À la recherche du silence

Une longue quête…marquée par quelques incidents.

J’ai cru le trouver loin de la civilisation. J’ai dû me rendre à l’évidence que les gros avions sillonnent le ciel du désert du Sahara et que l’air des coins reculés de la jungle amazonienne vibre aux sons des oiseaux et des singes.

J’ai cru que « ma » campagne québécoise offrirait un oasis de paix. C’était sans compter le chant des corneilles et des tondeuses, ainsi que le vrombissement des moteurs marins.

J’ai toujours su que la vie urbaine recelait des trésors de bruit. Les bétonnières, les poids lourds réfrigérés, les équipements municipaux, les autobus, et j’en passe,  envahissent nos rues; ils sont les instruments d’une symphonie très concertante! Aussi, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre la voix de Michael Bublé sur la Côte des Neiges, alors que je savourais un premier café printanier. Je tournai la tête dans tous les sens, cherchant l’origine de ce concert. Je découvris un micro suspendu au mur extérieur de la terrasse voisine. Par la suite, des mélodies italiennes et de vibrants rythmes sud-américains tentèrent de couvrir les bruits de freinage et d’accélération de la rue. J’étais sidérée…

Ma déconvenue s’accéléra lorsque mes oreilles tourmentées entrèrent en contact avec les chansons distillées dans les grandes surfaces. Céline Dion s’égosille à mon épicerie. Des chanteurs « rock » et des percussions ont pris possession de Pier Import, Future Shop et Ikea pour ne nommer que ceux-là. Les cafés et les bistrots ont emboîté le pas de la sonorité moderne; je l’ai même retrouvée chez la Panetière d’Oka. La voix humaine peut être stridente; je n’ai jamais pensé me languir de « Muzak » et de ses mélodies aseptisées; insipides, oui, mais combien douces à l’écoute!

Suite à cette prise de conscience, mon irritation atteignit son paroxysme en entrant dans un autobus où les doigts du chauffeur tambourinaient le volant au son d’un poste de radio placé au-dessus de sa tête. La musique disco envahissait le véhicule!

Je rentrai chez moi, déconfite, désolée, et me rendis compte que le silence m’y attendait.

12 réflexions sur “À la recherche du silence

  1. Ce texte est une remarquable illustration des nuisances sonores amplifiées par la « modernité ».
    Le bruit est également signe de vie, même s’il agresse parfois les tympans.

    On apprécie d’autant plus « The sound of Silence » qu’on sait le bruit à porter d ‘oreille.

    Beaucoup de bruit pour rien …comment y résister !

  2. Ton texte, dont j’apprécie toujours l’écriture, illustre bien à quel point nous sommes prisonniers des bruits propres à notre civilisation en général et non seulement à nos grandes villes. Le bruit qui m’agresse au plus haut point est celui des motos que tu peux retrouver dans les endroits les plus reculés.

    Par contre, j’aime les sons et les bruits que la nature crée. Nous revenons d’un séjour au bord du fleuve, ce que plusieurs appellent la mer, car à Saint-Fabien-sur-mer, c’est le grand large. Là, ce n’est jamais le silence absolu. D’abord, il y a le son des vagues quand la mer monte et descend, même si la mer est calme. C’est une berceuse tellement enveloppante, « la respiration des eaux », comme disait Camus. Puis, il y a le cri des goélands et le vent dans les arbres, car il vente très souvent. Même les cris agaçants des corneilles qui accompagnaient mon réveil me rappellaient l’arrivée du printemps quand j’étais enfant. Quel bonheur dans une région où l’hiver dure un bon cinq mois! Mais, il y avait aussi à Saint-Fabien une forme de silence, celui de l’absence des bruits de la circulation, de la musique qu’on nous impose et des joyeux fêtards qui peuvent être si agressants. ce qui ajoutait à mon bonheur d’être au bord de la mer.

    1. Tu as raison, les bruits de la nature sont beaucoup moins agressants que ceux produits par l’homme; je dirais que le silence est alors orné plutôt que détruit (c’est un point de vue très personnel…)

  3. It would seem the search for the pleasure of silence, much like a piece I wrote, also called ‘The sound of silence’, has become an ongoing occupation for an ever increasing rarity. Hopefull becoming deaf is not the sole solution for the peace we seek. JJF

    1. It seems that those of thus who like silence are rare birds. Il will try to find The sound of silence on your blog.
      I read a book this spring entitled « Death sentence » by a well known british author. Terribly depressing. Growing deaf is not the solution!

  4. Ton billet pose la question de base, qu’est-ce que le bruit ? J’ai appris dernièrement qu’il y a du bruit même en photo ! Et là aussi le terme est péjoratif et les bons photographes font la chasse au bruit. Et pourtant, le bruit, ce qui rompt le silence, c’est aussi la vie. Même notre corps nous envoie des signaux par le bruit. Ta réflexion m’a fait penser à cet épisode de l’histoire chinoise où Mao a engagé tous les Chinois à faire la chasse aux moineaux en les empêchant de se poser. Ils ont réussi et …. le silence s’est abattu sur les campagnes ainsi que tous les inconvénients causés par l’absence des oiseaux.

    1. Ta question sur la définition du bruit est celle d’une philosophe.
      Mon point de départ a été plutôt empirique et s’est limité à ce qui heurtait mes oreilles, surtout les sons de la mécanique et de la musique populaire modernes.
      Je ne prône pas le silence perpétuel…

  5. Les commentaires à ton texte me font réaliser mon ambivalence face à l’univers sonore dans lequel on baigne. Certes le bruit est irritant, voire agressant, mais l’absence de sons -est-ce possible?, disons un silence pesant – est pour moi angoissant. Rien ne me ravit davantage que le clapotis de l’eau sur la berge d’un lac ou le bruissement des feuilles sous la brise…. sinon un concerto de Mozart!

    1. Le clapotis de l’eau, le bruissement des feuilles et la musique classique ne font pas partie de ma définition toute empirique du bruit. Certains sons sont très agréables j’en conviens. Je devrai revoir mes définitions. Celles du texte sont littéraires…

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