Sous mes planchers-2

Sous mes planchers-2
Colette répond au courrier de La Presse en 1949. Tout y passe, éducation des enfants, problèmes de cœur et bienséance vestimentaire (importante à époque!)
Q. Pour un dîner en tenue de ville dans un grand hôtel porte-t-on un chapeau et des gants?
R. Oui, vous demeurez coiffée du moment que vous êtes en robe de ville.
« Camisoles, gougounes et tatous » sont introuvables dans cette rubrique!

Côté culture : TiCoq naît au Gésu , alors que Georges Guétary fait ses adieux au St-Denis. De célèbres chanteurs d’opéra, Erna Sack et Jan Peerce sont invités dans la Métropole.; l’Association des concerts classiques de Montréal veille au grain. Au cinéma, « Un homme et son péché » non loin du « Quai des Orfèvres ». Le jeune François Gagnon signe un billet qui rend hommage aux peintures et aux dessins de Marcelle Clark, exposés à la galerie Tranquille, rue Notre-Dame.

À cette époque se tenait en juin, le Congrès des Prêtres-Adorateurs ??? Dans la même édition, un article posait une épineuse question : « L’Église catholique a-t-elle un avenir? »

L’ACFAS désignait un premier titulaire de son prix pour les meilleurs résultats en mathématique, physique et chimie aux examens du baccalauréat ès arts. La Presse annonce en 1949 un nouveau club (sûrement select!). Les bases sont jetées (…) et un comité est formé (…) pour regrouper les femmes universitaires de langue française. (Le processus des comités date de fort longtemps…)

La politique occupe une large place dans les quotidiens de l’époque. Déplacements et réceptions sont fidèlement décrits. Ma sélection de perles :
7 mai 1948 (La Presse) L’espoir de trêve tombe en Palestine. Les différences judéo-arabes sont fondamentales et les Nations Unies ne peuvent imposer la paix (…). Plus de 50 ans plus tard : 10 juillet 2014, chronique d’André Pratte « Ils préfèrent la guerre. Il n’y aura jamais de paix entre Israël et la Palestine ».

En 1949, Washington songeait à établir des échanges avec la Chine (communiste!).

Le 10 avril 1978. Aux prises avec un chômage important, les (9) chefs d’État (européens), réunis à Copenhague se sont résolus à relancer l’activité économique en fixant d’ici juillet 1979, un taux annuel de croissance de 4.5 % .

Les vieux Québécois diraient « plus ça change, plus c’est pareil ».

Épisode de vie collective

 Texte déjà publié mais effacé par erreur

Enfants, la perspective de l’été nous excitait : nous serions à la campagne et nous retrouverions nos amis saisonniers. Les plaisirs seraient multiples. Le plus fréquent était celui de la plage où nos mères venaient surveiller nos baignades. Les trois heures d’attente après le repas (norme inflexible de l’époque !) taxaient lourdement notre patience. Nous surveillions les aiguilles de l’horloge de la cuisine pour être certains que les adultes n’oublieraient pas l’heure bénie…

Le cinéma du mardi soir restera à jamais gravé dans ma mémoire. Nous traînions nos chaises longues (garnies des friandises appropriées) jusqu’au terrain du docteur Ducharme. Sur l’énorme écran dressé pour la circonstance, défilaient les courts films de la première partie : les pitreries de « «Laurel and Hardy », les dessins animés de Walt Disney (le cri de Woody Wood Pecker résonne encore dans ma tête) ou les exploits des cowboys du Far West (Davy Crocket, King of the Wild Frontier). Par la suite, les longs métrages, particulièrement les comédies musicales, donnaient à rêver…

Les événements de notre saison débutaient le 24 juin par une parade de bicyclettes décorées pour l’occasion ; les tricycles étaient admis. Notre Saint Jean, enfant blond aux cheveux bouclés, revêtu d’une peau de mouton, siégeait sur l’arrière d’une décapotable noire qui fermait le défilé.

Nous avions également droit à une grande virée dans les amusements du Parc Belmont (La Ronde d’autrefois) et au traditionnel pique-nique du midi qui regroupait toutes les familles. Pour cette occasion faste, les pères avaient pris congé et à l’aller, leurs voitures formaient cortège sur la route qui longe la Rivière Des Prairies.

A la fin de la saison se tenaient les Olympiades où des médailles récompensaient les  gagnants des compétitions diverses. Les courses en poche de patates nous semblaient spectaculaires, de même que celles à la cuillère où tremblait un petit pois.

Les dimanches midi, nous mangions les restes des soupers thématiques destinés aux adultes : je me souviens des fèves au lard, des « blés d’Inde » et des saucisses italiennes (faites maison). Nous étions spectateurs assidus des tournois de tennis et de la « mascarade ». Une année, ma mère et son amie méritèrent le premier prix lorsqu’elles se présentèrent déguisées en paire de dés : les « Lucky Seven ». Elles portaient des cubes de carton blanc aux faces ornées de larges ronds noirs au nombre approprié; leurs longues jambes gainées de résille apportaient un contraste saisissant.

