? »

Cela me donne envie de vieillir et de me promener avec une canne

les saisons

Les saisons.

Dans les arbres, les bourgeons sont décontenancés, moi aussi. Mi-avril et il neige à plein ciel. Je voudrais être un garçon, me vêtir serait plus simple.

Je suis d’une génération qui tend à disparaître : une tenue pour chaque occasion. La pandémie me laisse avec deux manteaux de fourrure; j’ai aussi un manteau en polyester pour la saison froide. Pour la mi-saison, j’ai deux manteaux, un court et un, pleine longueur. Comme disait ce journaliste récemment : je suis bien nantie.

J’ai en plus, des bottes, des chapeaux et des gants, une paire de souliers de marche pour le printemps ou l’automne et deux cannes. Quel fatras!

Je jongle avec tous ces items pour être confortable à l’extérieur, décidément,
je préfèrerais être un garçon.

S’chus tanné

Inspiré par Robert charlebois
Si vous connaissez la chanson vous reconnaîtrez le rythme.

S’chus tanné, s’chus tanné, s’chus tanné, moe,
oui,oui,oui,oui,oui.
chu tannée, chu tannée, chu tannée, moe,
oui,oui,oui,oui,oui.

j’sors pus, j’mange moins, je me lave pus.
J’ai regardé la télévision, y avait rien de bon.
Chu sortie sur ma rue, vu juste de gros toutous.
Sur ma chaise du balcon, le soleil, pas trop bon.

Chu tannée, chu tannée, chu tannée, moe,
oui,oui,oui,oui,oui.

J’sors pus, pis je me lave pus
Chu tannée de compter les jours,
pis d’entendre les consignes.

el printemps s’en vient, mais n’y crois pus,

chu tannée de l’attendre.

Le printemps

Hier, devant ma fenêtre : bourgeons dans les érables et vieille neige au sol. Je n’en crois pas mes yeux, nous sommes encore en mars!

Puis, le ciel nous tombe dessus : une neige fraîche et en grande quantité!
Les météorologues mentionnent avec désinvolture « quelques cinq centimètres », mais le commun des mortels considère qu’il s’agit d’une tempête de neige. Contraste inhabituel…

Si les citadins sont mécontents de voir leur pelouse recouverte de blanc, les riverains par ailleurs sont très heureux. À leur avis, une pluie substantielle aussi hâtive entraînerait une fonte prématurée des amoncellements neigeux et augmenterait éventuellement les risques d’inondations. Je suis de ce groupe qui surveille le niveau de l’eau dans le lac.

Aujourd’hui, les bourgeons se sont mis à « pause », comme le Québec au temps de la pandémie.

Attendre

Attendre
J’ai horreur d’attendre, malgré cela, en temps normal j’attends
mon tour à la pharmacie,
mon tour chez la physiothérapeute,
mon tour en ligne, dernier menu,
l’autobus promis,
l’Invité(e) en retard,
l’appel téléphonique,
le message électronique.
l’émission de « télé »,
la visite du réparateur.

J’attends aussi,
la fin d’un conflit,
la fin de l’hiver,
la fin de la maladie,
la fin du confinement.

L’attente me semble au cœur de nos vies…

La répétition

Ayant été confinée à la maison pendant plusieurs semaines et y ayant vécu seule, j’ai connu la répétition.

Nul besoin de consulter des feuilles de thé, ni des boules de cristal.
Mêmes gestes, mêmes mimiques, mêmes pensées.
C’est ce qu’engendre la routine. D’une journée à l’autre, c’est la répétition.
Cela ressemble à un carrousel d’activités qui ne s’arrête jamais.

Des routines sont indispensables à l’entretien ou à la guérison du corps.
Elles servent aux soins du chat et de la maison…

Certaines (peu) sont agréables : lorsque je suis assise, mon chat me sollicite avec ces deux pattes de devant (il veut de la nourriture ou des caresses).
D’autres (beaucoup) sont extrêmement ennuyeuses : laver la vaisselle et frotter les chaudrons.
On n’y échappe pas.

Tout à coup, un imprévu vient briser les répétitions.

une cuisine incomplète

Une cuisine incomplète…

Je suis à nettoyer ma louche et je me rappelle les habitudes de ma grand-mère maternelle.
Nous n’étions pas pauvres, nous aurions pu nous offrir une louche. Mais non, j’ai passé mon enfance et ma jeunesse sans elle.

Cette grand-mère anglophone habitait avec nous depuis mes trois ans. Elle savait manier une tasse.
Elle s’en servait pour verser la soupe et aussi la sauce (qu’elle appelait ‘’gravy’’). Elle ne connaissait pas la louche, ma famille non plus; nous n’en avons pas achetée. Je ne me posais pas de questions…

Lorsque mon aïeule nous a quittés, j’étais plus âgée : j’ai visité d’autres cuisines et j’ai découvert la louche. Je me suis empressée d’en acheter une.

La douleur chronique

Une dent, un genou, une épaule, un dos ou un pied, qui fait mal sans relâche.

La sensation qui y est liée nuit à la concentration habituelle; elle absorbe beaucoup d’énergie, il y en moins pour tout le reste.

On s’y fait, on s’habitue à cette partie douloureuse et on essaye de mener une vie « normale ».

Cela nécessite beaucoup de sang-froid et de bravoure. Il faut « faire avec », d’autres disent « c’est la vie ! ».

Quel que soit le point de vue, c’est embêtant… c’est gênant…

On s’en passerait volontiers.

L’inconscient

L’inconscient, cet amibe insaisissable! Il fait le délice des psychanalystes.

Cette partie de moi prend de la vigueur avec l’âge. Les associations que mon inconscient se permet sont merveilleuses, surprenantes et … appropriées.

L’autre jour, je réfléchissais à ma douleur chronique et l’image de Barbara s’est imposée : elle chante Nantes, la douleur de manquer le dernier rendez-vous avec son père.

Ce merveilleux inconscient, sur lequel je n’ai pas de contrôle remplit ma vie de surprises, souvent délicieuses, parfois malheureuses.

Elle peuple aussi mes rêves, ceux qui sont roses et ceux qui sont cauchemardesques, selon…

Malgré tout, je l’aime.