Sysiphe en terrain plat

Pendant la saison estivale, je pense souvent à cet homme mythique… à la répétition.

Du fond de ma campagne, je livre chaque jour un combat contre les toiles d’araignées. Je travaille pour éliminer ces décorations importunes, faute de quoi un air de négligence et d’abandon s’installe en ma demeure. Si je les laisse intactes, les travailleuses de nuit repassent pour enrichir l’œuvre qui s’épaissit et devient plus complexe; elle résiste même à l’eau!

Je découvre des filaments, tendus entre deux arbustes, des cercles concentriques, parfois iridescents sous le soleil, ainsi que des voilures, des triangles laiteux nichés dans les coins.
Bien qu’artistiques, ces travaux sont envahissants. À l’extérieur, ils s’accrochent aux arbustes, aux chaises, aux tables, aux rampes, aux fenêtres, à la maison, à tous les objets. J’y étais habituée. Mais voilà qu’à l’intérieur, ils décorent mes sandales rangées dans la chambre et les petites cuillères sagement assises sur la table de ma cuisine. Ça, c’est nouveau!!!

Et c’est trop! Cette surabondance force ma réflexion… J’ai finalement conclu que les araignées étaient atteintes de l’esprit olympique qui flottait dans l’air; elles multipliaient les prouesses et les acrobaties.

C’était l’année dernière. Cet été, elles sont revenues en force et, avec des décorations en plus! Un matin, au réveil, j’ai aperçu des guirlandes blanches accrochées partout. La pluie avait laissé de minuscules perles sur toutes les toiles : c’était féerique. En d’autres temps, elles emprisonnent de minuscules insectes, sans doute une variété de mannes. Ces dernières augmentent la visibilité des nombreux dessins géométriques.

Je suis passée de l’émerveillement au désespoir. Les fils soigneusement enlevés réapparaissent le lendemain au même endroit, jour après jour… N’ayant pas, comme Sysiphe, encourue la colère et la malédiction de Zeus, je songe à prendre une pause, à les laisser en place…

4 réflexions sur “Sysiphe en terrain plat

  1. Hormis l’ héroïne de cet article que je n’affectionne guère, sans doute pour les mêmes raisons
    ( je vis aussi à la campagne… ) auxquelles , ne m’en déplaise, il faut rajouter un soupçon de phobie , j’ai beaucoup apprécié la description poétique de cette brodeuse importune ! voilà une bien jolie manière d’en parler !

  2. Je me souviens d’une maison d’été qui réclamait, jour après jour, d’être débarrassée de ces toiles que, nuit après nuit, les araignées reconstruisaient. Comme toi j’en ai eu marre à un moment donné et à qui remarquait leur forte présence je rétorquais: «elles sont chez elle plus que moi je ne le suis». C’était une très vieille et très grande maison dont nous étions plus ou moins les gardiens. Les gens de l’île disaient qu’elle était hantée. Je crois en effet qu’elle avait sa vie propre et compte tenu de son âge vénérable, elle avait le droit d’avoir ses caprices.

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