Un accident à longue portée

Je regarde souvent la flamme des brûleurs de ma gazinière.

Cette lueur bleue et orange me ramène loin en arrière. J’avais environ six ans et j’allais souvent dans la famille d’Hélène. Je me sentais comme chez moi avec en prime une grand-mère en résidence. Un drame est survenu. L’un ou l’autre membre de la famille y faisait souvent allusion : c’était l’effroi. Le malheur avait frappé Eileen.

Leur tante Eileen habitait Toronto. Un jour qu’elle cuisinait, elle avait pris feu : des pieds à la tête. C’est l’image que, petite fille, je me représentais, lorsqu’on parlait de la manche du kimono dévorée par la flamme. Mon imagination se mettait à l’œuvre : les hurlements, les odeurs et l’affolement de l’entourage dansaient dans mon cerveau. L’horreur de ces images m’a tourmentée longtemps. Dans cette famille les exhortations à la prudence avec le gaz se sont poursuivies au fil des ans. Il n’en fallait pas plus pour que je développe une peur irraisonnée lorsque je dois « allumer » un quelconque appareil qui se nourrit au gaz. J’eus de la chance : ces engins furent absents de ma vie pendant plusieurs années.

Puis vint l’acquisition de mon chalet d’été. Grâce mes soins, l’immense bonbonne de gaz propane située à l’extérieur de la maison disparut rapidement ; je me suis « électrifiée » pour ne connaître aucune inquiétude.

Plus tard, l’installation du gaz naturel, à travers les rues de Montréal, n’était pas pour me rassurer. Chaque jour, j’attendais une explosion dans mon quartier. Je déménageai.

Enfin, une maison unifamiliale. Je me croyais en relative sécurité jusqu’au jour où le gaz nous rejoignit. Mon mari se mit en frais de me vendre les avantages du chauffage au gaz naturel, surtout avec un appareil sans veilleuse actionnée à l’électricité. Les discussions furent longues et acharnées. Mon conjoint avait été élevé dans un pays où le gaz régnait en maître. Ses arguments ont eu temporairement raison de ma peur.

Il reste des traces de ce drame qui a marqué mon enfance. Manipuler une bonbonne de gaz pour le BBQ de mon chalet. Non merci. Mes amis ont délaissé le charbon de bois depuis longtemps. Je résiste.

Instinctivement, je tiens les manches de mon peignoir et de mes chemisiers loin de la flamme de ma cuisinière actuelle, on ne sait jamais… s’il fallait que…

2 réflexions sur “Un accident à longue portée

  1. Bien voilà finalement, tu as acheté une cuisinière au gaz! Est-ce ta gourmandise qui t’a permis de surmonter ton traumatisme d’enfance? Car chacun sait que la cuisson au gaz est supérieure à l’électricité.

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