La saignée

Non, non, il ne s’agit pas du corps, nous ne sommes pas au 17e siècle, mais des calorifères.

Chaque automne, le concierge vient chasser l’air de la vieille tuyauterie de mon appartement. Je lui fournis un chiffon pour éponger le liquide qui finira par dégouliner.

Cela me ramène au temps où, petite fille, je suivais mon père dans sa tournée des radiateurs de la maison. J’étais fascinée par l’opération. À quatre pattes, le nez près de l’entrée de la valve, je guettais le pfff de l’air qui s’échappe de la masse métallique et le moment névralgique où il faut recueillir le fluide qui surgit. Mon père laissait couler l’eau noire dans un petit bol. Suivait le geste final : revisser pour fermer l’orifice. Je ne me lassais pas du manège. C’était l’époque des vieux appareils de fonte, parfois enjolivés de motifs en relief.

Le concierge me ramène à la réalité : « Madame, c’est très facile, vous n’avez qu’à vous acheter un tournevis à longue lame ». Il a oublié de mentionner la lampe de poche!

Voilà que, plusieurs décennies et seize dollars plus tard, je remplace mon père dans la saignée des calorifères.

 

N.B. La purge des radiateurs modernes s’avère plus complexe. L’internet vous renseignera.  Google : Radiateur:Purger un radiateur

9 réflexions sur “La saignée

    1. J’habite un vieil appartement où l’histoire se perpétue… dans les anciens calorifères. Je ne souris pas beaucoup quand il faut les saigner plusieurs fois dans la même saison. Ils sont très vieux!

  1. Je me souviens de cette opération. Comme tu la décris bien! Ça me ramène aussi à la pose des chassis doubles et aux petits amas de glace qui se formaient l’hiver à la base des chassis, entre les deux vitres, lorsqu’on ouvrait la tirette pour laisser entrer un peu d’air.

  2. Et le plombier m’avait dit qu’il fallait saigner les calorifères en commencant par ceux de l’étage supérieur. Dans notre cottage, seuls maîtres à bord, c’était facile. Dans le duplex que j’ai habité plus tard, il fallait alors s’entendre sur le jour, le moment de la saignée et puis «appelle moi quand t’as fini!» en espérant qu’un contretemps ne vienne pas retarder le processus.

    Ah, ces rituels d’automne, avec les chassis doubles à installer, le boyau d’arrosage à vider et ranger…. L’hiver s’immiscait tranquillement dans nos vies plutôt que de nous tomber dessus, on se préparait à sa venue.

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