lire

Que de gaffes j’aurais évitées si j’avais pris le temps de lire.

Je me suis hâtée toute ma vie : dans la cuisine comme au bureau, partout. Je ne lisais pas tout, je recherchais l’essentiel, mais surtout l’utile. J’ai même suivi des cours de lecture rapide.

Lire les modes d’emploi? Bon pour les autres, moi j’avais l’expérience! Forte de ce principe, j’ai raté l’utilisation optimale de ma nouvelle brosse à dents électrique; je ne l’ai pas rechargée correctement. Et ma belle côte de veau; j’avais l’expérience des côtes de bœuf et du filet mignon, pourquoi vérifier? J’ai découvert, à ma courte honte, que la cuisson d’une côte de veau est différente.

On vieillit comme on a vécu, nous assure le dicton; se défaire d’une habitude de longue date s’avère très difficile.

La nouvelle technologie et ma vieille habitude de ne pas tout lire ne sont pas de bons alliés. Je dois me remettre à l’apprentissage de la lecture : nouveau vocabulaire, nouveaux procédés (des petites flèches partout). Je ne peux plus me fier à mon expérience. Réapprendre à lire quand on est septuagénaire : quel contrat!

Je ne sais pas me servir du nouveau téléphone que j’ai reçu en cadeau de Noël; j’ai donc commencé à lire le guide d’utilisation. Par la suite, j’essayerai de me servir du Facebook gentiment installé par mes proches. J’apprends, mais, un peu à la fois… Le message « votre mot de passe est invalide » bloque trop souvent mes ardeurs et nourrit mon sentiment d’impuissance.

Mes fils, tous deux dans la trentaine, sont devenus mes professeurs.

Une leçon d’humilité pour moi!

« Tu trouveras toutes tes réponses sur l’internet », me dit l’un.

« Le web sert à tout », me dit l’autre.

Me voilà donc étudiante d’une autre langue : msm? hashtag? Google a tôt fait de m’expliquer. Pour décoder ce langage exotique, il me faut

prendre mon temps et apprendre à lire.

 

 

 

 

L’apprentissage

Je suis à étaler mon chandail de laine fraîchement lavé sur une grande serviette. J’installe la pièce, je lui donne la forme voulue, la taille souhaitée, je tapote pour égaliser le tissu et enlever les plis… Je suis assise par terre, là où le pauvre tricot va séjourner un jour ou deux, le temps de sécher. Je remplacerai probablement la serviette mouillée par une autre serviette avant la fin du processus.

Ai-je appris ces trucs sur l’internet? Non.
Ai-je appris ces trucs dans les livres? Non.

J’ai observé les gestes de ma grand-mère, venue habiter chez moi. Dorénavant chez elle, elle m’a montré comment repasser, comment rouler une pâte à tarte, comment réaliser une « belle corde à linge », comment séparer le jaune du blanc de l’œuf, comment frotter les grappes de raisins qui décorent les pièces en argent; je passais des heures à regarder ses mains adroites. Cette addition à ma vie de bambine m’a réjouit, c’est à regret que j’ai pris le chemin de l’école.

J’ai vécu une enfance sans garderie, sans maternelle, sans ordinateur.

Ma mère trouvait que mes connaissances étaient insuffisantes, elle souhaitait que je poursuive des études en Economie Familiale. Elle rêvait probablement d’une fille qui soit une parfaite maîtresse de maison. Désolée maman de te décevoir, je suis allée ailleurs.

« With a little help from my friends », je suis devenue, malgré tout, une maîtresse de maison « convenable ».