 

Lucky Seven

Nous attentions impatiemment la fin du cocktail qui suivait la messe dominicale; pour l’occasion, les femmes portaient robes et bijoux. Les parents invitaient à tour de rôle « la colonie d’estivants ». Nous attendions « la becquée » dont l’heure déterminerait celle du bain!

Grâce à cette vie collective, j’ai connu, à Sainte Dorothée, huit étés de bonheur, hélas, interrompu par le feu qui détruisit notre chalet…d’été.

ma soeur et son amie à Saint-Dorothée

 

 

Chalet…d’été 2

Si le chalet d’été recèle des aspects idylliques, il comporte néanmoins des zones d’ombre. Un soupir de découragement succède à l’excitation du retour à ce lieu tant aimé; il y a beaucoup à faire! Des muscles solides et nombreux sont requis pour déplacer le mobilier du jardin (la vieille table à pique-nique en bois massif me semble peser une tonne!), et que dire des équipements nautiques…

Cette chère résidence reçoit pendant mon absence la visite des araignées et des mulots. Vite torchons et balais! Oh horreur! Ces petites bêtes à pattes ont séjourné dans mes pulls de cachemire (mal protégés, je l’avoue). Des trous béants ornent maintenant la laine moelleuse. De plus, elles ont exploré les moindres coins de la maison, y semant moult cartes de visite. Les surfaces et l’intérieur des armoires seront forcément passés au désinfectant.

Cet habitacle a beau ne servir que l’été, ironiquement, il faut entreprendre « le ménage du printemps »; même le puits est passé au chlore. Si la plomberie est intacte, je me sens bénie des dieux!

Cette demeure saisonnière, si simple aux yeux des visiteurs, nécessite les mêmes soins qu’une « vraie maison ». Arbres, toitures, fenêtres, revêtements de sol, requièrent l’attention du propriétaire; fuites et pourritures sont à débusquer! Malgré toutes ces attentions, des travaux apparemment anodins mettent parfois à jour (ou plutôt à nu) des problèmes de longue date, fruits des négligences des propriétaires antérieurs; le choc est de taille, et pour le coeur et pour le portefeuille!

Quant aux frais courants, mieux vaut passer sous silence les taxes, les frais de communication, les réparations et l’entretien du terrain. Le chalet d’été est devenu un objet de luxe, loin de sa vocation initiale de lieu rustique pour vacances à bon marché.

Les chalets…d’été

Une espèce en voie de disparition, du moins dans la couronne qui entoure Montréal. Jadis, ces petites habitations de bois jalonnaient les berges de tous les cours d’eau environnants : le fleuve, les rivières, les lacs, tous étaient garnis.

Comme ceux des temps reculés (les Romains quittaient Rome l’été), les citadins fuyaient la grande ville pendant les chaleurs estivales. Ce n’était pas l’exclusivité de gens fortunés, même les salariés modestes, essaimaient vers des lieux plus verts et mieux aérés. Certaines familles se déplaçaient en autobus et en train pour y parvenir.

Bâti sur pilotis, le chalet de bois était de dimension modeste, les chambres, minuscules; il était généralement loué avec un mobilier minimal et rustique. Ceux des années 30 étaient encore équipés de « bécosses », c.-à-d. de toilettes extérieures. Les puits pourvus de pompes manuelles fournissaient l’eau potable.

Le bois utilisé était de bonne qualité, certaines de ces structures ont résisté au passage du temps. Celles qui n’ont pas été démolies en faveur d’un habitacle quatre saisons, répondant aux normes de construction moderne, ont été entretenues avec soin par des propriétaires amoureux de ce patrimoine. J’ai le plaisir d’en posséder un. Agrandi, recouvert de lattes d’aluminium, muni de sanitaires modernes, d’électricité suffisante pour cuisiner, chauffer et se laver, il remplit les mêmes fonctions qu’à son origine, la communication par internet en sus.

Quel chemin parcouru depuis l’époque où mon chalet avoisinait le hangar où les blocs de glace étaient conservés dans le bran de scie avant d’être réacheminés vers les glacières des autres maisonnées. Une quinzaine d’habitations, construites et louées par un propriétaire, sises sur un territoire circonscrit, formaient un domaine où les estivants se retrouvaient d’année en année. Ils formaient une petite communauté où les activités collectives étaient florissantes : repas de toute nature (y compris la traditionnelle épluchette de blé d’Inde), multiples concours pour les jeunes et les moins jeunes, activités nautiques et sportives. À cette époque, le croquet et le lancer du fer à cheval soulevaient les passions!

C’était un paradis pour les enfants et les adultes.

La vie collective a cédé la place aux plaisirs familiaux ou de couple,  mais ces oasis conservent leur caractère idyllique, même pour les personnes qui vivent seules…