Granny and Trump

Ce billet rend hommage à ma grand-mère maternelle, anglophone, née dans la province voisine. Ses petites-filles l’appelaient Granny. Compte tenu du sujet, j’ai rédigé ce court texte dans la langue de Shakespeare.

Granny and Trump

She would have said : « he’s full of baloney ». Although quite dignified, my grandmother occasionnaly let out a few swear words. However, hers were quite « proper », as suitable for a lady.

Speaking of the new president she would have said : « what a pain in the neck! Good gracious! » She might have told him « Shout! Go sit in the pansies !». You will have recognized the ancestors of ass, damnit, shit and fart.

I have not found in her vocabulary any ancestors for the new expressions : douchebag, being tight or seeming cheesy.

Notwithstanding the distinguished swear words, Granny was fond of sayings. Some of them have remained with me over the years.

« A thing of beauty is a joy forever.

Life is’nt a bowl of cherries.

If you don’t first succeed, try, try again.

Variety is the spice of life ».

L’apprentissage

Je suis à étaler mon chandail de laine fraîchement lavé sur une grande serviette. J’installe la pièce, je lui donne la forme voulue, la taille souhaitée, je tapote pour égaliser le tissu et enlever les plis… Je suis assise par terre, là où le pauvre tricot va séjourner un jour ou deux, le temps de sécher. Je remplacerai probablement la serviette mouillée par une autre serviette avant la fin du processus.

Ai-je appris ces trucs sur l’internet? Non.
Ai-je appris ces trucs dans les livres? Non.

J’ai observé les gestes de ma grand-mère, venue habiter chez moi. Dorénavant chez elle, elle m’a montré comment repasser, comment rouler une pâte à tarte, comment réaliser une « belle corde à linge », comment séparer le jaune du blanc de l’œuf, comment frotter les grappes de raisins qui décorent les pièces en argent; je passais des heures à regarder ses mains adroites. Cette addition à ma vie de bambine m’a réjouit, c’est à regret que j’ai pris le chemin de l’école.

J’ai vécu une enfance sans garderie, sans maternelle, sans ordinateur.

Ma mère trouvait que mes connaissances étaient insuffisantes, elle souhaitait que je poursuive des études en Economie Familiale. Elle rêvait probablement d’une fille qui soit une parfaite maîtresse de maison. Désolée maman de te décevoir, je suis allée ailleurs.

« With a little help from my friends », je suis devenue, malgré tout, une maîtresse de maison « convenable ».

Une mémoire dans la sécheuse

Ma mémoire a subi quelques culbutages comme le linge dans la sécheuse. Pourquoi? Je n’en sais rien. Sous l’effet d’un grand brassage, les rappels du passé reviennent, pêle-mêle, sans ordre ni logique, du moins apparents.

Tout y passe : la famille, les amis, les amants, les tout-petits, les grands, les lieux, les drames, les fêtes, le quotidien, etc. Les souvenirs déferlent, frappent mon imagination, provoquent des émois, séjournent un peu et repartent, pour être remplacés par d’autres.

L’autre jour, dans ma voiture, à l’écoute d’une musique que je ne reconnaissais pas, sans raison particulière, je me suis mise à siffloter et l’image de ma grand-mère m’est revenue. Cette aïeule, modèle de dignité s’il en fut, mettait son chapeau et ses gants pour se rendre un coin de la rue, acheter son journal. Cette même dame m’a appris à siffler! Non pas ce bruit strident provoqué par deux doigts dans la bouche, émis à la suite d’un exploit artistique ou sportif, oh que non : une mélodie. Des notes!

Ce rappel, étrange, surprenant, me trouble. Ce phénomène serait-il lié à la fin de vie? Aux bilans de cette période? Aux regards en arrière?

Je n’ai pas les réponses, mon romancier favori Douglas Kennedy non plus , mais il cite (1) un auteur qu’il affectionne :

« Le passé peut encore nous surprendre »

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1) Kennedy, Douglas, Toutes ces grandes questions sans réponse, Belfond, 2016, 362 pages

une paix temporaire

Résumé
Avec l’aide de ses musiciens, le nouveau personnage de Clarisse prépare un C.D. Yves, l’amoureux de Clarisse, reste au loin avec ses protégés qui se couvrent de gloire. Clarisse réussit à repousser l’offre de son voisin, mais ne peut repousser ni les tâches domestiques, ni la technologie de communication moderne.

