En attendant la ville intelligente

J’ai acheté un cellulaire au goût du jour, j’ai changé mes habitudes, vérifié la pile avant le sommeil, passé de la sonnerie au mode vibratoire, mais je n’ai pas attrapé la maladie: celle que l’on inscrira bientôt dans le gros livre des diagnostics en santé mentale (Le DSM 5). Ce dernier grossit d’édition en édition mais la maladie de la recherche de l’immédiateté n’y figure pas encore; j’estime qu’il nous faudra patienter encore dix ans.

J’ai observé les symptômes de ce mal chez ma voisine de douche au centre sportif : elle a conversé dans la vapeur! Je croyais que l’eau et les cellulaires ne faisaient pas bon ménage…
J’ai observé ma voisine de rue qui, à 3h.20 du matin, consultait son écran et ses messages en promenant son chien. C’est l’heure où l’on dort!
J’ai observé une personne qui, dans un gymnase, marchait lentement dans un corridor réservé aux coureurs ; elle fouillait son écran. Mise en forme efficace?
J’ai observé ma voisine de rangée au film des Grands Explorateurs. Tout à coup une lumière apparait dans mon chant de vision : cette femme « textait ». Elle n’aimait sans doute pas les magnifiques images du désert…

J’ai cessé d’observer : la maladie est trop répandue.

J’oublie de porter mon téléphone avec moi en tout temps, je l’égare, le mode vibratoire se prolonge tard dans la journée… Dommage pour ceux et celles qui croient me rejoindre immédiatement. J’ai le cellulaire, mais pas le virus.

Tant pis disent les plus jeunes, tant mieux, disent les plus âgés.

Lettre ouverte: Larousse et Robert

Chère Madame Larousse, cher Monsieur Robert,

Je regrette de vous importuner alors que vous êtes sans doute à la retraite. Compte tenu de vos âges vénérables, je vous imagine l’un et l’autre vivant en paix sur vos terres respectives. Vous y êtes protégés des tourbillons de la vie moderne. Vous avez cru à la tradition, surtout en matière de langage, et vous avez déployé des efforts continus pour la protéger.

Aussi, ai-je peur de vous chagriner en affirmant que des modifications s’imposent.

Je les ai vus, ils surgissent de partout : des escaliers naturels et mobiles, des stationnements, des vestibules, des trottoirs, des restaurants, des sièges de concert et j’en passe! Eh oui, les téléphones cellulaires!!!

Il m’apparait qu’il y a lieu d’introduire des changements dans vos définitions. Je vous signale que dans certaines cultures, le mot « attendre » est en voie de disparition.

Respectueusement,
Une amoureuse des mots.