Épisode
Quelques semaines plus tard…

Clarisse a réussi son projet de séjourner à la campagne avec Yves. Elle retrouve non seulement la maison de son père, mais un lieu où le temps s’arrête pour elle.

« Ma balançoire! Ma rivière… »

Elle se désole de voir que sa vieille boite aux lettres est maintenant désaffectée. Elle se souvient de sa fébrilité d’adolescente qui attendait une missive de son petit ami; celui qui l’entretenait de philo, de théâtre et d’opéra. À quinze ans, elle était béate d’admiration devant ce collégien qui lui tenait des propos aussi passionnants. Une correspondance assidue, rythmée par leurs absences respectives, s’est établie, avec la complicité de la vieille boite aux lettres.

Plus tard, les lettres passionnées de ses premiers amants se frayaient un chemin parmi les factures. Elle conserve ces billets dans une grande boite, pour les relire quand elle sera vieille. Doux souvenirs…

Bien que rouillé, le vieux contenant a fidèlement servi la famille pendant des décennies. L’été, il assurait un lien avec la ville, les amis et les parents.

Elle regarde le substitut offert par Postes Canada, les boites communautaires, uniformes, carrées, n’ont aucun attrait pour la romantique écrivaine.

Elle se tourne vers la maison.
Chaque pièce a abrité des souvenirs heureux…
Poursuivant sa ronde, Clarisse arrive à sa table de travail, tout en haut des escaliers. Les images de Laurent et de David l’assaillent subitement. L’expression de son visage change. Yves n’est pas sans le remarquer. Une petite pointe de jalousie, vite réprimée par son gros bon sens.

« Ils sont virtuels, moi je ne le suis pas! » pense-t-il

Il sait que son amoureuse connait des humeurs changeantes. Pourquoi en parler et gâcher le moment présent? Il continue, avec elle, la tournée du domaine.

Ce n’est pas Venise, mais pour lui, c’est une échappée de la glace perpétuelle des arénas. Enfin de la chaleur, toutes les chaleurs!
Il se sent en vacances ; il peut oublier les blessures, les douleurs et les fatigues de ses clients et mettre de côté sa vigilance et son optimisme professionnels.

Clarisse est heureuse et savoure une paix que, par expérience, elle sait fragile.

Ode à la couleur

Elle est gentille la couleur, elle nous suit partout, à la campagne comme à la ville, à l’extérieur comme à l’intérieur de nos domiciles, elle orne même les personnes que nous rencontrons. Tantôt, elle nous fait vibrer, tantôt, elle nous fait languir. À l’automne, sur certains territoires, elle nous éblouit.

L’observer, quel plaisir! Le soleil couchant et les nuages déclinent régulièrement des teintes spectaculaires allant de l’orange à l’anthracite en passant, selon les jours, par toutes les nuances de rose et de lilas.

Mais la technologie s’en est mêlée, les innombrables petits cartons de peinture en témoignent : leur variété impressionne! Empiétant sur notre créativité personnelle, des compagnies ont l’audace de nous présenter (ex. Sico) des combinaisons de « neutres naturels », de « blancs charmants et doux pastels » ainsi que des « couleurs urbaines et sophistiquées ». Pour finir, Benjamin Moore nous rappelle (à l’écran) que « pour tout ce qui compte, il y a une couleur »! Difficile d’y échapper.

Créer soi-même des coloris : une expérience fabuleuse que permet la peinture artistique. L’huile ou l’acrylique permettent des mélanges et des étonnements sans cesse renouvelés. Une touche de ceci, une touche de cela et voilà un nouveau registre, et encore, et encore…

Mes premiers émois sur la couleur remontent à l’enfance. J’ai cinq ans, mon père annonce la venue du peintre. Je me précipite pour ne pas manquer la cérémonie de la composition des couleurs. Notre artisan est muni de ses petits tubes (comme moi aujourd’hui), il en extrait quelques gouttes qu’il verse dans un gallon de liquide tout pâle et brasse vigoureusement avec sa palette de bois. Cette séance de « mixage » me fascine, le savoir du peintre aussi; il sait doser et composer. À partir d’un blanc ennuyeux, le gris, le rose, le bleu, ou le jaune naissent sous ses doigts.

Le travail de ce modeste peintre en bâtiment serait-il à l’origine de ma fascination pour la couleur?